POLITIQUE & INSTITUTIONS

Roland Fox (Ponts et Chaussées)

«Notre vision consiste à rendre la ville aux citoyens»



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Ancien directeur de la division des Travaux neufs, puis directeur adjoint, Roland Fox est depuis le 1er mai 2017 le nouveau directeur des Ponts et Chaussées. (Photo: Sébastien Goossens)

À la tête des Ponts et Chaussées depuis le 1er mai et après en avoir été directeur adjoint pendant 16 mois, Roland Fox ambitionne de poursuivre l’évolution de cette administration à la mauvaise réputation. Revue des chantiers en cours avec son nouvel homme fort, âgé de 52 ans.

Monsieur Fox, vous occupez désormais l’un des postes les plus exposés aux critiques potentielles puisque lié à la planification et l’organisation des chantiers du pays. Comment envisagez-vous la gestion de cet aspect du job?

«La personne qu’est Roland Fox est très émotionnelle, je ne le cache pas, mais toujours pour des émotions positives. Sur le plan professionnel, si une personne nous fait part de critiques sur des aspects que nous n’aurions pas bien fait ou pour lesquelles nous pourrions mieux faire, nous allons tout faire pour la satisfaire. Mais dans certains cas, ces critiques sont comme les spams, interminables, sans avoir la possibilité d’en déduire une substance. En tant que directeur, je suis sensible aux critiques du public, même si, parfois, ces dernières ne sont pas fondées ou que les Ponts et Chaussées ne sont qu’un acteur parmi d’autres. De manière générale, tout le monde bouge et notre administration ne fait pas exception à cette logique.

Comment cela va-t-il se traduire concrètement par rapport à l’ère de votre prédécesseur?

«J’ai une grande devise: ‘learning by doing’. Mais pour apprendre, il faut faire. La théorie est bien pour un monde théorique, mais les Ponts-et-Chaussées agissent dans le monde réel, raison pour laquelle nous devons continuer à faire les choses, quitte à nous rendre compte qu’il peut exister une erreur dans la procédure en place actuellement. Parmi les sujets qui sont en cours d’analyse, il y a celui de la manière d’entrer en contact avec les autres acteurs en charge des différents chantiers pour justement améliorer les flux de communication et peut-être devenir plus dirigiste pour signaler aux responsables du gaz, de l’électricité ou autre qu’ils ne peuvent réaliser leurs travaux sans réelle concertation. À terme, j’ambitionne une amélioration de la coordination, sachant pertinemment que cela n’est pas une chose facile.

Pour moi, la voie royale signifierait un parcours réalisé sans effort.

Roland Fox, directeur des Ponts et Chaussées

Votre administration ne bénéficie pas de la meilleure image, en lien avec les retards enregistrés par le passé sur des chantiers emblématiques tels que la Nordstrooss, le by-pass d’Hellange ou la liaison Micheville-Belval…

«Il faut rappeler sur ces points que nous ne pouvons travailler que sur des aspects techniques. Nous pouvons faire des suggestions en matière juridique, mais ce n’est pas notre domaine. Ce qu’il faut souligner, c’est qu’au même titre que le politique, nous cherchons non seulement à trouver des solutions aux problèmes soulevés, mais aussi à les devancer. Après, il faudra toujours rester conscient qu’il y aura toujours des imprévus, même si cela ne doit pas nous servir d’excuse universelle.

Tout comme votre prédécesseur, vous avez dirigé la division des Travaux neufs avant de devenir directeur adjoint, puis directeur des Ponts et Chaussées. La voie royale dans cette administration?

«Pour moi, la voie royale signifierait un parcours réalisé sans effort or, ce n’est pas celle que mon prédécesseur ou moi-même avons empruntée. C’est une voie qui vous donne énormément d’expérience, car elle permet de se confronter à bon nombre de situations. Cela ne veut pas dire pour autant que c’est l’unique chemin pour arriver au poste de directeur, mais celui-ci vous donne une expérience pratique. Emprunter un parcours en dehors de cette administration, en revanche, me semble plus compliqué, car les Ponts et Chaussées sont très complexes à plusieurs niveaux et parvenir à saisir tous les rouages pour une personne parachutée s’avérerait très difficile.

«Nous allons tenter de faire en sorte qu’il y ait une continuité» à la direction des Ponts-et-Chaussées, estime Roland Fox. (Photo: Sebastien Goossens)

Donc le nouveau directeur adjoint devrait vous succéder d’ici une dizaine d’années, une fois que l’heure de la pension aura sonné…

«J’aimerais effectivement que cela se passe ainsi, car nous assistons actuellement à un changement de génération avec l’arrivée de Gilles Didier venu de la division des Ouvrages d’art et Paul Mangen qui arrivera en juillet. Nous formerons tous les trois une nouvelle équipe de direction avec des anciens des Ponts et Chaussées…

Ce devrait donc être soit monsieur Didier, soit monsieur Mangen qui serait amené à prendre votre suite?

«Non, car cela relève d’une décision politique. Mais nous allons travailler de manière à rendre possible ce parcours. Il n’est donc pas juste de dire qu’ils sont prédésignés, mais nous allons tenter de faire en sorte qu’il y ait une continuité dans la direction de cette administration pour assurer la satisfaction de nos clients, à savoir les utilisateurs. Mais qui sait ce qu’il peut se passer? Peut-être que je serai obligé de partir avant l’heure, peut-être que je devrai rester jusqu’à 75 ans…

L’A4, est-ce encore une autoroute ou plutôt un espace de stockage de voitures?

Roland Fox, directeur des Ponts-et-Chaussées

En attendant, vous avez pas mal de projets à réaliser. Quels sont ceux qui sont tout en haut de la liste pour les toutes prochaines années? Est-ce la piste du Findel, l’élargissement de l’A3 entre la capitale et la frontière, la réalisation de la nouvelle N3?

«Vous évoquez ces projets comme s’ils avaient déjà été exécutés or, il faut rester persévérant pour qu’ils restent exécutables, car il existe un écart entre l’idée d’un projet et son exécution. Dans ce contexte, le premier objectif que je fixe aux Ponts et Chaussées est qu’on fasse un peu mieux qu’hier. Pour revenir sur les projets que vous avez évoqués, ils sont importants, mais ils ne résument pas toute notre activité puisque par exemple, une partie du chantier du tram doit être réalisée par nos équipes, comme la réalisation d’un P+R de 4.000 emplacements qui comprend également l’interface avec le bus et la voiture, sans compter le boulevard du Höfenhof qui permettra au tram de desservir ce parking, mais aussi toute la zone d’activités qui pourra ainsi se développer. Idem en ce qui concerne le développement urbain sur le territoire des communes d’Hesperange et de Luxembourg.

Selon les divers classements, la congestion du trafic automobile s’accentue chaque année. Quelles sont les pistes de réflexion ou les projets à venir sur ce thème?

«De manière générale, nous travaillons pour que la mobilité fonctionne mieux, avec pour optique de parvenir à faire bouger les gens. Et non de faire se déplacer les voitures, car chaque voiture qui n’est pas sur la route libère de l’espace pour permettre la circulation d’autres moyens de transport. Notre vision consiste à rendre la ville aux citoyens et cela correspond aux souhaits de la population qui souhaite reconquérir l’espace urbain en gagnant en mobilité. Si je prends l’exemple de l’A4, est-ce encore une autoroute ou plutôt un espace de stockage de voitures entre Esch-sur-Alzette et Luxembourg? Il y a donc des réflexions à faire pour faciliter l’utilisation des bus, mais aussi l’utilisation de la mobilité non motorisée. Autrement dit, la mise en place de pistes cyclables rapides entre les deux villes par exemple.

Face à l’augmentation projetée de la population d’ici 2060, votre administration va être sollicitée pour répondre aux futurs besoins. Des augmentations d’effectifs sont d’ores et déjà prévues également de votre côté?

«Si à l’avenir le total de la population à gérer double, je suppose que toute la fonction publique devra être renforcée. Ce pourcentage ne sera probablement pas dans les mêmes proportions, car nous aurons gagné en efficacité. Pour les Ponts et Chaussées, qui représentent actuellement environ 1.100 personnes, nous n’avons pas encore de projections. Il est trop tôt pour en parler. Ce qui est certain en revanche, c’est que les futures recrues devront aimer travailler pour le service public, avec un profil plutôt généraliste et un esprit ouvert pour toujours rester intéressé à apprendre.»