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Fonds d’investissement

Nobles crus : les vins de la discorde



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Des bouteilles à la valeur décidément incertaine. (Photo : Licence CC)

Une polémique naît sur la valorisation des actifs du fonds luxembourgeois Nobles Crus. Selon la presse britannique, la valeur des bouteilles retenue ne correspondrait pas à celle du marché. Elite Advisers, promoteur, s’en défend et parle d’une cabale anglaise contre l’industrie des fonds luxembourgeoise à l’heure d’AIFMD.

En septembre, Elite Advisers, distributeur et promoteur de fonds d’investissement alternatifs détenant des actifs tangibles de luxe, faisait valoir une performance annuelle (YTD) de 6,98 % pour son fonds Nobles Crus.

Or, la presse anglaise, et notamment le Financial Times, mettait en doute ce week-end la valorisation de ses actifs sous-jacents : des bouteilles de vin rares et chères.

Ainsi, selon le quotidien britannique, les grands crus du portefeuille du fonds luxembourgeois se verraient attribuer des valeurs supérieures aux mêmes bouteilles présentes dans dix fonds rivaux (anglais). Pour une sélection de vins de Bordeaux, le Financial Times évalue la valorisation de Nobles Crus supérieure de 36 % à celle de l’indice cité comme référence, Liv-ex.

Un index remis en question

Or, Miriam Mascherin, managing partner d’Elite Advisers, met en doute la pertinence même dudit index. Selon l’intéressée, il ne reflèterait pas la réalité du marché. Michel Tamisier, qui partage la tête de la société avec Mme Mascherin, insiste par ailleurs sur l’audit du fonds réalisé par Deloitte Luxembourg. « Les auditeurs n’ont émis aucune réserve. Les rapports sont nickels. Il n’y a absolument aucun souci là-dessus. »

Un communiqué de presse envoyé tardivement ce lundi précisait même: « Nobles Crus a tenu à externaliser la comptabilité. Celle-ci est réalisée par une banque dépositaire de renom sur la place luxembourgeoise (Caceis, ndlr.). Nobles Crus est un fonds ouvert, transparent et à valeur liquidative mensuelle. Il opère dans un cadre réglementé; ce qui implique des processus d’investissement et de valorisation bien définis, contrôlables et donc rigoureusement contrôlés. »

La méthode de valorisation des actifs, fondée sur une moyenne de ventes aux enchères et de prix pratiqués par des négociants, ne poserait donc pas de problème au Luxembourg.

Ainsi, les deux associés, qui viennent d'entamer la distribution du fonds au Royaume-Uni, y voient un coup monté. Selon les intéressés, les fonds de vins anglais se sentent menacés dans leurs affaires par un fonds étranger performant qui ne répond pas au crédo de la place londonienne , jusque-là perçue comme « le centre du monde ».

La guerre des fonds anglo-luxembourgeoise

Le « crime » profiterait également à l’industrie des fonds britannique dans son ensemble. Il est en effet possible de penser que la transposition de la directive AIFM au Luxembourg inquiète la City. Le gouvernement luxembourgeois projette en effet d’attirer au Grand-Duché les fonds offshore, qui souhaiteraient revenir dans « le régulé » en marge de la mise en œuvre de la directive européenne sur les gestionnaires de fonds alternatifs.

On peut éventuellement y voir un signe. En août, l’autorité des marchés financiers britannique a annoncé sa volonté de limiter l’accès des fonds non régulés d’actifs non usuels (comme le vin, l’art ou encore les polices d’assurance vie), pour large part basée hors du Royaume-Uni, donc non régulés par la FSA.  La concurrence entre Londres et Luxembourg s'annonce donc rude.