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No money, no culture



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Les entreprises culturelles prennent du poids dans les tableaux du produit intérieur brut et de l’emploi. (Photo: Sven Becker)

Il y a eu un avant et un après. 1995 est, sans aucun doute, l’année clé du développement de la culture, touchant vaste et touchant juste. Luxembourg, la capitale européenne de toutes les cultures, a ouvert les esprits et cultivé les possibles. Et vice versa. Surtout, elle n’a pas été le gouffre financier que d’aucuns avaient prédit : du budget total de 860 millions de francs luxembourgeois (oui, c’était avant l’euro…), dont 300 millions en sponsoring, vente de tickets, royalties… et donc 560 millions de subventions, il restait au final 14 millions dans les caisses.

Avec 546 millions de FLux (13,6 millions d’euros) réellement dépensés, une étude indépendante a démontré que les recettes collatérales, essentiellement touristiques, avaient dépassé les dépenses ! Non seulement la culture s’éclatait au Luxembourg, mais elle se trouvait des débouchés…

On ne refera pas ici l’Histoire. Mais, presqu’au gré des souvenirs arrivant par flashes, la gigantesque (et un peu folle) entreprise de 1995, pilotée par l’équipe de Claude Frisoni, a vu défiler des spectacles populaires, des découvertes improbables et des grands noms impensables jusque-là. Qui aurait imaginé voir James Brown jouer en Ville ? Ou une production en partenariat public-privé avant l’heure se monter sur les hauteurs du Kirchberg, avec les Rolling Stones à l’affiche (le 27 août 1995, Mick Jagger et sa bande ont rassemblé quelque 60.000 fans sur les terrains de la CLT).

Il y en eut d’autres, ensuite. Beaucoup ont, 
d’ailleurs, porté la griffe d’une société importée 
d’Allemagne (et qui a fini par couler, elle).

Köln Concerts a été à la source d’événements musicaux sans précédent (et sans égal depuis), Bon Jovi en plein air à Bettembourg (juin 96) ; Michael Jackson et son HIStory Tour au même endroit un an plus tard, Tina Turner au stade Josy Barthel ou, 
sur la même pelouse, une version grands espaces de Carmina Burana.

La capitale européenne avait ouvert les portes. Les événements s’y sont engouffrés. Même si le remake de 2007, associant les voisins de la Grande Région, n’a pas marché dans les mêmes traces de popularité, le pli était pris. L’héritage s’est matérialisé, tous arts confondus. On n’effacera pas la 
Philharmonie ou la Rockhal. Le train a été lancé et il roule encore.

À la fin de ce mois de juin, après avoir célébré toutes les notes dans les fêtes de la musique aux quatre coins du pays, les mélomanes en week-end se croiseront encore dans les gares desservies par les trains spéciaux, en provenance du vénérable Festival de Wiltz (62e édition cet été) ou du bondissant Rock-A-Field, né des amours musicales de l’Atelier.

À côté, le théâtre vit, les musées attirent, le cinéma made in Luxembourg existe et grandit jusqu’à la colline d’Hollywood. Les arts de la scène vivent et font vibrer. Jusque dans les coulisses. L’économie est au diapason. Les entreprises culturelles prennent du poids dans les tableaux du produit intérieur brut et de l’emploi. Il est question désormais d’investir dans l’art, en soulignant la philanthropie, le mécénat, la communication par le sponsoring intelligent et même l’ingénierie fiscale ou le placement judicieux dans une zone franche pour galeriste en transit.

De tout cela, et surtout de demain, on aurait aimé parler avec la nouvelle ministre de la Culture. Maggy Nagel, entre deux grandes vadrouilles, n’a pas pu répondre aux sollicitations répétées. Dommage, car le public, c’est à la fois ceux qui sont devant la scène et, en coulisses, les pouvoirs publics. Ceux qui mettent la main à la poche. C’est inévitable, c’est salutaire. Mais la culture, pointue ou de masse, qui a conquis sa place sur la carte du Grand-Duché depuis près de 20 ans maintenant, a aussi sa vie économique propre.

Et le travail finit toujours par payer.