POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

Fred Keup

«Ne pas lier le droit de vote au facteur économique»



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Pour Fred Keup, l’opposition au droit de vote des étrangers «est une question de principe». (Photo: Facebook / DR)

Face aux partisans du «oui», ADR et CSV ne sont pas les seuls à tenter de mobiliser les électeurs en vue du référendum du 7 juin prochain. La plateforme «Nee2015» s’y emploie également. Explications avec son porte-parole.

Alors que les partis politiques s’affrontent au travers de tracts, de slogans et autres débats, d’autres organisations se mobilisent également en prélude au référendum. Pour le «oui», on retrouve notamment des syndicats (OGBL et LCGB), le monde culturel ou les représentants des communautés installées au Grand-Duché. Pour le «non», cette tâche revient essentiellement à la plateforme «Nee2015», fondée fin mars par Fred Keup et Steve Kodesch. Parce que le «non» leur semblait sous-représenté, expliquent-ils. Interrogé mardi par Le Quotidien, Fred Keup, porte-parole, explique sa vision des choses.

Tout comme l’ADR, l’enseignant de géographie au Lycée technique d’Esch-sur-Alzette défend «la sauvegarde de la souveraineté» et «une promotion de la langue» pour éviter que le Luxembourg ne soit confondu «avec une association à but lucratif dont le seul but est de faire du profit au milieu d’un fourre-tout européen», dixit M. Keup. Mais contrairement à l’ADR, «Nee2015» défend l’idée de l’intégration notamment par la double nationalité, à l’instar du CSV. «Le vivre-ensemble et la cohésion sociale dans ce pays existent dans les faits», assure Fred Keup. «Et l’ouverture à la double nationalité a été un grand succès. Nous sommes donc d’avis qu’il faut rester sur cette voie de l’intégration par naturalisation.»

Le chiffre de 30.000 à 35.000 nouveaux électeurs potentiels est faux.

Fred Keup, porte-parole de la plate-forme «Nee2015»

Mais le représentant de la plateforme se différencie des arguments des autres partisans du «non» en remettant en cause l’origine même du référendum sur la question du droit de vote des étrangers. Selon Fred Keup, cette idée «n’est pas une idée issue du peuple», mais une initiative «clairement lancée par la Chambre de commerce en janvier 2013». Et donc, «une idée qui vient d’en haut, qui est née parmi l’élite politique et économique». Indiquant que le Luxembourg possède «un taux d’étrangers très élevé, ce qui est bien» car «sinon notre économie ne fonctionnerait plus», le porte-parole estime toutefois qu’«on ne doit pas lier la question du droit de vote des étrangers au facteur économique».

Pour lui, «on ne peut pas dire: ‘ces gens paient des impôts, etc.’ Cela nous ramènerait au temps du suffrage censitaire, où seuls avaient le droit de voter ceux qui payaient autant d’impôt…» Mais sa crainte principale est issue des projections du Statec en cas de victoire du «oui». «Le Statec dit que 105.000 personnes auront la possibilité de participer aux premières législatives ouvertes aux étrangers», indique Fred Keup. «On peut donc supposer que lors des élections futures, il y aura à chaque fois une grande campagne pour les inciter à voter et que beaucoup le feront (…). En tout cas, le chiffre de 30.000 à 35.000 est faux.» En clair, les partisans du «non» font de cette question du droit de vote des étrangers «une question de principe», car «les conséquences d’un vote des étrangers sont difficiles à prévoir. D’où notre scepticisme.»