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John Santurbano

«Ne pas avoir peur du changement, mais l’aimer»



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Pour John Santurbano, «il n’existe pas d’antagonisme entre être un fonctionnaire loyal et être à l’écoute de ses fonctionnaires et les soutenir». (Photo: Sébastien Goossens)

À compter du 1er octobre prochain, le directeur de l’Ana officiera comme directeur du Muac, l’instance en charge de la gestion de l’espace aérien belge, luxembourgeois, néerlandais et du nord-ouest de l’Allemagne. Il explique son choix dans un contexte particulier pour l’Ana.

Monsieur Santurbano, vous allez quitter l’Ana pour prendre la tête du Muac au 1er octobre prochain. Quelles sont les motivations qui vous ont poussé à vous porter candidat à ce poste?

«Monsieur François Bausch, ministre du Développement durable et des Infrastructures, a demandé au haut fonctionnaire luxembourgeois que je suis de représenter le Grand-Duché au niveau du Maastricht Upper Area Control Centre (Muac) qui est une organisation d’Eurocontrol et qui s’occupe, tout comme l’Ana, de l’‘air navigation service’, mais à l’échelle du Benelux et d’une partie de l’Allemagne. Le ministre souhaitait que le Luxembourg ne subventionne pas uniquement ce projet, mais aussi qu’il y participe avec un input intellectuel. J’ai été intéressé par la proposition, c’est pourquoi, avec des responsables du MDDI, nous sommes allés voir les quatre États au cours des derniers mois pour défendre et justifier cette candidature qui a finalement été acceptée. Elle l’a été non seulement par les autorités nationales des quatre pays fondateurs du Muac, mais aussi par les 41 États d’Eurocontrol.

De quand date cette proposition du ministre?

«Nous avons entamé la procédure en octobre 2016.

Les gens qui me connaissent (...) vont regretter mon départ…

John Santurbano, directeur de l’Ana

En plein conflit au sein même de l’Ana donc… Cette proposition était-elle une promotion ou une manière de calmer les esprits au sein de l’administration?

«Au 1er octobre, cela fera 27 ans que je travaille au sein de l’Ana. J’ai fait tous les postes à responsabilité, du prévisionniste au poste de directeur, en passant par celui de responsable de certification ou celui de chef de service. L’une des dernières étapes pour moi était de faire la certification de l’aérodrome, ce que nous avons commencé. J’ai 50 ans et si je veux encore un challenge, c’est maintenant ou jamais.

Quel message en interne ce départ peut-il envoyer?

«Les fonctionnaires savent qu’il y aura une continuité, étant donné que le directeur adjoint, Claudio Clori, sera nommé directeur faisant fonction. Les gens qui me connaissent et qui savent ce qui a été fait au cours des dernières années vont regretter mon départ…

Je vais au Muac pour cinq ans.

John Santurbano, directeur de l’Ana

Et qu’en sera-t-il au sein du MDDI, où vous êtes connu pour votre franc-parler?

«Au ministère, ils devraient être contents et tristes à la fois, car j’étais quelqu’un de critique, pas toujours simple, mais qui a fait avancer les choses et qui a toujours répondu présent quand il s’agissait de trouver des solutions à des problèmes. Nous avons réussi à certifier l’Ana en matière de sécurité aéronautique, on va le faire en matière environnementale, nous avons fait les démarches pour la certification de l’aérodrome, etc. On peut donc dire que sous Santurbano, l’Ana a avancé même si le personnage Santurbano n’était pas toujours humble…

En quoi consisteront vos nouvelles fonctions au sein du Muac?

«Mon rôle à Maastricht sera de veiller au bon fonctionnement du contrôle aérien de 1,7 million de vols commerciaux par an et de garantir le fonctionnement de cette instance qui possède un budget de plus de 500 millions d’euros chaque année. J’y vais pour une durée de cinq années, comme prévu pour ce type de poste à responsabilité au niveau européen.

Je conseillerais donc à mon successeur d’être franc.

John Santurbano, directeur de l’Ana

Quel bilan tirez-vous de vos années passées à la tête d’une administration luxembourgeoise?

«Le Luxembourg est un pays très performant et efficace, je suis fier d’appartenir à la fonction publique luxembourgeoise, mais j’ai tout de même constaté qu’à certaines occasions, nous avons beaucoup trop peur pour accepter les changements. Selon moi, le pays devrait être prêt à changer plus rapidement et cesser d’avoir peur des changements qui sont inéluctables. Car ce pays appartient à un monde globalisé en perpétuelle évolution. Nous devons, si nous voulons rester ce beau pays efficace et performant, changer de mentalité: ne plus avoir peur du changement, mais au contraire l’aimer. Et donc se remettre en question et ne pas rester figé.

Quel(s) conseil(s) souhaiteriez-vous donner à votre successeur?

«Le plus important serait de savoir qu’il n’y a pas d’antagonisme dans le fait d’être un fonctionnaire loyal envers son ministère de tutelle et d’être à l’écoute des fonctionnaires de son administration et de les soutenir dans toute circonstance. Je conseillerais donc à mon successeur d’être franc, de beaucoup communiquer avec ses équipes pour expliquer les décisions qui ont été prises et oser remettre en question, contrarier et critiquer des choix, mais toujours en proposant des solutions. Quitte à se retrouver en minorité dans certains cas.»