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Je ne suis pas réfugié, je suis…

Mustafa, médecin généraliste, 1988, Bagdad, Irak



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Entre le danger de la profession et sa passion, Mustafa partage le quotidien d'un médecin en Irak. (Photo: Sven Becker )

Paperjam et Maison Moderne s’associent à l’initiative citoyenne «iamnotarefugee.lu» de Frédérique Buck et Sven Becker en présentant des portraits de réfugiés arrivés au Luxembourg et qui ont tant à nous raconter. Premier chapitre de cette série avec le récit de Mustafa.

Venir à bout de la douleur 

J’ai décidé d’être médecin à 10 ans. En Irak, les médecins sont très respectés. Mes parents m’ont toujours encouragé. Enfant, je travaillais très dur à l’école. À mes yeux, être médecin est un job humanitaire. Comme il n’y a que peu de médecins en Irak, j’ai très vite dû endosser des responsabilités très grandes, très tôt dans ma carrière. Des responsabilités que je n’aurais pas dû avoir compte tenu de mon expérience. J’ai dû prendre des décisions importantes, d’une part parce que mon supérieur ne pouvait être à mes côtés en permanence et d’autre part parce que le système de soins est peu organisé.

Le sentiment de pouvoir aider un patient, trouver une solution à son problème est indescriptible. Quand vous arrivez à venir à bout de sa souffrance.

Mustafa, médecin généraliste

C’est véritablement un sentiment unique de savoir que vous avez aidé une personne. Quand vous sauvez une vie et que vous voyez le soulagement des familles… c’est difficile à décrire. C’est l’aspect humain qui est important. Être médecin est également un job très compliqué, notamment lorsque vous êtes impuissant ou lorsque votre patient décède. Apprendre de mauvaises nouvelles aux familles m’était très difficile.

En Irak, lorsque votre patient décède, cela peut être très dangereux pour le médecin. Il y a des anciennes lois tribales qui poussent à penser que vous êtes responsable du décès. Parfois même, on m’amenait des patients décédés mais je n’avais pas le droit de les déclarer en tant que tels, on me demandait de les sauver. Il y a beaucoup de personnes peu éduquées en Irak et aucune loi pour vous protéger. Les médecins, les journalistes et les avocats sont régulièrement kidnappés. 

«On ne peut pas rester chez soi et arrêter de vivre, ne plus rien faire. D’ailleurs, même à la maison personne n’est en sécurité. Il n’y a pas d’endroits sûrs en Irak. On s’adapte, on essaie de vivre sa vie et c’est ce que j’ai fait pendant toutes ces années. Je ne me suis jamais senti en sécurité en Irak.»

Retrouvez l'intégralité du témoignage de Mustafa en anglais sur «iamnotarefugee.lu».

Entrez en contact avec Mustafa via m_thamir@yahoo.com