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Je ne suis pas réfugié, je suis…

Modi, avocat des droits de l’Homme, Bagdad, Irak



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Avec un système tribal qui reste très présent, rendre justice est loin d’être une évidence en Irak. (Photo: Sven Becker)

Paperjam et Maison Moderne s’associent à l’initiative citoyenne «iamnotarefugee.lu» de Frédérique Buck et Sven Becker en présentant des portraits de réfugiés arrivés au Luxembourg et qui ont tant à nous raconter. Présentation aujourd’hui de Modi, engagé dans la difficile lutte pour les droits de l’Homme.

Mon nom est Mohamad, mais tout le monde m’appelle Modi.

Ech kommen hei am Land den 14 November 2015. Je suis arrivé au Luxembourg le 14 novembre 2015. J’ai quitté Bagdad le 29 octobre 2015. Je suis avocat des droits de l’Homme. J’ai quitté l’Irak de manière précipitée, endéans 36 heures. Ce jour-là, je me suis rendu au Barreau irakien. Je suis, j’étais leur coordinateur international.

Le président du Barreau, qui est également un homme politique, est un de mes plus proches amis. Il m’a dit: «Tu dois quitter l’Irak maintenant, car ils ont décidé de te tuer.» La vie était dangereuse à Bagdad, pour tous les citoyens. Si je n’ai pas quitté le pays durant toutes ces années, c’est parce qu’il n’y avait pas de menace précise qui pesait sur moi.

J’ai régulièrement eu des propositions pour entrer en politique. J’ai toujours décliné. J’aime être indépendant.

Modi, avocat des droits de l’Homme

Je n’ai jamais eu de problèmes majeurs. Pendant un temps, j’ai travaillé pour le ministère des Droits de l’Homme. Ensuite, j’ai décidé de travailler comme avocat indépendant spécialisé dans les droits de l’Homme. J’ai régulièrement eu des propositions pour entrer en politique. J’ai toujours décliné. J’aime être indépendant. Mes clients avaient des problèmes avec le gouvernement. Ils se battaient pour leurs droits ou ceux de leurs proches. Nous étions tout un groupe d’avocats engagés.

En tant que défendeur des droits de l’Homme, je me battais pour faire justice. C’était une tâche très compliquée. Il y a beaucoup d’intervenants, le système est corrompu. Les juges font régulièrement l’objet de menaces. En Irak, le système tribal est très présent. Le nom de famille indique la provenance, le milieu auquel appartient une personne. Toutes les tribus ont leur propre système juridique, toujours très ancien. Ceci implique qu’en cas de meurtre par exemple, la Cour attend le verdict des familles et ce n’est qu’alors qu’elle prononce sa sentence.

Je n’ai pas dit au revoir à la plupart des membres de ma famille.

Modi, avocat des droits de l’Homme

Récemment, un tas d’événements compliqués se sont déroulés, nous soutenions les manifestations. Nous avons régulièrement reçu des menaces. Nous avions franchi la ligne jaune.

Ils ont déjà tué des personnes que je connaissais. Je n’ai pas eu le temps d’organiser mon départ. Je n’ai pas dit au revoir à la plupart des membres de ma famille.

Retrouvez l’intégralité du témoignage de Modi en anglais sur iamnotarefugee.lu.

Contactez Modi via alaajebmoha@gmail.com.