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Analyse

Modèles de croissance



Marc Niederkorn (Photo : David Laurent /Wide)

Marc Niederkorn (Photo : David Laurent /Wide)

Les entreprises se posent, avec plus d’acuité qu’auparavant, la question de leur business model. Marc Niederkorn (McKinsey & Company) espère que ces interrogations mèneront vers des modèles plus durables.

Vous représentez, Monsieur Niederkorn, un acteur expérimenté sur le marché. Comment avez-vous vu évoluer votre secteur ?

« Nous constatons, depuis quelques mois déjà, que nombre d’institutions et grandes sociétés se posent de façon explicite la question d’un changement, quant à leur façon de travailler. Elles reconsidèrent en profondeur leur business model. Cela se traduit par un niveau d’incertitude élevé. À une certaine époque, les entreprises avaient le sentiment que l’État viendrait forcément à leur secours en cas de situation critique. Force est de constater, aujourd’hui, que les moyens de l’État ne sont pas illimités. L’entreprise ne doit donc compter que sur elle-même. Et, en l’occurrence, adopter la meilleure stratégie qui soit. D’où les questions de fond, comme le mode de survie, sous quelle forme et / ou avec quel actionnariat ?

J’ai le sentiment que l’on se pose ce type de questions dans de nombreux secteurs ! Et à mon sens, c’est éminemment positif. À nous de nous assurer que l’on formule les bonnes questions, et que l’on y répond de la façon la plus rigoureuse qui soit.

Nous avons ainsi constaté une recrudescence de demandes allant vers des questions stratégiques. Auparavant, nous répondions essentiellement à des demandes spécifiques, d’ordre organisationnel, par exemple. Cependant, étant donné le contexte économique ardu, il n’existe malheureusement pas de solutions évidentes.
 

Voyez-vous l’avenir se profiler dans cette même perspective ?

« Je pense que les mois à venir ne seront pas faciles. Au regard de la conjoncture, la demande pour le type de services que l’on propose devrait continuer à croître.

Je considère également que, pour l’instant, sur le plan européen, les États membres ne réfléchissent pas à une sortie de crise, mais parent au plus pressé. Il va falloir travailler à résoudre les problèmes structurels, en se penchant sur les déséquilibres macro-économiques de la zone euro, sur les moyens à mettre en œuvre pour désendetter les États, ou encore prendre à bras le corps la question de la croissance économique de l’Europe. Colmater les brèches est une chose, travailler à une sortie de crise en est une autre. Il est primordial de se poser la question du devenir de l’UE sur des perspectives plus longues.
 

Le contexte fait-il évoluer vos besoins en RH ?

« Cette année, nous allons engager une centaine de personnes – pour la Belgique et le Luxembourg – dont une trentaine de consultants. Nous allons également renforcer notre recrutement d’experts dans des domaines pointus, comme l’amélioration opérationnelle, entre autres. Notre niveau de recrutement a pratiquement doublé par rapport aux années précédentes.

En revanche, je constate que la génération qui entre sur le marché du travail a des demandes plus matures, quant à l’équilibre vie familiale et vie privée. En conséquence, ils sont plus difficiles à convaincre, d’autant que notre secteur exige une grande flexibilité. Cette situation génère également un déséquilibre important entre consultants féminins et masculins. Les femmes représentent en tout et pour tout 20 à 25 % des consultants. Nous y sommes ainsi attentifs et travaillons à apporter des solutions.
 

Globalement, quelles améliorations aimeriez-vous pour l’activité économique ?

« Peut-être les entreprises et les pouvoirs politiques devraient-ils se poser les questions fondamentales, de celles qui s’orientent vers la croissance. Il faudrait ainsi réfléchir à d’autres modèles, plus durables.

Je déplore que certains pays et certaines entreprises effectuent un repli sur eux-mêmes. À terme, cela pourrait nous conduire à faire machine arrière. Je crains que cela soit le chemin que l’on prend pour l’instant… Il faut retrouver la solidarité européenne qui prévalait il y a quelques années. Mais c’est aussi de notre domaine de compétence, que de susciter la réflexion et d’adresser ce genre de questions. Nous nous y attelons quotidiennement. »

 

Marc Niederkorn
- 45 ans

- Director chez McKinsey & Company depuis mai 2008
- Partner chez McKinsey & Company depuis mai 2000