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Microsoft s'offre miniCASH



Paperjam

Lors de sa récente et rapide venue à Bruxelles, début février, Bill Gates, grand patron de Microsoft, avait rappelé combien il misait sur le développement des systèmes d'administration électroniques, annonçant que son entreprise travaillait à «faciliter les transactions et à rendre les communications plus sûres». Il était notamment question d'utiliser une carte à puces comme outil de filtrage pour l'accès à la messagerie en ligne MSN Messenger. On n'imaginait pas, cependant, que la firme de Redmond choisirait le Luxembourg pour se faire la main. L'annonce du rachat du brevet du porte-monnaie électronique miniCASH, faite, ce vendredi matin, constitue, donc, pour le moins, un véritable coup de tonnerre.

Lancé en 1999, par les principales banques de la Place (la BCEE, la BGL, la BIL, la Banque de Luxembourg, la Banque Mello (Luxembourg), la Caisse Centrale Raiffeisen, le Crédit Européen et KBL), en dépit de certaines oppositions, notamment venues de la Confédération des Classes moyennes qui estimait que les entreprises étaient prises en otage par l'introduction de ce système, le système de porte-monnaie électronique miniCASH a, depuis, fait ses preuves et atteint un rythme de croisière annuel de quelque 3,5 millions d'opérations effectuées auprès d'environ 10.000 points de paiement au travers tout le pays.

Un grand succès sur une petite surface qui a donc incité Microsoft à y voir de plus près et se lancer dans le grand bain afin de se positionner, à son tour, sur le segment des paiements électroniques et bénéficier, dans le pays, d'un laboratoire grandeur nature idéal. Le géant de l'informatique a également dû apprécier, à sa juste valeur, une récente étude de la Banque centrale européenne qui a classé miniCASH en tant que Best of Class en Europe parmi les porte-monnaie électroniques.

"Nous sommes en train de développer un nouveau système de puce high-tech et nous avions besoin du support d'un système de paiement électronique déjà éprouvé", a expliqué Tiffany Steckler, porte-parole de Microsoft Europe. "La réussite du système miniCASH au Luxembourg et les possibilités d'extension vers un système élargi qui serait compatible en Allemagne et en France a guidé notre choix". Un tel système irait alors bien au-delà de ce qu'il est déjà possible de faire via le logiciel Microsoft Wallet, qui injecte des capacités de gestion commerciale dans Windows et Internet Explorer.

Dans le même temps, on sait que Microsoft travaille sur le développement du langage ECML (Electronic Commerce Modeling Language), un nouveau standard pour les transactions financières sur le Web, mis au point en collaboration avec bon nombre d'autres grands acteurs tels que American Express, AOL, Compaq, IBM, MasterCard, Novell, Sun Microsystems ou encore Visa.

Il est à noter que "sur le terrain', l'exploitation de miniCASH sera toujours assurée par Cetrel, ce qui constituait l'élément central des discussions entre les deux parties. "Nous sommes particulièrement honorés que Microsoft ait choisi notre système pour développer un nouveau concept de carte à puces", commente-t-on du côté de la Centrale des transactions électroniques.

Un intérêt pour Luxtrust

Le système développé par Microsoft inclurait des données d'identification biométriques et permettrait, outre des échanges d'information entre une carte et un terminal, des transactions de carte à carte, directement, en utilisant une technologie sans fil. D'autres informations pourraient évidemment être également exploitables sur ce "chip".

Un grand coin du voile de ce projet ambitieux devrait en tous les cas être levé à l'occasion du prochain salon identech, le grand-rendez-vous annuel du monde de la monétique, qui se tiendra à Marseille début juin. Pour l'heure, peu d'informations ont été données, mais selon toute vraisemblance, ce système développé par Microsoft devrait, au minimum, réponde au standard de communication PC/SC, permettant une liaison entre un PC et la carte à puces, ce qui permettrait de développer l'intégration de lecteurs de cartes à puces dans les ordinateurs, offrant une interface de type API (Application Programming Interface) pour les applications fonctionnant sous Windows.

Il est alors possible d'imaginer d'autres développements liés, notamment, à la signature et à la certification électroniques, sujet ô combien sensible au Luxembourg. Microsoft a, du reste, clairement laissé entendre qu'il souhaiterait être intégré au groupe de travail Luxtrust qui planche, actuellement, sur la mise en place, au Luxembourg, d'un système d'infrastructure à clé publique (PKI). La balle est donc dans le camp du ministère de l'Economie, mais lorsqu'on se souvient de l'enthousiasme affiché par Jean-Claude Juncker devant le développement des activités de Microsoft dans le pays, on se dit qu'une telle issue ne serait pas forcément utopique...

 

NDLR: cet article constituait évidemment un poisson d'avril...