POLITIQUE & INSTITUTIONS
POLITIQUE

Équilibre entre les genres

Mesurer la mixité pour la faire avancer



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Pour faire progresser l'implication des femmes dans la prise de décision, le ministère de l'Économie fera un monitoring précis de toutes les nominations. (Photo: ministère de l'Economie)

Bien que les femmes représentent aujourd’hui 55,6% des diplômés universitaires et 40,5% des salariés sur le marché de l’emploi, elles ne récoltent que 25% des postes de direction dans la fonction publique et entre 11% et 19,22% des sièges dans les conseils d’administration du pays. Plus que de discours, elles ont besoin d’actions concrètes.

Alors que les femmes constituent la majorité de la population, elles restent largement sous-représentées dans les organes de décision, tant politiques qu’économiques. Pour répondre à ce paradoxe, l’actuelle coalition s’est clairement engagée à atteindre 40% des mandats occupés par des administratrices au sein des établissements publics et des entreprises dans lesquelles l’État détient une participation d’ici 2019. Un chiffre écrit, pour la première fois, noir sur blanc dans son programme gouvernemental.

«Ces derniers mois, il y a eu plusieurs nominations encourageantes, je pense notamment à celle de Martine Solovieff au poste de procureur général d’État. Il faut continuer sur cette lancée et augmenter encore la visibilité sur ces profils pour en inspirer d’autres. L’égalité décisionnelle est une priorité absolue. Pour y parvenir, il faut des objectifs concrets et clairs, et surtout, chiffrer les évolutions», affirme Lydia Mutsch, ministre de l’Égalité des chances et partisane d’une approche volontariste et positive de la mixité.

C’est toute une mentalité qu’il faut changer.

Étienne Schneider, vice-Premier ministre et ministre de l’Économie

Parmi les propositions à l’agenda du ministère de l’Égalité des chances: des procédures de nomination publiques plus transparentes, et favoriser un échange de bonnes pratiques entre les acteurs de terrain notamment via la création d’un réseau dédié et une modification du financement des partis politiques en fonction de la mixité de leurs listes. Loin d’être la chasse gardée de ses équipes, la question de la parité doit être transversale à tous les ministères. «Il n’y a aujourd’hui plus une réunion du Conseil de gouvernement sans qu’on aborde le sujet. On a besoin de toutes les forces politiques en présence», poursuit la ministre.

Conscient de l’enjeu, notamment en termes de compétitivité, le ministère de l’Économie se chargera de réaliser un monitoring précis des nominations aux postes à responsabilité à travers tout le pays. Interlocutrice des acteurs économiques, c’est l’institution la plus à même de proposer un état des lieux réaliste. «Atteindre un meilleur équilibre est important pour l’économie luxembourgeoise. Mesurer les progrès consentis permettra de mieux surveiller les manquements, explique Étienne Schneider, vice-Premier ministre et ministre de l’Économie. Dans cet effort, nous aurons besoin de toutes les fédérations syndicales et patronales: Fedil, Chambre de commerce, Chambre des métiers… C’est toute une mentalité qu’il faut changer.» Depuis début 2015, un programme informatique permet un suivi actualisé en continu.

Réserve de talents

Pour parvenir à une plus grande mixité dans tous les pans de l’économie, il faudra aussi compter sur une plus grande implication des entreprises. Pour Lydia Mutsch, l’argument qu’il est difficile de trouver des femmes aptes ou désireuses d’endosser un mandat au sein d’un conseil d’administration ne tient plus, en particulier depuis la création du Female Board Pool il y a quatre ans.

«Avoir seulement 20% de femmes à des postes clés ne cadre plus avec les besoins de la société actuelle, ce n’est plus normal. Améliorer ce pourcentage est la responsabilité de tous. Les entreprises doivent créer des occasions, qu’il s’agisse de monitoring ou de coaching. Il faut démontrer et prouver que la mixité amène de la valeur», complète la ministre.

Le but de l’initiative initiée par Rita Knott, une coach allemande établie au Luxembourg depuis 35 ans: créer une réserve d’administratrices talentueuses, spécialisées et prêtes à monter à bord de toutes sortes de conseils. Elles sont aujourd’hui 400 à en faire partie et à bénéficier de formations et de coaching ciblés. Issues de l’industrie, des services financiers, du commerce, de PME ou de grandes structures, elles ont des compétences très complémentaires.

«Chaque conseil a sa culture et sa dynamique propre. C’est généralement la diversité et l’équilibre des expertises représentées qui font qu’il fonctionne bien», explique la coordinatrice du réseau, qui se charge du «matching» des profils. Jusqu’à présent, deux organisations, dont le Laboratoire national de santé, ont recruté une administratrice grâce à ses services. «Nous visons le sur mesure. J’attends un vrai engagement des entreprises qui font appel à nous. Notre base de données est désormais étendue et structurée. Il nous faut à présent nous faire connaître des acteurs concernés», achève Rita Knott.