POLITIQUE & INSTITUTIONS

Banque centrale du Luxembourg

Message codé de Gaston Reinesch



Gaston Reinesch ne fait pas d'interview, mais délivre des petits signaux. (Photo: Christophe Olinger / archives)

Gaston Reinesch ne fait pas d'interview, mais délivre des petits signaux. (Photo: Christophe Olinger / archives)

Dans ses prévisions de croissance pour 2013 et 2014, la BCL lâche des petites phrases au vitriol.

Il ne fait pas de conférence de presse, n’écrit pas systématiquement d’éditoriaux dans les publications et ne donne pas d’interview, ce qui ne l’empêche pas d’envoyer des signaux forts au gouvernement... Celui que Gaston Reinesch, président de la Banque centrale du Luxembourg (BCL), a adressé vendredi, en présentant les prévisions de croissance pour 2013 et 2014, sent l’acide et les petites phrases lâchées dans la «Vue d’ensemble» donnent un constat sans complaisance de la situation financière du Luxembourg et de la conduite de la politique économique. 

La BCL juge ainsi sévèrement la manière dont le ministre des Finances a géré au printemps dernier le dossier sur la fiscalité de l’épargne et le passage obligé à l’échange automatique d’informations fiscales: «La BCL ne peut que saluer ces décisions et regrette qu’elles n’aient pas été préparées de façon plus précoce et plus cohérente.»

Incohérence et incertitude

D’autant moins que l’onde de choc créée par l’annonce «surprise» que fit Luc Frieden au détour d’une interview à la presse allemande a un impact sur les volumes des dépôts des non-résidents, sans que la BCL puisse être en mesure de le calibrer avec précision: «L’incidence précise sur la place financière est à l’heure actuelle incertaine.» Rien n’est moins évident que de dresser le diagnostic de la situation conjoncturelle à court terme dans le secteur financier car les indicateurs évoluent «de manière différenciée».

L’embellie, au 1er semestre 2013 par rapport aux six premiers mois de 2012, du produit net bancaire (+9%) et du résultat avant provision des banques (+14%) ne peut pas faire illusion: «Ces inflexions apparemment favorables reposent dans une large mesure sur la perception par certains établissements de revenus de dividendes habituellement échus au 3e trimestre et la forte progression des autres revenus nets reflétant pour l’essentiel des effets de ‘juste valeur’, soit des gains de marché non réalisés découlant de l’orientation positive des marchés boursiers mondiaux.»

Aussi, si l’on retranche les dividendes et les autres revenus nets, le produit net bancaire se serait réduit de 3% et le résultat net aurait fléchit de 11%.

Halte à l’effet d’aubaine

De même, le volume des crédits hypothécaires (la hausse de 4% en juillet 2013 et de 2% en août des crédits octroyés aux sociétés non financières est fortement liée aux crédits accordés aux promoteurs immobiliers) aurait un effet en trompe l’œil sur la situation de l’appareil productif hors construction et son financement.

Le gouvernement devrait ainsi «s’interroger sur le financement des entreprises établies au Luxembourg, la réponse ne pouvant résider simplement en un recours à de nouveaux instruments de soutien financier grevant directement ou indirectement les finances publiques». D’autant que les mesures et instruments déjà existants pour arroser les entreprises «ne sont pas suffisamment ciblés et comportent trop d’effets d’aubaine», selon la BCL.

Avec ou sans BGL?

Le ratio de la dette publique devrait pointer à 26% à la fin de l’année en tenant compte des deux émissions obligataires tombées en mars et en juillet et en prenant comme préalable le refinancement intégral de l’emprunt de deux milliards d’euros lancé en 2008 pour sauver les banques et qui arrive à maturité en décembre. C’est plus que ce sur quoi tablaient les projections de juin de la banque centrale. Mais la vente de la participation de 34% de l’État dans la BGL BNP Paribas pourrait, dans l’intervalle, changer la donne et améliorer la situation financière.

Le produit de la vente permettrait de rembourser l’emprunt de 2008 et de faire revenir la dette publique luxembourgeoise à 22% du PIB fin 2013. À condition toutefois, et c’est un croche-pied que la BCL fait là au gouvernement, que le prix de vente soit «tel qu’il permette d’augmenter, ceteris paribus (toutes choses étant égales par ailleurs, ndlr), le patrimoine financier net de l’État».

Dans un dernier clin d’œil peu innocent, la BCL invite le prochain gouvernement à engager une réflexion tant sur le plan économique qu’institutionnel, sur la politique et la gestion des participations de l’État, y compris celles qui sont détenues par les établissements publics: «Il va sans dire qu’une telle réflexion devrait s’opérer avec le souci de l’intérêt général à moyen et long termes, en prenant en compte l’intérêt des sociétés concernées et non dans une perspective d’intérêts particuliers.»

Enfin, comme une cerise sur le gâteau, la BCL balance cette petite phrase dans laquelle chacun pourra se reconnaître: «Il convient d’éviter tous types de potentiels conflits d’intérêt.»