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René Steinhaus (CEO de Lux-Airport)

«Ma mission consiste à poursuivre ce qui a été entamé»



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Arrivé en septembre 2016 en tant que directeur commercial de Lux-Airport, René Steinhaus en est désormais le CEO, avec pour ambition d’améliorer «la qualité et la fiabilité» des services proposés. (Photo: Mike Zenari)

Après six mois d’intérim à la tête de Lux-Airport suite au départ surprise de Johan Vanneste, René Steinhaus a été confirmé «à l’unanimité» CEO fin septembre. Sa priorité: mettre l’accent sur «la qualité et la fiabilité» des services proposés aux voyageurs.

Votre nomination en tant que CEO de Lux-Airport a été officialisée fin septembre après un vote à l’unanimité du conseil d’administration. Avez-vous été informé d’éventuels challengers pour ce poste?

«Vous pouvez imaginer que je ne faisais pas partie du processus de décision, mais je suis certain que d’autres candidats ont postulé. De mon côté, j’ai eu six mois pour faire mes preuves, que ce soit auprès du conseil d’administration, mais aussi auprès du personnel de Lux-Airport. Je suis dans cette industrie depuis 20 ans, ce qui me fait dire que je connais le fonctionnement et la gestion d’un aéroport. Et c’est probablement aussi cela qui a convaincu les bonnes personnes. Sans compter les commentaires positifs reçus de la part des équipes, ce qui est très important pour moi.

Lors de votre période d’intérim, vous avez cumulé vos nouvelles fonctions avec vos anciennes, à savoir le poste de directeur commercial. Cette situation va-t-elle perdurer ou êtes-vous à la recherche de quelqu’un pour reprendre cet aspect?

«Cela a très bien fonctionné pendant six mois, notamment grâce à l’équipe commerciale en place. J’ai occupé non seulement ces deux fonctions, mais aussi celle de responsable de la sécurité. Nous sommes une petite entreprise active dans un petit aéroport et cela fonctionne de cette manière. Pour le moment, nous n’avons pas de besoin urgent d’embaucher un nouveau directeur commercial. Si nous grandissons, nous devrons probablement repenser cette organisation. De mon côté, cette charge de travail me convient, j’ai réussi à trouver un équilibre avec ma vie personnelle. Mais il faut aussi dire que ce je fais est aussi une passion, ce qui aide beaucoup.

(Photo: Mike Zenari)

Vous êtes présent au Luxembourg depuis septembre 2016, embauché par votre prédécesseur, Johan Vanneste. Que retenez-vous de cette collaboration?

«J’avais une très bonne relation de travail avec lui, mais mes compétences de gestion aéroportuaires étaient déjà acquises avant mon arrivée. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’avais été choisi pour devenir directeur commercial. J’ai aimé travailler sous ses ordres, car il avait su créer une bonne atmosphère de travail. Notamment en donnant aux équipes de l’espace pour développer certaines choses.

Bénéficiez-vous toujours de cette même latitude actuellement, certaines voix évoquant la forte implication de Tom Weisgerber, président du conseil d’administration de Lux-Airport, dans la gestion quotidienne et non dans les seules réflexions stratégiques?

«Je ne peux pas confirmer ce que vous évoquez. Nous avons une réunion du conseil d’administration tous les mois, où les questions stratégiques sont évoquées, comme dans tous les conseils d’administration, et non les questions de gestion au jour le jour. En cela, mon président ne diffère pas des autres dirigeants avec qui j’ai travaillé par le passé. Je peux juste indiquer qu’il connaît parfaitement le secteur et que je suis ravi d’avoir des échanges avec l’ensemble du conseil d’administration.

Aboutir à des opérations les plus fluides et les moins stressantes possible.

René Steinhaus, CEO de Lux-Airport

Quels sont les objectifs qui vous ont été fixés suite à votre nomination officielle à la tête de Lux-Airport?

«Il est clair que ma mission est de poursuivre ce qui a été entamé, à savoir faciliter l’accessibilité du Luxembourg et permettre aux résidents ou aux habitants de la Grande Région de voyager. En mettant particulièrement l’accent sur la qualité et la fiabilité pour l’ensemble des partenaires actifs sur notre plate-forme. Si la croissance que nous avons enregistrée ces dernières années vient de la demande dans la région, nous sommes également à la recherche de nouvelles entreprises désireuses de s’intégrer dans cette logique. Mais il ne faut pas oublier qu’au final, ce sont les compagnies qui décident des destinations qu’elles souhaitent desservir. Nous faisons tout pour que le Luxembourg apparaisse sur leur radar, mais cela n’est pas entièrement entre nos mains.

Début 2017, votre prédécesseur évoquait l’idée d’attirer des vols aux heures creuses pour mieux exploiter les capacités de l’aéroport. Cette idée est-elle toujours d’actualité?

«Pour le moment, nous observons effectivement des pics d’activité le matin et le soir, en lien avec les voyages effectués par les hommes et femmes d’affaires, vers Londres par exemple. Nous souhaitons donc limiter l’ampleur de ces pics, non seulement au fil de la journée ou de la semaine, mais aussi sur l’ensemble de l’année, pour aboutir à une fréquentation plus constante.

Cela pourrait passer effectivement par plus de vols programmés en dehors des heures de pointe. Afin de faciliter la circulation des passagers, nous avons également introduit des portes automatiques et réorganisé la zone de contrôle de sécurité, qui était un point noir connu de l’aéroport. Tout cela devrait permettre une meilleure optimisation des infrastructures actuelles et d’aboutir à des opérations les plus fluides et les moins stressantes possible pour nos usagers.

Il faudra attendre encore un peu pour un vol transatlantique direct.

René Steinhaus, CEO de Lux-Airport

Le chiffre de cinq, voire six millions de passagers annuels avait un temps été avancé. Cela est-il crédible à vos yeux?

«Je ne sais pas sur quoi se basait cette hypothèse. Ce que je sais en revanche, c’est que nous allons poursuivre le travail effectué avec la zone de contrôle, et donc continuer à optimiser au mieux les espaces existants, même si nous sommes encore loin d’avoir atteint les capacités d’accueil maximales.

Autre hypothèse avancée, la volonté de voir se mettre en place une connexion transatlantique directe. Avez-vous des avancées à annoncer dans ce dossier?

«Il n’existe pas, à l’heure actuelle, de discussion sur ce sujet avec une quelconque compagnie. En revanche, nous sommes dans l’attente de l’arrivée de nouveaux avions long-courriers, dont l’Airbus A321, qui doivent révolutionner l’industrie en autorisant des vols directs de part et d’autre de l’Atlantique notamment. Ces avions doivent répondre à la demande actuelle des voyageurs de ne plus devoir passer par des correspondances via des hubs. Ce qui ouvre la voie à de nouvelles opportunités pour bon nombre d’aéroports, dont celui du Luxembourg. Pour le moment, l’A321 vient juste d’être certifié. Il faudra attendre encore un peu avant de voir se concrétiser ce projet.

(Photo: Mike Zenari)

Ce qui est certain en revanche, c’est la mise en œuvre, en 2019, de plusieurs chantiers d’envergure, comme la rénovation de la piste ou la construction du premier bâtiment d’Airport City. Comment allez-vous agir pour éviter le chaos pour les usagers?

«Nous travaillons à une planification détaillée pour éviter le scénario que vous évoquez. Ce qui est un énorme défi. Raison pour laquelle nous travaillons non seulement avec l’ensemble des partenaires établis sur la plate-forme aéroportuaire, mais aussi avec des consultants externes, reconnus pour leur expertise au niveau mondial.

Pour financer ces projets, le retour à une nouvelle taxe aéroportuaire apparaît comme inévitable. Qu’en est-il de ces discussions?

«La création d’une taxe d’atterrissage est en cours de préparation. Or, il faut être prudent sur cette question, car nous devons veiller à conserver l’attractivité du Findel. Raison pour laquelle nous discutons avec l’ensemble de nos partenaires, notamment les compagnies aériennes, pour que son introduction courant 2019 ne soit pas une surprise.

Changements à venir dans l’organisation en place

L’idée de transférer Luxexpo The Box à proximité du Findel devrait permettre de renforcer l’attractivité de l’aéroport. Quelles retombées pourriez-vous espérer de ce déménagement?

«Luxexpo ayant un poids dans l’économie nationale, son arrivée potentielle proche des terminaux serait une bonne chose pour renforcer le rôle de porte d’entrée du pays. Après, il reste bon nombre de choses à étudier, comme l’impact du trafic supplémentaire généré par les événements organisés sur le réseau routier actuel. Pour le moment, la configuration actuelle ne devrait pas pouvoir supporter ce surplus, même si je ne suis pas expert dans le domaine.

Au-delà de ces aspects, ce déménagement devrait être bénéfique pour tout le monde, notamment pour l’industrie hôtelière qui pourrait bénéficier de cette nouvelle configuration. Et pas que le futur hôtel prévu dans le cadre du projet Airport City, avant tout destiné à héberger les personnels travaillant à l’aéroport et dans ses environs immédiats.

Qu’en est-il des tensions enregistrées au sein du personnel de Lux-Airport, via notamment la mise en place d’une procédure de conciliation lancée en 2017?

«Nous avons eu de nombreuses discussions très constructives pour mettre en œuvre des changements dans l’organisation en place, avec des retours très positifs du personnel. En tant que CEO, je suis responsable de ces questions et c’est un point que je prends très au sérieux.»