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LuxGSM: du mouvement avant la grande fusion



Le rapprochement opérationnel des deux fournisseurs de services CMD et Mobilux, qui commercialisent les réseaux de téléphonie mobile LuxGSM était dans l'air du temps depuis un bon moment. Il devrait entrer définitivement dans les faits le 23 janvier prochain. Une opération qui ne se fait pas sans remous...

L'enjeu est évidemment de taille, tant les télécommunications représentent un secteur clé de l'économie luxembourgeoise. La situation assez particulière du réseau LuxGSM n'était, à terme, pas spécialement viable. à côté de l'Entreprise des P&T, opérateur technique depuis le lancement du réseau, en 1993, cohabitaient en effet deux fournisseurs de services. Mobilux, tout d'abord, qui, à l'origine, était détenu à 50% par les P&T et 50% par Millicom. Lorsque ce dernier se vit attribuer, en 1997, la licence du second réseau GSM au Luxembourg, l'opérateur historique racheta l'entièreté de ses parts.

Aux côtés de Mobilux se trouve CMD, détenu à 70% par les P&T. Les 30% restants sont entre les mains, à parité, de Aloyse Wagner, general director de la société Wagner & Fils et de Jean-Marie Arens, directeur général de la société Connectcom.

Dans un souci évident d'économie d'échelle et de simplifications administratives et techniques, un rapprochement de ces différentes entités était en réflexion depuis un bon moment. Le 23 janvier prochain, la société LuxGSM S.A. devrait être portée sur les fonts baptismaux. Concrètement, il s"agira du nouveau nom donné à Mobilux, laquelle procédera alors à une fusion par absorption de CMD. Les P&T garderont, évidemment, la maîtrise technique et opérationnelle du réseau, LuxGSM S.A. étant alors en charge de tous les aspects purement commerciaux. Cette nouvelle structure devrait être contrôlée à 85% par les P&T et à 15%, à parité, par MM. Wagner et Arens. La direction devrait être confiée à Marc Rosenfeld, qui sera détaché de ses fonctions de Chef du département services mobiles des P&T. La société devrait élire domicile dans les actuels locaux de CMD, le bâtiment occupé par Mobilux étant amené à être abandonné.

Marché saturé

Comme souvent, en pareil cas, l'opération ne s"est pas faite sans quelques dommages collatéraux. Ainsi, il y a quelques mois, Chris Maes, directeur général de Mobilux, en désaccord avec la tournure prise par les événements avait quitté ses fonctions, imité, quelques semaines plus tard, par son directeur financier Philippe Charron.

Cette semaine, c'est au tour de Yves Gordet, directeur général de CMD, de quitter son poste, à la différence près que ce départ semble avoir été pour le moins forcé.

Derrière ces mouvements se cacherait, selon un proche du dossier que nous avons contacté, la volonté marquée d'Aloyse Wagner d'exercer une certaine influence sur le fonctionnement de la nouvelle entité, peu en rapport, en tous les cas, avec son niveau de participation (7,5% des parts) dans la société. "Il est dommage que les P&T ne maîtrisent pas le jeu malgré leur position dominante dans l'actionnariat. Le secteur des télécoms peut être une opportunité phénoménale dans la politique industrielle du pays. Il n'est pas très sain d'imaginer de laisser ce secteur aux mains d'un privé, qui plus est actif dans le secteur de l'immobilier", nous explique ce proche du dossier.
La part de marché des P&T sur le secteur de la téléphonie mobile, longtemps restée aux alentours de 60%, est aujourd'hui plus proche des 50%, voire un peu moins, compte tenu de la dilution des parts générée par l'arrivée de Voxmobile en mai 2004.

Selon la dernière analyse du marché réalisée par l'Institut luxembourgeois de régulation (ILR) et publiée en décembre dernier, le taux de pénétration de la téléphonie mobile au Luxembourg était de 120% en 2004, le taux le plus élevé relevé en Europe. Des chiffres évidemment influencés par la présence d'un nombre important de travailleurs frontaliers, mais qui font tout de même dire à l'ILR que le marché a pratiquement atteint son niveau de saturation en terme d'abonnés et que les acteurs n'ont plus vraiment de possibilités de capturer un nombre significatif de nouveaux clients.

à charge pour eux, dans ces conditions, d'optimiser leur fonctionnement interne et leur revenu par client, afin d'augmenter leur rentabilité. Sur le papier, LuxGSM a choisi cette voie-là. Reste à savoir ce qu'il résultera des nombreux enjeux politiques...