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De Jean l’Aveugle à The Box

Luxexpo, contre vents et marées



Dès vendredi, la tour de Luxexpo arborera une nouvelle identité visuelle. Une page qui se tourne. (Photo: Maison moderne / archives)

Dès vendredi, la tour de Luxexpo arborera une nouvelle identité visuelle. Une page qui se tourne. (Photo: Maison moderne / archives)

Héritière d’une longue tradition des foires, Luxexpo amorce, en 2017, un nouveau virage stratégique après avoir résisté à bien des tourments. Retour sur quelques étapes marquantes d’une longue – et parfois tumultueuse – histoire.

Historiquement, la naissance des Foires internationales de Luxembourg se confond avec celle de la Schueberfouer, du temps de Jean l’Aveugle, roi de Bohême, lequel octroie en 1340 à la Ville de Luxembourg le privilège de tenir une foire commerciale.

Près de 600 ans plus tard, en 1922, la première «Foire internationale» en tant que telle est organisée au Limpertsberg, dans ce qui devient ensuite la Halle Victor Hugo. La création de la Société des foires internationales de Luxembourg, elle, remonte à 1953, d’abord sous forme de sàrl, puis sous forme de SA au début des années 70.

C’est à ce moment-là qu’est décidé le déménagement de la structure vers le Kirchberg, le site du Limpertsberg devenant bien trop exigu. La loi du 1er mars 1973 autorisant le gouvernement à accorder la garantie de l’État (pour un montant de 260 millions de francs, soit quelque 6,5 millions d’euros) et une aide financière (pour un maximum de 18 millions de francs annuels, soit 450.000 euros) au profit de la Société des foires internationales de Luxembourg permet l’opération. Le déménagement a lieu en 1974, sur un site permettant alors une surface d’exposition de 18.000m2 (contre 10.000m2 au Limpertsberg).

5 millions d’euros de pertes

Au fil des ans, le site évolue et s’agrandit, en même temps que le plateau du Kirchberg se développe pour devenir le centre névralgique de l’activité business du Grand-Duché. La bannière des Fil, imaginée par Pe’l Schlechter, rayonne alors à l’est de cet Eden.

Logo des Foires internationales à Luxembourg

Mais malgré un pouvoir attracteur évident, et une activité qui se maintient bien, la société est bien vite en proie à des difficultés financières qui trouvent leur apogée en 2002-2003. La société accuse alors des pertes cumulées de près de 5 millions d’euros et son pronostic vital est clairement engagé.

En avril 2003, après 30 ans de présence à la tête des Fil, Mathias Treinen prend sa retraite, remplacé par Jean-Michel Collignon, 45 ans, arrivé quelques mois plus tôt en tant que directeur Marketing et Relations publiques, fort d’une carrière professionnelle passée dans le secteur des médias et de la technologie, notamment au sein du groupe RTL.

Luxexpo pour faire oublier les Fil

C’est le début d’une opération de sauvetage qui passe notamment par une intervention de l’État et une augmentation de capital de quelque 4,2 millions d’euros via la loi du 9 juillet 2004. Les actionnaires «historiques» de la société (les Chambres de commerce, des métiers, des fonctionnaires et employés publics et celle du travail, mais aussi les banques BGL, Dexia-Bil, BCEE, KBL et la Ville de Luxembourg) mettent chacun, au prorata de leur participation initiale, un montant initial d’un million d’euros.

À la suite de quoi l’État rachète un tiers du capital détenu par les actionnaires privés (essentiellement ING, la BCEE, Arcelor et la Ville de Luxembourg) dans le capital de la Société immobilière du parc des expositions de Luxembourg (Sipel), propriétaire des bâtiments qu’exploite Luxexpo (les deux tiers restants appartenant à l’État, directement ou indirectement, via le Fonds d’urbanisation et d’aménagement du plateau de Kirchberg).

Pour mieux tourner la page, un rebranding complet est dévoilé en avril 2004. Adieu les Fil («Le changement de nom se justifie, car le métier des Fil va bien plus loin que les foires. Le logo qui contient l’abréviation ‘Fil’ n’est donc logiquement plus de mise», explique alors en substance Jean-Michel Collignon) et bonjour Luxexpo, porté par un logo rouge et blanc créé par l’agence CMI et symbolisant le faisceau lumineux d’un projecteur mettant en lumière les nombreuses facettes de l’activité économique de la société et du pays tout entier.

Logo de Luxexpo

Pari gagné, en tous les cas, puisque la société se redresse rapidement, affiche, dès 2005, un bénéfice record de 2,1 millions d’euros et apure progressivement son passif.

Des projets avortés

À la fin des années 2000 se pose pourtant de nouveau la question de la pérennité du site et plusieurs options sont alors envisagées, y compris un nouveau déménagement en dehors du Kirchberg. Il faut dire que, depuis 2003, les infrastructures de Luxexpo sont amputées de deux halls d’exposition (les 4 et 5) et d’un parking, réquisitionnés par l’État pour y ériger le Centre provisoire de conférences Kiem, accueillant les réunions du Conseil des ministres européen pendant toute la durée des travaux de réfection du «vrai centre» de conférences.

Dans le même temps, le projet d’implantation d’une gare ferroviaire multimodale (avec trois quais et six voies) dans le cadre du projet train-tram se fait de plus en plus persistant, mais sans pour autant être formellement arrêté.

Plusieurs alternatives sont proposées, dont certaines assez complexes dans leur mise en œuvre (l’une d’entre elles prévoyait, par exemple, la démolition du complexe cinématographique Utopolis et sa reconstruction un peu plus loin), mais aucune n’est finalement retenue, au grand soulagement des administrateurs de la société, inquiets des risques inhérents à la réalisation de certaines de ces options.

Quelques années plus tard, une autre approche est privilégiée, avec l’organisation d’un concours international d’architectes pour imaginer la «nouvelle» Luxexpo. Fin 2010, les bureaux d’architectes luxembourgeois SteinmetzDemeyer et allemand Pohl Architekten raflent la mise. S’ensuivent deux années de travaux préparatoires et de discussions qui finissent brutalement en mars 2012, le gouvernement mettant fin au projet pour des raisons budgétaires en période de restrictions assez drastiques.

La Chambre de commerce prend les commandes

Pas de quoi décourager les dirigeants de Luxexpo qui remettent l’ouvrage sur le métier. En 2013, Raymond Schadeck, le président du conseil d’administration, annonce un investissement de 15 millions d’euros, afin de faire de Luxexpo «un centre d’expositions et de congrès dont la Ville de Luxembourg et le pays pourront être fiers».

Deux ans plus tard, pour soutenir financièrement ces développements, une augmentation de capital de 10 millions d’euros est actée. La Chambre de commerce en finance 70% et devient actionnaire majoritaire (à 56,6%). La Ville de Luxembourg, elle, détient 17,81% du capital. La BCEE (7,7%), la Bil (4,98%), la Chambre des métiers (3,5%), ING Luxembourg (2,28%), BGL BNP Paribas et KBL (2,27% chacun), ArcelorMittal (2,03%), la Chambre des salariés (0,43%) et la Chambre des fonctionnaires et employés privés (0,13%) complètent le tour de table.

Logo de Luxexpo The Box

Aujourd’hui, les résultats de ces investissements sont désormais visibles et l’annonce d’un nouveau branding vient clôturer les réflexions stratégiques intensives qui ont accompagné ces nouveaux développements. 

En ouvrant «The Box», Luxexpo entend bien écrire de nouvelles belles pages d’une histoire qui est loin d’avoir été un long fleuve tranquille.