ENTREPRISES & STRATÉGIES — Technologies

Dan Arendt

Luxembourg mon amour



Paperjam

Technologies ? Médias ? Télécommunications. Dan Arendt chez Deloitte & Touche continue de s'intéresser à l'audiovisuel, mais il rajoute d'autres flèches à son arc.

On connaît le nom de Dan Arendt. Ceux qui ont travaillé avec lui en gardent visiblement un bon souvenir, et les autres n'ont rien de mauvais à dire à son endroit. Pour certains, c'est encore «Monsieur RTL» en dépit de son départ de la célèbre maison il y a maintenant plusieurs mois.

À l'époque, cela avait été un mini-séisme. Celui qui était le «dernier des Luxembourgeois» du comité de direction du groupe partait avec armes et bagages. Le suspense et la pression montaient dans les rangs? Où partait-il' Qu'allait-il faire? C'était au moment de la folie start-up. Allait-il être le premier à partir pour une petite structure toute nouvelle? Quelques semaines après, communiqué de presse du cabinet Deloitte & Touche: il accueillait un nouvel associé, Dan Arendt. Retour sur le parcours d'un Luxembourgeois amoureux de son pays.

Douze ans chez RTL

Le début de parcours est classique. Quelques années dans un cabinet d'audit de la place, où il a acquis sa qualification d'expert comptable et de réviseur d'entreprise, et voici le jeune Arendt engagé en 1988 par ce qui à l'époque n'était encore «que» la Compagnie Luxembourgeoise de Télédistribution, la CLT. Les postes occupés restent des postes de gestion et de finance: responsable du contrôle des filiales non francophones, puis directeur financier adjoint (1991), puis directeur financier groupe (1993). Cette date marque son entrée dans le comité de direction. Arrive 1998, année durant laquelle il succède à Jacques Neuen en tant que Secrétaire Général du groupe, et coiffe également la direction générale des activités luxembourgeoises.

On sent que le souvenir  est plutôt agréable, tant passion et conviction sont présentes dans sa voix à l'évocation de ces années. Le «nous» reste de mise quand il en parle, on est à la limite de l'utilisation du présent, voire du futur. Parmi ses souvenirs les plus marquants, la création de Broadcasting Center Europe arrive en tête. Cette création n'était pas issue d'objectifs fixés par avance, mais le résultat d'une analyse du marché. Cette création / filialisation d'un certain nombre d'activités s'est faite sans heurts et sans difficultés majeures, en parfaite concertation avec le personnel, les syndicats et l'Etat. Mais BCE n'est pas seul:

«En plus de ce souvenir particulièrement présent, il y a d'autres moments qui m'ont marqué, surtout depuis 1998: le redressement de RTL Oldies en Allemagne, avec une audience qui est passée en deux ans de 100.000 auditeurs par heure en moyenne à 250.000. Avec 6,7 millions d'auditeurs, RTL Radio est aujourd'hui la station la plus écoutée en Allemagne. C'est aussi la remise à plat de nos participations luxembourgeoises en fonction de nos priorités stratégiques, avec le retrait de La Revue comme d'Eltrona. Il y a le soutien à la création des studios Delux Production à Contern. Il s'agit des premiers véritables studios ?state of the art? dans le pays».

Le cap de la quarantaine

Pourquoi est-il parti? Beaucoup de personnes ont posé la question, beaucoup n'ont pas compris. Comment peut-on partir d'un tel poste, dans une telle entreprise? Réponse de l'intéressé: «J'ai commencé chez RTL à 28 ans. J'allais en avoir 40. Je trouve qu'il n'est pas normal que l'on reste toute une vie dans une seule entreprise. Je pense que c'est contraire à l'esprit des règles actuelles de l'économie. Et quand bien même RTL est un groupe passionnant, après une douzaine d'années, il y a une routine qui s'installe. Je pense que c'était le bon âge, la bonne époque pour trouver un nouveau challenge. Je partais d'autant moins difficilement que l'on m'avait fixé des objectifs que j'avais atteints. Je pouvais partir avec le sentiment du devoir accompli».

Mais donc, tout n'est pas de partir, il s'agit aussi de trouver quelque chose de passionnant de l'autre côté. Sa nouvelle mission' Créer ce qu'il appelle une «Media Practice» au sein de Deloitte & Touche Luxembourg, qui fera partie intégrante de la service line Deloitte & Touche Monde. Le métier en fait est à la convergence de ses anciennes activités. On y retrouve la gestion et les finances, on y retrouve le monde des médias et de l'audiovisuel. Y font leur apparition, pour lui, peut-être plus qu'au sein du RTL Group, les notions de Business Development et les activités Technologies et Télécoms. «Je reste dans une approche d'entrepreneur et de financier, mais le domaine d'intervention est élargi. On y parlera en fait de TMT plutôt que de Médias uniquement. En effet, Deloitte & Touche a, au plan mondial, des spécialistes de haut niveau dans tout ces domaines. Et inversement, nous avons d'ores et déjà de nombreux et importants clients dans ces secteurs».

Autrement tourné, Deloitte & Touche et Dan Arendt nous préparent un «one stop shop» pour les entreprises du secteur TMT. A titre d'exemple, une entreprise veut s'installer au Luxembourg? Elle veut créer quelques chaînes de télévision ou un portail web? Aucun problème, Deloitte & Touche l'accompagnera dans ses contacts avec l'administration, l'aidera à trouver des partenaires, pour le choix de sa structure financière et fiscale, pour le recrutement, la comptabilité, la recherche de financement. C'est la notion du service global qui domine. Le cabinet pourra mettre à disposition du personnel, gérer une partie des outsourcing nécessaires? tout cela pour laisser à l'entreprise les moyens de se concentrer sur l'essentiel de ses objectifs, sur son «core business».

Le service sera également à la carte, en fonction des besoins du client. Pour ceci, le réseau mondial sera mis à contribution. Que le client veuille s'installer au Luxembourg ou ailleurs, l'effet réseau jouera à plein. Les spécialistes pourront venir indifféremment de Paris, Londres, New York ou d'ailleurs. Audit, Consulting, Corporate Finance? tous les départements et leurs «industry specialists» nécessaires (pour reprendre les termes maison) seront mis au travail.

Cette nouvelle activité sera de fait un service mondial, intégré au réseau. Là où sera présent le cabinet, le service sera offert. On sent cependant chez Dan Arendt la volonté de favoriser, d'aider le Grand-Duché dans son activité.

Le Luxembourg fil conducteur

A la remarque «Il semblerait que vous aimez bien votre pays», la réponse fuse: «J'ai une réelle passion pour ce pays. C'est un pays merveilleux qui dispose d'énormes atouts. Il est idéalement positionné pour servir de ?hub? aux entreprises actives dans le domaine de l'audiovisuel, des nouveaux médias ou des télécommunications. Nous sommes au centre de l'Europe, nous sommes plurilingues et multiculturels? le pays est riche en infrastructures, en moyens financiers. Les administrations et le gouvernement ont une approche pragmatique des choses. Chez RTL, je travaillais en étroite collaboration avec le Service des Médias et des Communications pour le développement du site luxembourgeois. J'ai bien l'intention de continuer avec Deloitte & Touche».

A témoin, il reprend spontanément l'exemple du groupe RTL: «La télévision et la radio sont des médias très sensibles du point de vue politique. Etre une entreprise installée au Luxembourg a permis de donner une couleur de neutralité aux différentes chaînes. Le groupe ne serait pas ce qu'il est si installé à l'origine en France ou en Allemagne. Dans chacun de ces pays les chaînes et stations sont considérées comme ?nationales?, pas comme étrangères». Il faut reconnaître une certaine validité à l'analyse: avec les derniers mouvements de capital (la revente par le Groupe Bruxelles Lambert de sa participation à Bertelsmann), certains en France se sont rapidement inquiétés du poids grandissant d'une maison mère allemande dans le capital de la chaîne M6 et la station de radio RTL' donnant l'impression de découvrir que ce capital n'était pas à 100% tricolore.

Les TMT comme nouveaux piliers de la diversification industrielle du Luxembourg? Pourquoi pas? Une base solide et impressionnante existe: RTL, mais aussi SES, Netcom et d'autres opérateurs internationaux sont présents. Pour favoriser ce développement, Dan Arendt désigne l'accompagnement «idéal»: eLuxembourg.

eLuxembourg en renfort

Améliorer la pénétration d'Internet dans les foyers, améliorer le dialogue démocratique via le réseau, développer des offres en e-learning? Les cibles sont identifiées, les modèles désignés: les pays scandinaves qui se retrouvent à la tête de la révolution numérique. «Tout ce qui favorise le développement et la pénétration du réseau doit être développé. Par exemple, le Centre de Recherche Henri Tudor a mené des expériences dans la commune de Rosport pour tout ce qui touche au citoyen et au réseau. De ce que j'en ai entendu, les résultats semblent encourageants. Nous devons utiliser tout cela comme base pour nous propulser comme un pays leader de ce domaine. Nous en avons les moyens, les hommes politiques ont montré qu'ils en avaient la volonté. Ils ont fait la preuve dans le passé que s'ils ont la volonté, ils savent réaliser».

C'est en fait à une véritable révolution culturelle que Dan Arendt appelle. Le ciel est bleu, mais il aperçoit malgré tout quelques nuages. La richesse du Luxembourg est de plus en plus dépendante d'expatriés et de frontaliers. C'est à la fois une chance et un risque pour le pays, «sans cette force de travail, jamais notre économie ne tournerait au rythme où elle tourne aujourd'hui». L'évocation de la création d'une «green card», permettant l'installation et l'embauche de travailleurs non ressortissants de l'Union Européenne, ne le dérange pas: «Des mécanismes de vérification sérieux doivent être mis en place, mais au-delà nous devons avoir des procédures rapides et pragmatiques. » Ceci pour le ciel bleu.

Les nuages maintenant. Que manque-t-il au Luxembourg? «Je regrette l'absence d'un réel esprit d'entreprise et un goût du risque calculé chez les jeunes. Je pense que c'est une situation à terme très risquée pour le Luxembourg. J'ai présidé la Fédération des Jeunes Dirigeants pendant l'année 2000. Pendant cette période, nous avons particulièrement essayé de mettre l'accent sur ce point. Nous avons produit un film destiné à promouvoir l'esprit d'entreprise d'une trentaine de minutes ? diffusé dans de nombreuses écoles du secondaire, ainsi que sur RTL. Enfin, nous avons participé à la Caravane 2000. Nous continuons aujourd'hui dans la même voix. J'espère qu'il y aura une prise de conscience et un changement progressif». «

Broadcasting Center Europe

Comment est né le BCE? ?Nous avons simplement constaté qu'un certain nombre de services assurés à Luxembourg ne l'était que pour des entreprises du groupe alors que des tiers auraient également pu en bénéficier. Autrement dit, la croissance de ce qui allait devenir BCE était limitée à la croissance externe du groupe. Une activité tellement monolithique était risquée. BCE a un savoir-faire, des compétences. Il y a des personnes exceptionnelles dans cette entreprise. Un exemple? BCE est capable de créer entièrement et en un temps extrêmement court une chaîne de télévision, avec zéro défaut. Filialiser permet d'offrir ces services à des tiers. Ceci s'est d'autant mieux passé que le Service des Médias du gouvernement faisait également tout son possible pour attirer d'autres acteurs audiovisuels au Grand-Duché.?

Aujourd'hui, le BCE, c'est une société de 220 personnes, 40 millions d'Euros de chiffre d'affaires. Elle est active dans plusieurs domaines tels que:
- production audiovisuelle (studios, computer-graphics, cars de reportage, post-production audio et video, doublage)
- film & Tape Operations (traitement et corrections de supports video, logistique de distribution de masters en Europe)
- diffusion Radio et Television
- transmission & Telecoms (liaisons hertziennes, réseaux VSAT, centre de collocation de trafic télécom)

Deloitte & Touche

Au plan mondial, Deloitte Touche Tohmatsu se positionne comme l'un des premiers cabinets mondiaux dans les domaines de l'audit, de l'expertise comptable, du conseil fiscal et du conseil en management. En chiffres, cela représente plus de 92.000 personnes, plus de 130 pays, un chiffre d'affaires d'environ 11,2 milliards de dollars par an, avec un taux de croissance de 14%.

Au Luxembourg, avec envrion 650 professionnels de 20 nationalités, Deloitte & Touche est l'un des cabinets leaders de la place. Ses services couvrent aussi bien une clientèle nationale qu'internationale. L'entreprise est active en audit, expertise comptable, conseil fiscal, corporate finance & forensic accounting, en conseil en IT et en management. Le cabinet, fondé en 1950, compte 27 associés.