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Jets privés

Luxaviation devient le second opérateur mondial



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Patrick Hansen, CEO et à présent président du conseil d’administration de Luxaviation (Photo: luxaviation)

L’opérateur d’aviation d’affaires Luxaviation a franchi un nouveau cap avec l’acquisition de 100% de son concurrent suisse Execujet. Une transaction, annoncée ce mardi, qui hisse la société luxembourgeoise de Patrick Hansen au rang de numéro deux mondial, avec une flotte de 250 avions et plus de 1.500 employés.

Le groupe luxembourgeois d’aviation d’affaires, Luxaviation, annonce ce mardi une opération de grande envergure avec l’achat de 100% du capital de son concurrent suisse Execujet Aviation Group, avec son millier d’employés et une flotte diversifiée de 165 avions.

«Cette acquisition fait de nous le second plus grand opérateur au monde après l’américain Netjet et le premier en dehors des États-Unis», se félicite Patrick Hansen, le CEO de Luxaviation, dans un entretien à Paperjam.lu.

L’intégration d’une compagnie comme Execujet fait passer la compagnie luxembourgeoise, qui disposait de son côté de 90 avions (et 520 employés), dans une autre dimension et surtout une autre stratégie. Elle devient un opérateur global dans l’aviation d’affaires, du transport de passagers aux opérations de maintenance des avions, qui ne lui appartiennent pas (à l’exception de sept avions qui vont d’ailleurs bientôt sortir de son portefeuille). Le passage du suisse sous son giron lui donne aussi des points d’ancrage (18 bases dans le monde) en Asie, au Moyen-Orient et en Afrique, marchés qui présentent un fort potentiel de développement.

Pour le patron de Luxaviation, «ce sont des sociétés très complémentaires». Ce qui signifie, sur le plan des ressources humaines, qu’il n’y aura pas de dégraissage dans les rangs des employés du nouveau groupe qui en compte désormais 1.550.

Une consolidation nécessaire

«Il est très clair qu’il fallait nous consolider sur le marché. Nous voulions atteindre la taille critique depuis trois ans, nous l’avons atteinte il y a deux ans avec l’acquisition du belge Abelag. Aujourd’hui, nous allons devenir une compagnie européenne profitable à long terme», souligne encore Patrick Hansen.

Il fallait qu’on se développe en Asie, au Moyen-Orient et en Afrique, les marchés d’avenir.

Patrick Hansen, le CEO de Luxaviation

Pour l’heure, et comme dans les autres opérations de rachat réalisées par Luxaviation ces deux dernières années, Execujet va conserver son nom, son identité et la plupart de ses dirigeants, mis à part son fondateur, l’Irlandais Niall Olver qui quitte la direction pour devenir conseiller. Du coup, Patrick Hansen hérite de la présidence du conseil d’administration.

Le prix d’acquisition d’Execujet n’a pas été rendu public. «C’est un prix à neuf chiffres», se contente de dire le CEO de Luxaviation. 

Comment cet achat a-t-il été financé? «D’abord, notre propre cash flow, il y a eu ensuite un peu de financement bancaire – mais pas par un établissement luxembourgeois – et en troisième lieu les fonds de private equity», répond Patrick Hansen.

Les Chinois dans un tiers du capital

Les fonds viennent en partie des Chinois de CMI, l’un des plus grands fonds de private equity de Chine qui compte dans son actionnariat 59 grands industriels chinois, avec lequel Luxaviation avait conclu le mois dernier un accord de partenariat en matière de leasing d’avions privés.

CMI devrait d’ailleurs entrer dans le capital de Luxaviation, «mais pas plus d’un tiers», indique le CEO du groupe. «Il est clair que CMI sera pour nous un support financier dans le futur», poursuit-il. Il l’a été dans l’opération Execujet. «Nous sommes prêts à ouvrir jusqu’à un tiers de notre capital.»

L’opération Execujet, en gestation depuis le mois de septembre 2014, a exigé une réorganisation de la société mère au Luxembourg. «L’actionnariat a été simplifié et devrait faciliter l’arrivée de nouveaux investisseurs», signale Patrick Hansen. «C’est une bonne base et nous allons maintenant développer notre croissance organique pendant plus d’un an. Il s’agit désormais d’intégrer ce que nous avons.»

Aussi, Luxaviation Group va-t-il mettre la pédale douce sur les acquisitions.

Execujet dispose d’AOC, c’est-à-dire de licences pour opérer des vols commerciaux en Suisse, en Grande-Bretagne et au Danemark, qui s’ajoutent aux licences déjà dans les mains du groupe Luxaviation. «Nous avons neuf licences en Europe et huit autres à travers le monde, c’est suffisant et satisfaisant pour l’intérêt de nos clients», poursuit le dirigeant.

Une centre de maintenance qui peine à voir le jour

L’intégration de la compagnie suisse donne donc une autre dimension à Luxaviation, entre autres pour les opérations de maintenance, où elle hérite d’un premier centre opérationnel à Dubaï qui fait travailler 150 personnes et d’un second en Afrique du Sud qui emploie une centaine de personnes.

Au Luxembourg, la société luxembourgeoise peine, depuis deux ans, à obtenir les autorisations pour construire un centre de maintenance et d’opérations en vol et doit à l’heure actuelle se contenter «d’un hangar non viable» qui occupe trois personnes. Pourtant, les plans d’architecte sont prêts pour construire au Findel une base opérationnelle (dispatching des avions en vol) à la mesure de la taille de Luxaviation.

Patrick Hansen a rendez-vous «prochainement» avec le ministre du Développement durable et des Infrastructures, François Bausch, pour en discuter. 

Que de chemin en tout cas parcouru entre la petite compagnie contrôlée par un petit oligarque russe, qui fut longtemps le chouchou des autorités luxembourgeoises avant de finir en disgrâce, à moitié ruinée, et depuis cette semaine une compagnie d’aviation d’affaires dans le top 3 mondial de son domaine. Le nouveau groupe ambitionne un chiffre d’affaires de 500 millions de dollars par an.