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L'investissement dans les matières premières



Carlo Friob est responsable de l'offre wealth management chez BGL BNP Paribas. (Photo: BGL BNP Paribas)

Carlo Friob est responsable de l'offre wealth management chez BGL BNP Paribas. (Photo: BGL BNP Paribas)

La forte baisse (plus de 26%) du prix de l’or – longtemps considéré comme la valeur refuge par excellence – depuis septembre 2012 illustre la difficulté àinvestir dans les matières premièreset l’importance de se poser les bonnes questions avant d’envisager un tel investissement.

Le terme de matières premières ou «commodities» désigne des produits très différents qui peuvent être regroupés en quatre catégories principales: les métaux de base ou métaux industriels (cuivre, aluminium, zinc), les métaux précieux (or, argent, platine), l’énergie (pétrole, gaz naturel, charbon) et enfin les produits agricoles et d’élevage (maïs, soja, cacao, coton, bovins).

Les cours de chacune de ces catégories sont impactés par des facteurs différents. Ainsi, le prix des métaux de base dépendra du cycle économique tandis que la demande influencera directement les cours des métaux précieux; le prix des matières premières énergétiques sera impacté par la situation géopolitique alors que les conditions climatiques pèseront sur le cours des matières premières agricoles.

L’augmentation des volumes échangés sur les marchés financiers, ainsi que la forte croissance des prix et de la volatilité des produits agricoles et d’élevage ont conduit les parties prenantes à s’interroger sur la responsabilité des acteurs financiers dans l’augmentation du prix de ces matières premières.

Conscientes du caractère crucial de la sécurité alimentaire pour les populations les plus fragiles, de nombreuses banques limitent leurs investissements ou n’investissent plus du tout dans cette catégorie de matières premières afin de ne pas déstabiliser ces marchés.

Par ailleurs, un investissement sur l’une ou l’autre de ces catégories ne répond pas aux mêmes objectifs. Ainsi, si les matières premières représentent une alternative aux classes d’actifs traditionnelles grâce à leur faible corrélation avec celles-ci tout en permettant de diversifier le portefeuille, les investisseurs doivent privilégier l’une des catégories en fonction de leurs objectifs. Un agriculteur utilisera, par exemple, les produits agricoles afin de fixer à l’avance le prix de sa récolte. Un investissement sur un métal précieux comme l’or sera utilisé lorsque l’on veut se protéger contre l’inflation. Un investissement sur les métaux industriels sera favorisé par un investisseur qui souhaite s’exposer à la reprise économique alors que les matières premières énergétiques correspondent davantage à un investisseur spéculatif.

Investir dans les matières premières peut se faire via plusieurs véhicules d’investissement. La première possibilité est l’achat physique de la matière première. Néanmoins, cette solution n’est envisageable que pour un investissement sur les métaux précieux. En effet, pour les autres catégories, l’achat physique entraîne la livraison physique de la matière première et des problématiques de stockage. Ainsi, un investisseur souhaitant s’exposer à l’évolution des cours du pétrole n’achètera pas le pétrole en direct, puisqu’il serait dans l’incapacité de le stocker. Par ailleurs, les coûts de stockage et de livraison de la plupart de ces matières premières pénaliseraient le rendement acquis suite à l’investissement en lui-même.

Une classe d’actifs à part entière

C’est pourquoi l’investissement en matières premières se fait principalement via les contrats futures (ou contrat à terme) afin d’éviter la livraison physique de la matière première. Un contrat à terme est un engagement, négocié à l’instant T, à livrer ou à prendre en livraison un lot bien spécifié d’une marchandise à une date ultérieure à un prix fixé en date T. Un investisseur détenant un contrat future le dénouera avant son échéance.

Toutefois, s’il souhaite rester exposé au sous-jacent, il réinvestira sur un contrat avec une échéance plus lointaine (on parle de roller ou de reconduire la position). Ces contrats à terme permettent entre autres de se protéger contre les risques de fluctuation des cours et servent de couverture pour les producteurs de matières premières. Pour investir sur un contrat future sur les matières premières, un minimum d’investissement de 100.000 dollars est généralement requis. Aussi, ce véhicule d’investissement ne peut s’adresser à tous les investisseurs.

Investir dans des trackers (qui répliquent les cours de matières premières) ou dans des fonds d’investissement permet de s’exposer à ces matières premières sans nécessiter un minimum d’investissement élevé. Ainsi, il existe de nombreux indices correspondant soit à toutes les matières premières soit à une catégorie plus spécifique.

Par exemple, le Lyxor ETF Commodities réplique les performances des matières premières dans leur ensemble, alors que le tracker Lyxor Industrial Metals ne reproduit que la performance des métaux industriels.

De même, une multitude de fonds d’investissement ont pour stratégie d’investir sur les matières premières, comme le fonds Parvest World Commodities ou le fonds Blackrock World Gold. Il est également possible d’acheter un produit structuré qui aura pour sous-jacent une matière première comme dans le cas d’un produit de participation sur le Brent (*). Pour s’exposer à cette classe d’actifs, un investisseur peut également envisager d’acheter des actions d’entreprises aurifères, d’entreprises parapétrolières ou de producteurs de minerai de base.

Enfin, un investissement sur les devises peut offrir une exposition indirecte à l’évolution du cours des matières premières. Considérons ainsi les métaux de base (et le minerai de fer). Lorsque l’économie chinoise se porte bien, le pays importe massivement ces métaux de base. L’Australie, elle, est un des premiers exportateurs de minerai de fer. Ainsi, lorsque la Chine importe massivement du minerai de fer, la devise de l’Australie, l’AUD, a tendance à s’apprécier. C’est pourquoi un investisseur souhaitant s’exposer aux fluctuations du cours du minerai de fer peut décider d’investir sur l’AUD en prenant une position longue s’il pense que cette matière première devrait s’apprécier ou une position short s’il considère que la demande devrait diminuer. Si les véhicules d’investissement sont multiples, les investisseurs doivent garder en tête que les matières premières sont une classe d’actifs à part entière qui présente des différences significatives avec les classes d’actifs traditionnelles que sont les actions ou les obligations. En effet, comme expliqué précédemment, la plupart des investissements sur les matières premières se font via des contrats futures et les investisseurs ne sont donc pas directement exposés aux matières premières.

Faible corrélation

Un investisseur en matières premières ne touchera pas de revenus réguliers comme dans le cas d’un investissement en actions avec les dividendes ou en obligations avec les coupons. Par ailleurs, ces marchés sont très techniques et sont caractérisés notamment par un écart entre le prix au comptant et le prix à terme. Ainsi, si le pétrole se traite actuellement à 110 dollars le baril (prix au comptant), le prix à terme matérialisé par le contrat future peut être inférieur à 110 dollars si les investisseurs anticipent par exemple une offre plus importante que la demande à l’échéance du contrat (on dit que le marché est en backwardation ou déport).

D’autre part, le prix à terme peut être supérieur à 110 dollars si les investisseurs considèrent qu’un conflit géopolitique limitera l’offre de pétrole (on dit que le marché est en contango ou report). La forme de la courbe (contango ou backwardation) impactera le rendement de l’investisseur lorsqu’il clôturera son contrat future avant l’échéance de celui-ci et réinvestira sur un contrat future d’échéance plus lointaine. En effet, si le marché est en contango, l’investisseur dépensera pour l’acquisition du nouveau contrat une somme supérieure à celle qu’il encaisse lors de la vente du contrat à échéance plus rapprochée.

Enfin, en sus des risques inhérents à tous les investissements financiers, un investisseur en matières premières est exposé à des risques bien spécifiques que sont le risque de livraison, le risque de contrepartie et la nécessité d’optimiser le roll des contrats.

Les matières premières constituent une classe d’actifs à part entière avec ses risques et ses spécificités. Ainsi, elle s’adresse aux investisseurs avertis ou à ceux bénéficiant des conseils de spécialistes expérimentés. Dans ce cas, l’investisseur devra spécifier à son conseiller sa stratégie d’investissement, ce qui lui permettra d’investir dans une catégorie de matière première adaptée à ses objectifs et à ses attentes en termes de risques et de rendements. Un investissement sur les matières premières pensé avec l’aide d’un spécialiste permettra à l’investisseur non expérimenté de bénéficier de la faible corrélation de cette classe d’actifs pour augmenter le rendement de son portefeuille.

(*) Le Brent caractérise aujourd’hui un type de pétrole assez léger, il sert de brut de référence au niveau mondial et son cours détermine celui de la majorité des pétroles extraits dans le monde.

La valeur du mois

Focus sur Deutsche Bank

Première banque privée allemande, Deutsche Bank possède 1.560 agences et succursales à travers 76 pays et compte plus de 21 millions de clients, en Allemagne et à l’étranger. Actif dans la banque de financement et d’investissement, ainsi qu’en gestion d’actifs, la banque a développé le volet banque de détail via Deutsche Postbank et Sal Oppenheim.

Emblématiques d’un trimestre difficile, les résultats ont été touchés par la faiblesse des revenus de taux (-47% sur un an). La Deutsche Bank enregistre une provision de 1,2 milliard d’euros pour risques judiciaires. Le ratio de fonds propres CET1 Bâle 3 chute à 9,7%, tandis que la progression du ratio de levier s’élève à 3,1% en conformité avec la régulation. Les risques réglementaires et judiciaires, en particulier la hausse des demandes de rachats de prêts, maintiennent une incertitude sur la réduction du levier.

Cependant, le consensus intègre déjà, d’une part, 5 à 6 milliards d’euros de coûts judiciaires pour l’ensemble des litiges – leur règlement avec la Federal Housing Finance Agency servira de catalyseur –, et d’autre part la révision à la hausse du coût du désendettement (entre 450 et 500 millions d’euros). La décote du titre paraît excessive, notamment dans la perspective du premier trimestre 2014 dont la saisonnalité est favorable dans le domaine de la banque de financement et d’investissement.

Plusieurs nouvelles positives peuvent être soulignées: les économies de 4,5 milliards d’euros prévues sur la période 2012-2015; l’intégration de Postbank et la stratégie de ciblage des PME allemandes; le ratio CET1 de 9,7% au 3e trimestre 2013; les coûts de refinancement modérés et le liquidity coverage ratio supérieur à 100% fin 2013. Concernant les risques, sont à prendre en compte l’affaire Kirch – dans laquelle la Deutsche Bank est nommée comme suspect –, la manipulation du Libor et du Forex, l’immobilier américain, la TVA sur le trading de quota carbone et enfin les enquêtes de la BaFin, du département américain de la Justice et des régulateurs.

Les chiffres au 3e trimestre, relativement faibles à cause de la banque d’investissement et des charges sur les litiges, ne justifient a priori pas une valorisation si basse du titre si l’économie continue de s’améliorer.

Lexique

Chaque mois, propose des définitions de termes économiques et financiers. Des mots, des expressions que l’on entend souvent et dont on croit connaître le sens… Mais pas toujours.

Gestion value

Mode de gestion basé sur les sociétés dont la valorisation en bourse est sous-estimée par les marchés, en anticipant une revalorisation du cours de l’action. Les éléments qui seront particulièrement observés sont le multiple de capitalisation des bénéfices (ou price earning ratio), la relation entre le cours de l’action et son chiffre d’affaires ou le rendement des dividendes par rapport au cours.

Gestion passive

Mode de gestion qui se contente de répliquer le plus fidèlement possible les évolutions d’un indice boursier de référence. Cela peut se faire en composant son portefeuille comme une réplique du panier composant ledit indice ou bien en utilisant des produits de type contrats dérivés pour reproduire la performance de l’indice, sans s’interroger sur la sous- ou sur-évaluation de ces titres.

Gestion growth

Mode de gestion active qui privilégie l’acquisition de valeurs présentant les meilleures perspectives de croissance au cours des années à venir, entraînant ainsi leurs cours d’action à la hausse.. Ces valeurs dites «de croissance» (growth) se caractérisent généralement par un taux de distribution de dividendes très faible, voire le plus souvent nul.