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L'IFBL: le grand virage



Paperjam

L'Institut de formation bancaire s'est remis en question et réoriente ses offres en fonction de l'évolution des besoins du secteur.

L'arrivée de Werner Eckes, le 1er mai dernier, à la tête de l'IFBL, l'Institut de formation bancaire, Luxembourg, a amorcé le virage que s'apprête à prendre l'institut. M. Eckes, qui a passé 25 ans à la Dexia BIL où il était responsable de l'unité "Education and Management Development", a succédé à Jeff Kintzelé, appelé à renforcer la gestion de la Luxembourg School of Finance.

L'évolution du secteur bancaire et, surtout, la chute vertigineuse des embauches dans ce secteur, a poussé l'IFBL à repenser sa mission et à réorienter ses offres de formation en fonction des nouveaux besoins. "L'institut avait perdu un certain impact", avoue le nouveau directeur. Initialement, l'institut avait pour objectif de préparer les nouvelles recrues du secteur bancaire à leur nouvel emploi. "C'était le début du boom bancaire et du recrutement de masse dans les différents métiers et le personnel recruté ne provenait pas du secteur bancaire, explique M. Eckes. La mission confiée à l'IFBL était de former et d'accompagner les nouvelles recrues dans leur intégration professionnelle".

L'insertion des employés dans les banques prévoyait 240 heures de formation par candidat et l'IFBL a dû faire face, fin des années 90, à un afflux de masse. "La situation a fortement changé à partir de 2002, les embauches se faisaient depuis lors essentiellement à un très haut niveau. L'IFBL s'est alors retrouvée face à deux problèmes: la masse a fondu et le contenu des cours n'était plus adapté au nouveau public".

Un mois après l'entrée en fonction de Werner Eckes, un premier conseil d'administration approuvait l'idée de repositionner l'institut et trois mois et demi plus tard, un second acceptait la nouvelle direction prise.

"Plusieurs choses vont changer, explique le nouveau directeur. L'IFBL aura d'abord une vocation client, c'est-à-dire un rôle actif et proactif vis-à-vis de nos business partners qui sont les banques ainsi que les autres acteurs du secteur financier. Ensuite, l'institut, mettra à la disposition de ses clients des 'chefs de projet formation'". L'institut entend par là gérer les clients - les banques - en analysant leurs besoins en formation et en leur fournissant des solutions allant de paire avec les stratégies business.

Enfin, "sa troisième mission sera de conseiller les banques sur les nouvelles tendances du marché de la formation (benchmarketing). L'IFBL ne sera plus un exécutant, mais un partenaire", insiste M. Eckes.

L'institut fonde sa réorientation - qui sera opérationnelle dès janvier prochain - sur trois valeurs: la transparence quant à l'offre de formation, la plus-value que peut apporter l'IFBL aux banques et, enfin, la qualité des cours proposés.

Pour mettre en oeuvre ce chantier, l'IFBL travaille à la refonte de ses offres qui seront, à l'avenir, structurées de façon modulaire et davantage ciblées, moins académiques et beaucoup plus axées "professionnelles", classées par métier.

"Dans le cadre de cette révision, nous nous sommes adjoint l'aide d'une douzaine de groupes d'experts, formant chacun un cercle de qualité, à l'intérieur duquel nous faisons attention à ce que chaque groupement de banque soit représenté. Ces experts sont chargés de conseiller l'IFBL dans la conception des contenus et dans la définition du public-cible à atteindre, dans la manière d'organiser la formation. L'une des autres nouveautés est que les contenus des cours seront validés par les managers des secteurs concernés.

Tester ses connaissances

Les formations de haut niveau se décomposeront en plusieurs modules et il sera possible d'acheter par module, ce qui offrira plus de flexibilité. La banque et l'apprenant ne seront plus obligés de prendre le menu complet, mais ils pourront choisir leurs cours "à la carte". "Aujourd'hui, dans nos formations, on est obligé de suivre tous les cours du package alors qu'ils ne sont pas forcément tous intéressants pour l'apprenant, admet le directeur. C'est pourquoi des thèmes plus spécifiques seront développés.

"C'est le 'business' qui va définir avec nous les besoins. Nous serons la plaque tournante de la formation, mais nous préparons aussi la formation', souligne avec engouement M. Eckes. Le calendrier des formations remaniées sortira en décembre prochain. L'IFBL offrira, dès janvier 2005, à la fois du sur-mesure et du standard. L'offre sera semestrielle afin de coller au mieux aux évolutions fréquentes du secteur bancaire.

"Nous revoyons aussi les titres de nos cours. Là où différents cours se recoupent, nous les regroupons en un seul. Si une demande pour un cours sur-mesure est introduite, nous importons des différents cours les thèmes demandés", précise encore M. Eckes.

Outre les gens qui font appel à l'IFBL dans le but d'acquérir ou de parfaire leurs connaissances professionnelles - des unités de formation par thème seront créées pour mieux répondre à ces besoins - l'IFBL constate, de surcroît, que les gens viennent pour tester leurs connaissances ou les prouver. C'est pourquoi l'IFBL va dissocier ses cours de ses examens et les connaissances pourront être validées par une certification sans qu'il soit pour autant nécessaire de suivre la formation.

"Nous avons beaucoup de partenaires très qualifiés et nous entendons développer la certification de haut niveau afin de rendre le degré de compétence élevé de la place plus transparent. Cette certification existe déjà partiellement, mais nous allons la renforcer", précise M. Eckes.

Les dates d'examens - qui seront donc indépendantes du cours -, seront, elles aussi, plus flexibles et les sujets de ces examens seront validés par le cercle de qualité. "On n'est plus dans le système scolaire. Si l'examen est raté, il suffit de s'y inscrire à nouveau, note le directeur. Notre but est une acquisition du savoir de manière à ce que l'apprenant soit opérationnel une fois la formation terminée. La seule chose qu'il devra encore apprendre après le cours, ce sont les outils de la banque". L'IFBL entend donc bannir l'apprentissage du cours par coeur, au profit d'enseignements axés davantage sur la pratique. La formation sera découpée en modules et le support sera moins volumineux.

Formateurs triés sur le volet

Pour l'heure, l'IFBL est en train d'évaluer ses nombreux formateurs, qui sont à la fois les partenaires et les ambassadeurs de l'IFBL. "Nous exigeons une expertise active du domaine que le formateur enseigne car nos formations sont pratiques et actuelles. Il faut une plus-value directe. L'enseignant doit être un expert dans la matière et pouvoir donner des exemples pratiques". Les formateurs ont un code de déontologie et acceptent de recevoir la visite pédagogique d'un expert IFBL durant leurs cours afin qu'il puisse se rendre compte in situ si les enseignants maîtrisent leur matière. "Nous bénéficions d'un label de qualité dans la mesure où les formateurs sont recommandés, cautionnés par leur banque. Pour les consultants, nous demanderons des références".

Deux tiers des formateurs de l'IFBL proviennent des banques et le tiers restant sont des indépendants. Werner Eckes se fait un point d'honneur à rencontrer personnellement chacun de ces formateurs. L'IBFL sera dorénavant plus stricte et les professeurs devront se plier au manuel officiel de l'IFBL, traduits dans trois langues.

Autre chantier en cours, l'e-learning qui devrait être accessible dès 2005 et que l'IFBL mettra en place étape par étape.

Un des autres objectifs de l'IFBL est de devenir une plate-forme d'échange et de networking pour les spécialistes en matière de formation. D'ailleurs, le partenariat avec les responsables de formation des banques sera intensifié. "Nous voulons être le conseiller des banques dans les choix de leurs formations, mais notre vocation n'est pas concurrentielle avec les autres acteurs professionnels. Au contraire, nous recherchons la collaboration avec ceux-ci. Notre objectif est que le client ait une formation de qualité", tient à souligner Werner Eckes, qui annonce également la mise en place d'un bilan de compétence technico-bancaire des apprenants pour savoir ce qu'ils comprennent du métier. "Nous leur fournirons un bilan individuel, les forces et les points à développer. Puis, nous établirons une proposition de plan de formation adéquat en fonction du niveau constaté. C'est un atout que nous allons pouvoir offrir", se réjouit le directeur.

L'IFBL s'adapte ainsi aux besoins du marché et abandonne la vente en gros pour proposer celle au détail. "Les gens ont d'autres connaissances aujourd'hui et préfèrent d'autres méthodes d'apprentissage. Nous passons à une étape supérieure mais nous offrons toujours des formations à tous les niveaux et pas seulement à haut niveau".

Un véritable challenge

Si l'IFBL a en sa possession toutes les notes - pas moins de 300 cours -, il doit encore s'atteler à réécrire toutes les partitions. "Il faut adapter les contenus au public, il faut que les clients s'y retrouvent. Il s'agit-là du plus important chantier, s'inquiète M. Eckes. Le challenge est que nous n'avons pas beaucoup de temps. Nous allons faire des promesses qu'il faudra tenir".

L'Ecole de gestion de fortune n'échappe pas à la restructuration. Le contenu va être actualisé. "Nous voulons beaucoup plus cibler. Il y a des matières qui vont s'ajouter de par les nécessités du marché. Nous allons favoriser les modules pratiques".

Ces dernières années, l'IFBL constate deux tendances: d'un côté, une forte augmentation des demandes dans la formation intra-entreprises où les banques veulent une formation sur-mesure, et de l'autre côté, une forte diminution des inscriptions à la formation d'insertion.

De 6.676 nouvelles inscriptions en 2001, l'IFBL est passé à 6.001 en 2003. La formation d'insertion recueillait 588 nouvelles inscriptions en 2001, contre 285 en 2002 et plus que 77 en 2003. La formation de perfectionnement est passée de 1.040 nouvelles inscriptions en 2001 à 290 l'an dernier. Les séminaires inter-entreprises ont chuté de 1.632 à 694. En revanche, les séminaires intra-entreprises bondissent de 2.182 à 3.719.

Dans le premier cas, M. Eckes constate que la formation proposée par l'IFBL a l'avantage de permettre l'ajout, au contenu officiel, d'ingrédients propres à chaque banque. Dans le second scénario, c'est l'optique qui a changé: "L'insertion continuera à être assurée par l'IFBL, mais de manière beaucoup plus souple que jusqu'à présent".

L'objectif de toute cette réorganisation est simple: "Nous voulons être la référence pour la place financière: une fois l'Institut restructuré, nous allons chercher des collaborations avec nos partenaires internationaux afin de valoriser la compétence de la place financière". M. Eckes remarque que les banquiers locaux partent à l'étranger pour acquérir des compétences. "Nous voulons aussi attirer des apprenants de l'étranger", indique-t-il.

"Je ne crois pas que l'IFBL était vue de l'extérieur comme la référence, même s'il y avait une crédibilité comme prestataire de service auprès des clients. Nous voulons un autre label de qualité. Nous misons pour cela sur la productivité, la présence et l'accompagnement de nos membres. L'IFBL est vraiment un institut de formation et non plus un organisateur de cours. Nous voulons montrer ce que nous avons un background énorme. Notre repositionnement signifie à la fois restructuration et renouvellement de créativité mais aussi consolidation de ce qui existe", insiste le directeur.

L'impact financier de cette refonte reste modéré, dans la mesure où les cours existent en grande partie, mais l'IFBL est prêt à assumer cet investissement, estime M. Eckes. "Avec notre nouvelle offre, nous seront plus concurrentiels. Nous visons une augmentation des inscriptions. Notre but est d'atteindre notre break even et de rétrocéder, par notre qualité, l'investissement de nos membres, qu'ils soient persuadés d'avoir fait un bon investissement".

L'IFBL - qui compte, par l'intermédiaire de l'ABBL, 140 membres - est une fondation sans vocation commerciale. Néanmoins, sans ce repositionnement, l'institut aurait sans nul doute connu des problèmes de crédibilité.