POLITIQUE & INSTITUTIONS — Justice

Cour administrative

L’ex-agent du Srel rattrapé par l’affaire BMW



C'est suite à un commerce non autorisé de BMW que l'agent du Srel fut visé par une enquête disciplinaire fin 2011. (Photo: YouTube)

C'est suite à un commerce non autorisé de BMW que l'agent du Srel fut visé par une enquête disciplinaire fin 2011. (Photo: YouTube)

L’ex-agent du Service de renseignement de l’État, Jean-Jacques Kohnen, ne sera pas réhabilité. La Cour administrative a rejeté son recours après la perte de ses accès à des documents «très secrets». Le fonctionnaire paie cher son implication dans l’affaire des BMW du Srel.

«Moralement discrédité»: la Cour administrative a validé, dans un arrêt tombé ce mercredi, le refus que l’ancien Premier ministre Jean-Claude Juncker avait opposé le 13 novembre 2013 peu avant son départ à un ancien agent du Service de renseignement, Jean-Jacques Kohnen, de lui délivrer une accréditation pour l’accès aux documents «très secrets» de l’UE, de l’Otan et du Luxembourg.

En perdant cet accès, le haut fonctionnaire se voyait ainsi exclu de fait de ses fonctions dirigeantes au Haut Commissariat à la protection nationale (HCPN), où il fut détaché en janvier 2011, après avoir été exfiltré du Srel à la suite de son implication dans un trafic de BMW de seconde main. Kohnen fut donc une nouvelle fois muté au ministère des Affaires étrangères et européennes, en charge des demandes de protection internationale des réfugiés.

Son comportement dans le cadre de l’achat de voitures auprès d’un fournisseur du Srel, qui lui avait d’ailleurs valu une enquête disciplinaire, est de nature à remettre en cause les garanties de discrétion, de loyauté et d’intégrité de l’homme, ont fait valoir les juges administratifs dans leur arrêt de mercredi. Même si les faits ne touchent pas directement à la sécurité du Grand-Duché, à ses relations internationales ou encore au potentiel scientifique ou économique du pays, ils sont de nature à placer l’ancien agent du renseignement «dans un état de vulnérabilité au regard des pressions et à le discréditer moralement», précisent les magistrats.

Enquête judiciaire

Le fonctionnaire paie ainsi la rançon de son implication dans l’achat de BMW à titre privé, avec des grosses réductions, par les agents du Srel, ainsi que son ancien directeur Marco Mille, celui-ci ayant cautionné ce commerce. Les véhicules avaient été ensuite revendus à d’autres hauts fonctionnaires de l’État.

Ce trafic a été découvert et «sanctionné» par Juncker. Marco Mille ne fut pas inquiété, mais il quitta prématurément la direction du Service de renseignement pour aller pantoufler dans le secteur privé, en prenant la tête du département de sécurité de Siemens. La responsabilité de l’affaire des BMW pesa presque entièrement sur les épaules de Jean-Jacques Kohnen, en charge de l’intendance au Srel. Il fut visé fin 2011, alors que la direction du Srel avait changé de mains, par une procédure disciplinaire ainsi que d’une enquête judiciaire.  

À ses débuts au Haut Commissariat, et alors que l’enquête disciplinaire n’avait pas encore été engagée, Kohnen eut droit à une habilitation provisoire de sécurité, valable pour deux ans. Lorsqu’il fit la demande de renouvellement de son accréditation en 2012, Jean-Claude Juncker la lui refusa en raison des «doutes sérieux en relation avec (son) intégrité et (sa) fiabilité». Un refus qui fut signifié seulement le 13 novembre 2013, quelques jours avant le départ de Juncker du ministère d’État.