PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Fonds

Rafik Fischer

«L’esprit d’EFA se retrouve de moins en moins ailleurs»



Rafik Fischer (président du conseil d’administration d’EFA): «Nous n’avons pas connu une seule année avec des résultats dans le rouge.» (Photo: Julien Becker /archives)

Rafik Fischer (président du conseil d’administration d’EFA): «Nous n’avons pas connu une seule année avec des résultats dans le rouge.» (Photo: Julien Becker /archives)

Le président du conseil d’administration d’EFA savoure l’ambiance qui a accompagné le succès d’une société qui fête, ce jeudi, ses 20 ans d’existence.

Membre du conseil d’administration d’European Fund Administration (EFA) depuis 2001 et président depuis 2007, Rafik Fischer a accompagné le développement et le succès d’une entreprise qui fête aujourd’hui ses 20 années d’existence.

Monsieur Fischer, vous souvenez-vous dans quel état d’esprit avait été créée EFA en 1996?

«Au départ, il y avait une logique purement industrielle: quatre banques qui veulent réinvestir dans un outil informatique pour l’administration centrale de fonds et qui se disent que ce serait bien de le faire ensemble.

Mais au-delà de la concurrence qui pouvait exister entre ces banques, il y avait aussi et surtout un esprit porté par l’amitié et le respect qu’entretenaient tous leurs dirigeants entre eux, que ce soit Robert Reckinger (Banque de Luxembourg), Damien Wigny (KBL), Alain Georges (BGL) ou bien Raymond Kirsch (BCEE), un état d’esprit qui, de nos jours, n’est plus une évidence. 

Nous sommes tous des alliés au sein d’EFA.

Rafik Fischer, président du conseil d’administration d’EFA

Aujourd’hui, on retrouve encore chez EFA cette forte proximité et complicité. Les membres du conseil d’administration se connaissent tous professionnellement depuis longtemps et certains même depuis leur jeunesse. Cela donne des séances du conseil très denses et pour lesquelles nous n’avons jamais eu besoin de procéder au moindre vote.

Tout s’est toujours décidé à l’unanimité et quand il y a des divergences d’opinion sur certains sujets, nous arrivons toujours à trouver des compromis. Nous sommes tous des alliés au sein d’EFA.

L’entrée de la banque française Oddo & Cie dans le capital est-elle de nature à remettre en cause cet esprit?

«Absolument pas. D’une part parce qu’Oddo n’a qu’une participation très minoritaire dans le capital et aussi et surtout parce que la mentalité de ses dirigeants est parfaitement en phase avec la nôtre. L’entente est donc idéale.

Le succès était-il programmé?

«On ne peut pas le dire. Il y avait un certain scepticisme lorsque nous avons lancé EFA. Un tel modèle coopératif n’a pas forcément toujours réussi par ailleurs. Mais ça a très vite très bien fonctionné. Nous avions déjà réalisé le break-even au bout de trois ans et au bout de cinq ou six ans, nous avions déjà remboursé l’entièreté du capital aux investisseurs.

Depuis, nous n’avons pas connu une seule année avec des résultats dans le rouge. Et notre modèle économique fait que nous ne souffrons pas spécialement de l’environnement général actuel caractérisé par une politique de taux d’intérêt bas, qui impacte en revanche la rentabilité des banques.

Notre modèle permet par contre à nos banques actionnaires de gagner en productivité, et donc en rentabilité: dans un schéma classique, les banques reçoivent des informations financières qu’elles doivent traiter et formater. Ici, c’est EFA qui assure le traitement et le formatage des données avant de les transmettre directement prêtes à l’emploi.

D’où vient cette réussite, selon vous?

«Sans doute principalement du fait que notre centre de décision et opérationnel est ici même et que, à l’époque de sa création, les banques partenaires avaient aussi une autonomie suffisante pour créer et animer une telle co-entreprise. Combien d’autres établissements financiers d’envergure peuvent en dire autant?

Il est impossible d’imaginer deux ou trois banques françaises ou américaines de la Place s’associer dans un tel projet commun. Collaborer de la sorte ne fait plus vraiment partie des mœurs et des stratégies.

Du reste, j’ai caressé l’espoir, un temps, de faire d’EFA un Cedel bis (la Chambre de compensation créée en 1970 par 71 banques de 11 pays et devenue, ensuite, Clearstream, ndlr), c’est-à-dire une centrale unique de services administratifs en faveur de l’industrie des fonds d’investissement qui aurait pu servir pour l’ensemble de la Place et où chacun pourrait ‘consommer’ ce dont il a besoin. Mais cela n’est plus possible aujourd’hui, compte tenu de l’approche très intégrée qu’ont les grands acteurs des fonds sur la Place.

Il n’existe pas de produit pour lequel nous ne sommes pas capables d’apporter un service.

Rafik Fischer, président du conseil d’administration d’EFA

Quelles sont les clés pour pérenniser ce succès pour les 20 prochaines années?

«Tout va résider dans la qualité et l’envergure des services. Nous avons déjà élargi la palette de nos compétences et développé des services à forte valeur ajoutée, au-delà des seules activités d’administration centrale des fonds dits ‘traditionnels’, que ce soit en termes de gestion ou de reporting. Nous sommes aussi désormais actifs dans les fonds alternatifs, les produits ‘unit-linked’, le private equity, les fonds immobiliers…

Quand on voit le nombre de fonds qui sont régulièrement créés, on se rend compte que le marché est extrêmement mature et que nous avons tous les outils pour répondre à ce développement. Nous sommes également très présents dans le domaine des produits socialement responsables. En fait, il n’existe pas de produit pour lequel nous ne sommes pas capables d’apporter un service.

On imagine qu’EFA doit susciter des convoitises sur le marché… 

«Nous recevons très régulièrement des offres de rachat, en effet. Mais il n’est pas question, pour les actionnaires (Banque de Luxembourg, BCEE, KBL et Oddo & Cie) de lâcher le contrôle de la société. Notre modèle est ouvert et nous sommes prêts à prendre à bord de nouveaux partenaires apportant une réelle plus-value, avec un fonds de commerce. Mais cela implique aussi d’accepter que les actionnaires fondateurs conservent une minorité de blocage… C’est généralement dissuasif. Mais c’est aussi pour protéger la manière dont nous fonctionnons et qui a fait ses preuves.»