PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS

Analyse

Les risques pas impactés par l’actu géopolitique



Yves Wagner: «Le calme est donc de mise.» (Photo: paperJam TV)

Yves Wagner: «Le calme est donc de mise.» (Photo: paperJam TV)

Dans la chronique financière ce jeudi, Yves Wagner, directeur chez BCEE Asset Management, indique que l’instabilité géopolitique n’a que peu d’influence sur les prévisions de croissance des marchés et de l’économie en général. Pour plusieurs raisons.

Au cours des derniers mois, l’instabilité géopolitique a augmenté de façon significative. De nombreuses régions sont concernées. Pourtant, ni les prévisions de croissance économique globale ni les marchés financiers n’ont réagi de façon significative à ces incertitudes croissantes. Cela peut, à notre avis, être lié à deux aspects principalement: (1) les économistes estiment que les croissances pour l’année en cours et pour l’année prochaine résultent davantage de dynamiques nationales, voire régionales, et moins des phénomènes de globalisation et d’internationalisation, et (2) que l’instabilité géopolitique, bien que croissante sur les derniers mois, n’est pas un phénomène récent, et a au contraire une composante systémique, largement et systématiquement intégrée dans les prévisions économiques et financières.

Processus de régionalisation en cours?

Le premier aspect semble d’autant plus étonnant que, depuis de nombreuses années, les économistes attribuent une large part de la croissance économique mondiale à l’ouverture des marchés, au libre échange entre pays, à la mondialisation des échanges. Nous pensons effectivement que cette philosophie reste dominante aujourd’hui, probablement à juste titre, et que des décisions d’embargo comme celles contre la Russie sont de nature à fragiliser une telle croissance économique basée sur les échanges et les avantages comparatifs entre pays. Néanmoins, on a pu constater également que les espoirs de stabilisation économique et de croissance apparus dès la fin de l’année dernière étaient davantage basés sur des développements nationaux que sur des développements des échanges internationaux. À titre d’exemple, depuis l’année dernière, les économistes savent qu’ils ne peuvent plus compter sur les locomotives des pays émergents comme ils le faisaient lors des années précédentes. Ils ont dès lors concentré leurs analyses sur le potentiel de pays individuels ou de régions (États-Unis ou Europe), sachant que l’impact international serait moins important. Un embargo, surtout limité quantitativement et dans le temps, ne peut dans ces conditions pas modifier de façon substantielle les prévisions économiques.

Risque géopolitique déjà considéré

Le second aspect joue probablement un rôle important, notamment pour les marchés financiers: les phénomènes géopolitiques sont certes largement imprévisibles, mais l’idée selon laquelle les crises géopolitiques auraient une composante systémique, incluse dans les prévisions économiques et financières, fait son chemin depuis quelques années. Les crises en Russie, en Ukraine, en Israël, en Syrie, en Iraq ou ailleurs ont ainsi certes pu apparaître à un moment donné sans qu’on ait pu les prévoir de façon exacte, mais on sait également par ailleurs que dans certaines régions, sous certaines constellations, de telles crises sont susceptibles de se manifester régulièrement. En d’autres termes, on sait que certaines régions se caractérisent par un risque géopolitique qu’on peut qualifier de systémique dans la mesure où de façon générale, ces risques sont liés à des environnements connus : structures étatiques faibles ou fragiles, corruption, pays arbitrairement créés après des guerres, pays mal gérés financièrement, etc. Qu’il y ait des crises qui éclatent régulièrement dans ces pays est un élément connu, donc intégré dans les prévisions, même si la date d’apparition des crises est aléatoire.

Pour l’instant en tout cas, il semble qu’économistes et analystes se réfèrent à ces deux repères: les économies américaine et européenne continuent à se redresser progressivement suite à des réformes structurelles internes, donc avec une dynamique plus interne qu’internationale d’une part, et ceci dans un environnement géopolitique qui se dégrade certes, mais pas encore dans une mesure qui n’aurait pas été prévue dans une approche systémique, d’autre part.

Le calme est donc de mise…tant que la situation géopolitique ne se dégrade pas plus. On se rappellera en effet que dans le passé, certaines crises géopolitiques ont réussi à déprimer les marchés pendant de nombreuses années.