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Fête du travail

Les lignes rouges sont tracées



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«Les partis [politiques] sont appelés à s’activer pour moderniser le droit du travail», affirme André Roeltgen, qui ajoute que «la première mission est d’ancrer dans la législation la protection contre la précarité des conditions de travail». (Photo: Mike Zenari / archives)

La perspective des élections législatives en octobre et des élections sociales l’année prochaine pousse l’OGBL à devenir plus combatif. La Fête du Travail lui offre l’occasion d’étaler ses principales revendications.

En 2013, l’OGBL remportait la majorité absolue (38 sièges sur 60) à la Chambre des salariés. Celle-ci sera renouvelée au printemps 2019 et le premier syndicat du pays compte y défendre sa position dominante. «La majorité absolue de l’OGBL doit être encore renforcée», a martelé son président, André Roeltgen, dans le discours qu’il a tenu jeudi à Diekirch en vue des festivités du 1er mai.

Ce rendez-vous sera précédé d’un autre scrutin important en octobre, et l’OGBL augmente la pression pour bien se faire entendre en amont des élections législatives. Il y a cinq ans, le syndicat appelait les électeurs à ne pas voter pour le CSV et observa non sans satisfaction que ce parti était relégué dans l’opposition.

Les gouvernements dirigés par le CSV ont attaqué l’indexation.

André Roeltgen, président de l’OGBL

«Pendant huit ans, de 2006 à 2013, les gouvernements dirigés par le CSV ont attaqué l’indexation», accuse André Roeltgen. Il met sur le compte de la résistance de son syndicat «le seul succès» du gouvernement Juncker que fut le report «superflu» du paiement des tranches indiciaires. Égratignant au passage l’UEL, il brandit le chiffon rouge en avertissant que l’OGBL ne tolérera plus le moindre assaut contre le système d’indexation.

Le président du syndicat est en revanche plus conciliant à l’égard de l’actuelle majorité, en particulier avec le LSAP, qui est «le seul parti du gouvernement» à s’être prononcé pour une hausse du revenu minimum que l’OGBL souhaite voir augmenter de 10%.

L’écart salarial grandissant et les inégalités en résultant ne peuvent être compensés que par une hausse directe des salaires, souligne André Roeltgen, qui dénonce notamment la politique salariale de Luxtram et lance un appel au ministre du Transport (François Bausch, Déi Gréng) ainsi qu’à la bourgmestre de Luxembourg-ville afin qu’ils réagissent aux exigences syndicales.

Réduire le temps de travail

André Roeltgen insiste également sur une révision de la loi sur les conventions collectives, qui n’est plus adaptée au paysage actuel des entreprises. Selon lui, le nombre élevé de PME aux activités très diverses ne permet pas de négocier des conventions collectives pour chacune d’entre elles.

Dans ce contexte, il exige également un strict encadrement des heures d’ouverture des commerces, dont l’extension ne devrait être autorisée que dans le cadre d’un accord entre le patronat et les organisations syndicales représentatives. Quant au compte épargne-temps, le président de l’OGBL déplore que le compromis trouvé en 2004 entre les partenaires sociaux au sein du Conseil économique et social n’ait été mis en œuvre par aucun gouvernement.

La réduction du temps de travail n’a que des avantages.

André Roeltgen, président de l’OGBL

«Les partis [politiques] sont appelés à s’activer pour moderniser le droit du travail», affirme André Roeltgen, qui ajoute que «la première mission est d’ancrer dans la législation la protection contre la précarité des conditions de travail». Les revendications du syndicat portent sur une amélioration de la loi relative aux stages en entreprise et sur une réforme de la législation en matière de maintien de l’emploi, de plans sociaux et de faillites.

Réduire le temps de travail pour un même salaire

De même, l’OGBL estime nécessaire de revoir les accords sur le télétravail et sur le temps partiel, surtout lorsque ce dernier est imposé aux femmes, comme c’est souvent le cas dans les secteurs du commerce et du nettoyage. «La productivité, qui dispose d’un potentiel supplémentaire dans le monde du travail digitalisé, devrait créer la marge de manœuvre nécessaire pour réduire le temps de travail pour un même niveau de salaire», souligne André Roeltgen, pour lequel «la réduction du temps de travail n’a que des avantages.» Il revendique par ailleurs un service unique de la médecine du travail et prône une réforme de l’ITM ainsi qu’un renforcement de la formation professionnelle.

Le prochain gouvernement doit choisir la voie d’une plus grande équité fiscale.

André Roeltgen, président de l’OGBL

S’agissant des pensions, l’OGBL s’oppose à tout relèvement de l’âge de la retraite ou de la retraite anticipée. En matière de sécurité sociale, il souhaite que la généralisation du tiers payant et l’extension du congé de maladie à 78 semaines soient encore adoptées durant cette législature. Parmi les autres points relevés par André Roeltgen figure le volet fiscal: le syndicat apprécie moyennement que les entreprises aient bénéficié d’une baisse de leur taux d’imposition, qui est passé de 40% en 1985 à 18% actuellement.

«Le prochain gouvernement doit choisir la voie d’une plus grande équité fiscale», insiste le président de l’OGBL. Ce dernier suggère que la taxation des revenus de capitaux s’effectue sous le même régime que l’imposition des revenus du travail et questionne la légitimité des régimes fiscaux spécifiques, à l’instar de celui appliqué aux stock-options.