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Scandale alimentaire

Les leçons de l’affaire Veviba



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La falsification des étiquettes pratiquée par l’usine Veviba de Bastogne soulève des questions sur les contrôles de la viande circulant à l’intérieur des frontières de l’UE. (Photo: Licence C.C.)

La falsification d’étiquettes par l’abattoir de Bastogne a été rapidement suivie du retrait des produits Veviba au Luxembourg, tout en soulevant un certain nombre de questions.

Après les œufs, la viande de cheval ou encore la viande porcine, voilà qu’un nouveau scandale alimentaire vient mettre à l’épreuve le système européen de contrôle et d’alerte. Cette fois, il s’agit d’une fraude autour de l’étiquetage de la viande chez Veviba qui a livré au Kosovo un lot de viande surgelée vieille de 12 ans, mais étiquetée comme plus récente, et manifestement avariée. D’après les informations venues de Belgique la semaine dernière, Veviba aurait également étiqueté de la viande traditionnelle comme étant issue de l’élevage biologique – un marché plus lucratif.

Au-delà des considérations tenant à l’incroyable lenteur des procédures de l’agence de contrôle belge – 15 mois entre le signalement par les autorités sanitaires kosovares et l’inspection de l’usine de Bastogne –, ce scandale s’avère la preuve que des «contrôles réguliers obligatoires» sont nécessaires «lors de l’importation au Luxembourg de viande ou de produits de viande», réagit l’Union luxembourgeoise des consommateurs dans un communiqué.

89,7kg de viande par habitant

D’autant que le Luxembourg importe massivement la viande qu’il consomme. D’après les statistiques communiquées par le ministère de l’Agriculture, le Grand-Duché a importé 39,4 millions de tonnes de viande en 2016 (en léger repli après 41,6 millions en 2015), pour une consommation annuelle par habitant de 89,7kg soit 52,3 millions de tonnes, toutes viandes confondues.

Les procédures actuelles dépendent de la provenance de la viande importée. La libre circulation des marchandises à l’intérieur des frontières de l’UE implique que chaque pays valide les contrôles opérés par les autorités du pays d’origine. «Au niveau du pays destinataire, on peut faire des contrôles par sondage ou en cas de suspicion de non conformité», précise toutefois Fernand Etgen, ministre de l’Agriculture, de la Viticulture et de la Protection des consommateurs.

Concernant les produits provenant de pays hors UE, «les contrôles sont réalisés au point d’entrée de ces dernières dans l’UE, ce qui représente pour le Luxembourg le poste d’inspection frontalier installé au Cargocenter de l’aéroport», poursuit le ministre.

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«Sur ces marchandises sont réalisés des contrôles documentaires (chaque envoi est accompagné d’un certificat sanitaire établi par les autorités du pays tiers d’origine), des contrôles d’identité du produit ainsi que des contrôles physiques (par exemple contrôle de la température, analyses de laboratoire etc.). Après passage de ce contrôle, les marchandises peuvent circuler librement dans l’UE.»

Une réorganisation des contrôles officiels est nécessaire.

Fernand Etgen, ministre de l’Agriculture

Évidemment, le récent scandale belge, comme celui des œufs contaminés au Fipronil l’été dernier, remet en question ce système a priori bien rodé. «Au niveau des échanges intracommunautaires et vu le principe de libre circulation en place, il faut mieux cibler les contrôles à l’origine», estime M. Etgen.

«Les récentes fraudes qu’on a observées dans le secteur alimentaire doivent nous servir de leçons et une réorganisation des contrôles officiels est nécessaire. Au niveau européen un nouveau règlement relatif aux contrôles officiels est sur le point d’être mis en place. Maintenant il revient aux États membres de mettre en application cette réglementation de façon efficace.»

Côté distributeurs luxembourgeois, l’impact économique s’avère limité, puisque seules quelques références étaient importées auprès de Veviba – tout juste dix pour Cactus par exemple. Tous les produits venant de Veviba ont été retirés par précaution par les distributeurs dès que l’alerte a été donnée, et la plupart des distributeurs ont décidé de cesser immédiatement leur collaboration avec l’usine de Bastogne.