POLITIQUE & INSTITUTIONS — Europe

Le monde du travail a changé

Les inspections du travail en première ligne



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Les inspecteurs du travail sont confrontés à de profondes mutations du monde de l'entreprise, du numérique au dumping social en passant par la mobilité des travailleurs. (Photo: Jessica Theis / archives paperJam)

L'Inspection du travail et des mines joint ses forces à celles de ses homologues européens pour affronter les profondes évolutions du monde du travail.

L'IMT organisait jeudi une journée thématique réunissant ses pairs du Comité des hauts responsables de l'Inspection du travail dans le cadre de la présidence luxembourgeoise du Conseil de l'Union européenne. Au programme: le recrutement et la formation des inspecteurs du travail.

«La présidence luxembourgeoise est très attachée à développer et à moderniser les règles» en droit du travail ainsi qu'en sécurité et santé au travail, rappelle Nicolas Schmit, ministre du Travail et de l'Emploi. Sous son impulsion, «le conseil EPSCO (conseil des ministres européens autour de l'emploi, de la politique sociale, de la santé et des consommateurs) a adopté une conclusion concernant les conditions de travail en octobre. Nous n'accepterions pas une dilution des règles de sécurité et de santé au travail». Et de souligner que «l'Europe sociale se construit pas à pas sur le terrain et les inspections du travail sont en première ligne». Nicolas Schmit a d'ailleurs élargi les pouvoirs de l'ITM concernant le détachement des travailleurs dans le cadre de la transposition de la directive européenne correspondante.

L'Europe sociale se construit pas à pas sur le terrain et les inspections du travail sont en première ligne.

Nicolas Schmit, ministre du Travail et de l'Emploi

Le défi est de taille dans un monde du travail qui change à l'ère du numérique. «Il faudra aussi donner aux inspections du travail les outils et les compétences pour exercer leur mission dans un monde du travail en complète transformation», souligne Nicolas Schmit. Il cite encore l'évolution du contrat de travail avec ces «salariés qui ne sont plus des salariés mais des 'auto-employeurs'» et la difficulté pour le droit du travail d'appréhender leurs relations avec l'entreprise qui s'offre leurs services. De même, le temps de travail a évolué et «il est très difficile à évaluer dans beaucoup de secteurs où les gens travaillent dans l'entreprise mais aussi de chez eux ou encore ailleurs». Et de déplorer qu'«en Europe on ne discute pas et on n'évalue pas suffisamment ces dimensions». Le dumping social vient aussi percuter les économies européennes, jouant avec les frontières et prenant de vitesse les inspections du travail.

Grande Région: une collaboration accrue

Et ce n'est pas un hasard si l'ITM a retenu la problématique de la formation pour la journée thématique avec ses pairs européens. Car, souligne Marco Boly, directeur faisant fonction de l'ITM, «il faut trouver ensemble des solutions et avoir des inspecteurs du travail prêts au niveau de leur formation et dans leur tête» à agir contre les nouveaux fléaux du droit du travail. «Nonobstant le pays, les inspecteurs du travail doivent avoir des facultés au niveau de la médiation, des compétences sociales et une formation initiale», sans compter qu'ensuite «la formation doit les accompagner tout au long de leur vie au travail». L'ITM compte d'ailleurs mettre à profit les bonnes pratiques de ses homologues européens et s'en inspirer alors qu'elle est en train de développer un véritable programme de formation.

La formation doit les accompagner tout au long de leur vie au travail.

Marco Boly, directeur ITM

D'ailleurs, Marco Boly veut aller plus loin, avançant l'idée de «ne pas limiter les contrôles au territoire luxembourgeois» et de «faire des alliances avec les pays voisins». Pourquoi pas à travers des «conventions bilatérales pour travailler convenablement sur le terrain dans la Grande Région». «Cela garantirait que les différents inspecteurs du travail aient des notions pour comprendre les problématiques des pays limitrophes», suggère-t-il.

La carrière d'inspecteur attendra

En attendant, l'ITM poursuit son travail de restructuration entamé par le directeur faisant fonction il y a moins d'un an après une longue période d'inertie. Avec une priorité donnée à la formation pour garantir la qualité des prestations de l'ITM. Mais la carrière d'inspecteur du travail dont rêve Marco Boly n'est pas pour tout de suite. «C'est peut-être l'aboutissement, oui», commente Nicolas Schmit, convaincu qu'«être fonctionnaire dans un ministère n'est pas comparable à la mission que doit exercer un inspecteur du travail».

«Ce n'est pas par ce bout-là qu'il faut prendre les choses», ajoute-t-il, évoquant les complications administratives attachées au recrutement de fonctionnaires. D'autant que le premier concerné, le ministre de la Fonction publique, Dan Kersch, a indiqué récemment que le nouvel examen-concours pour entrer au service de l'État comporterait, outre l'épreuve administrative, une épreuve spécifique à l'administration convoitée, permettant à celle-ci de sélectionner des candidats motivés et ayant le profil requis. Sous-entendu, cette réforme suffira bien à l'ITM. Il faudra s'en contenter mais «c'est un progrès», commente malicieusement Nicolas Schmit.