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Innovation

«Les Fintech ne sont pas une menace pour les banques»



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Hugues Delcourt se veut confiant quant au potentiel de développement des Fintech au Luxembourg. (Photo: Christophe Olinger / archives)

Intimement convaincu du potentiel des Fintech pour les banques de la Place, comme pour le pays, Hugues Delcourt, CEO de la Bil, est partisan d’une approche réglementée. Déjà reconnu hors de ses frontières pour l’efficacité de son secteur ICT, le pays a une vraie carte à jouer dans ce domaine bouillonnant. Pour s’imposer durablement, il devra d’abord résoudre la pénurie de profils dans certains métiers, comme les ingénieurs programmeurs, et améliorer le financement des start-up.

Acteur économique majeur de la Place, la Bil s’est fixé comme mission de stimuler les débats autour des Fintech. «On utilise souvent ce terme à tort et à travers. Pour parler de Fintech, à mon sens, il faut une technologie disruptive. On est dans l’innovation pure, introduit Hugues Delcourt. On assiste en ce moment à la naissance d’un secteur, la période me fait d’ailleurs penser à l’émergence des fonds dans les années 1980, c’est passionnant! Tout comme l’arrivée du télex ou d’internet, les Fintech vont avoir un impact considérable sur notre métier de banquier. S’il est impossible de savoir comment elles vont évoluer d’ici cinq ans, elles vont certainement modifier nos business models. À ce titre, la Bil se doit de participer aux réflexions en cours.»

Pour croiser les points de vue et déterminer ce qu’il reste à faire pour attirer des joueurs de choix sur le territoire, la banque coorganise avec la Fiduciaire Muller & Associés ce lundi soir une conférence, «What Fintech means for Luxembourg, what Luxembourg means to Fintech». «Même si cette industrie semble concurrencer le secteur bancaire, elle ne représente pas forcément une menace pour nos institutions. Repousser le changement ne sert à rien, il faut renverser la perspective et le voir de manière positive. Les Fintech nous poussent à nous remettre en question. Ce sont aussi des futurs clients intéressants.»

Hub technologique

Si certaines questions réglementaires subsistent, on peut déjà parler d’écosystème existant. «C’est un sujet qui mobilise et intéresse de nombreux acteurs, des régulateurs aux banques ou aux Big Four. On ressent un vrai bouillonnement en ce moment. Tous ces interlocuteurs s’accordent sur le potentiel de la Place.» 

Le Luxembourg dispose des atouts pour s’imposer comme centre Fintech en Europe et attirer des grands noms internationaux: une excellente collaboration entre les autorités de régulation, le secteur financier et les acteurs ICT, son passeport européen, ainsi que ses infrastructures de pointe en matière de connectivité ou de data centers. «Il y a quelques mois, le pays a fait le choix d’embrasser les Fintech, tout en jouant la carte de la réglementation, poursuit Hugues Delcourt. Plutôt que de miser sur une créativité à tout crin, il a choisi une approche encadrée, non pas pour contraindre, mais pour stimuler l’activité. On sent une vraie volonté de créer un environnement positif et facilitateur.»

Pour réaliser le plein potentiel des Fintech, deux difficultés majeures demeurent: le manque de certains profils pointus et de possibilités de financement alternatif à grande échelle. «On trouve bien plus de venture capitalists ou de business angels à Londres ou dans la Silicon Valley. Nous devrons travailler là-dessus. Les start-up ne peuvent pas seulement compter sur le financement bancaire traditionnel.»

Value proposition

En interne, la Bil voit les Fintech comme un moyen d’améliorer les services qu’elle délivre à ses clients. «C’est aussi une possibilité de nous rendre plus attractifs et plus efficaces. Une application comme Digicash en est une bonne illustration. Il n’y a pas de recette miracle. Pour se préparer aux changements à venir, il nous faut avoir les bonnes personnes dans nos équipes. C’est un sujet qui nous enthousiasme beaucoup et dont on parle presque tous les jours.»

Le mouvement est donc en marche. «On est à présent dans une spirale positive. Être au cœur du dialogue est très excitant pour nous. Dans les mois à venir, on va assister à une consolidation colossale des activités. Tout ne fonctionnera pas, il faudra faire le tri, achève le CEO de la Bil. Je pense qu’il ne faut pas vouloir tout faire. La Place ne sera pas forcément l’endroit où il y aura le plus de start-up au m2, mais elle dispose de beaucoup de potentiel pour héberger des sociétés plus matures et accueillir des quartiers généraux européens.»