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Mentorat et networking

«Les femmes doivent faire front»



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Pour Marie-Anne Salier, se faire accompagner dans la durée est un facteur de succès quand on est à son compte. (photo: paperJam)

Améliorer la visibilité des femmes sur le marché de l’emploi, augmenter leur présence dans les organes décisionnels et créer un réseau solide pour faire contrepoids aux «boys clubs» qui perdurent, telles sont les missions de Luxembourg Pionnières.

Chapitre luxembourgeois d’un réseau international démarré à Paris sous l’impulsion de Frédérique Clavel, une entrepreneuse française, Luxembourg Pionnières, promeut l’entrepreneuriat au féminin depuis 2011. Animé par Rita Knott, également fondatrice de l’asbl Maison du coaching mentoring et consulting (MCMC), le réseau propose informations, conseils, mentorat individuel, brainstormings collectifs, et depuis peu un annuaire de toutes ses pionnières. Ce lundi 30 novembre, ses deux collaboratrices organisaient, sous le patronage du ministère de l’Égalité des chances, une rencontre autour des perspectives de financement pour les créatrices de projet dans le cadre de la présidence luxembourgeoise du Conseil de l'Union européenne.

Se lancer à son compte peut être comparé à des montagnes russes.

Marie-Anne Salier, fondatrice de Talentysm

Entrepreneuses en devenir ou confirmées, business angels, incubateurs ou banquiers se sont renvoyé la balle pour expliquer comment présenter un dossier solide et quels instruments solliciter. «Je me suis rendu compte qu’il y avait peu d’aides pour les métiers des services et les entreprises traditionnelles, partage Aida Jerbi, fondatrice d’AJ Advisory, membre du réseau et du Female Board Pool, institution sœur qui veut promouvoir la présence féminine dans les boards du pays. Si on ne propose pas de projet innovant ou si on n’est pas actif dans le secteur des TIC, c’est beaucoup plus compliqué de trouver un financement. Il faut alors se lancer sur fonds propres, puiser dans son capital et croître tout doucement. Ce qui ne facilite pas la croissance, ni la création d’emplois. Il y a encore beaucoup de travail à faire dans ce domaine».

Doper sa résilience

Démarrer sa société est une activité solitaire et très consommatrice d’énergie, quel que soit son genre. «Se lancer à son compte peut être comparé à des montagnes russes. C’est un vrai yoyo émotionnel, souligne Marie-Anne Salier, fondatrice de Talentysm, un cabinet de consultance, de coaching et de formation créé il y a trois ans. On a souvent besoin de se remotiver et de retrouver de l’élan. Il n’y a pas de pause café avec les collègues, il faut tout décider seul. C’est le prix à payer pour être libre. On assume toutes les casquettes, de chef marketing à support IT. D’où l’importance de bien s’entourer».

L’emprunt bancaire n’est pas toujours la meilleure option.

Frédéric Kieffer, head of retail banking chez ING

À côté de la gestion du temps et de la volumineuse charge de travail, obtenir un financement adapté reste un des challenges majeurs pour qui veut monter une activité. «Sur cinq ans de temps, une entreprise sur deux disparaît. Par essence, toute banque veut limiter son taux de défaut, elle se montre donc très exigeante quant aux projets à financer, explique Frédéric Kieffer, head of retail banking chez ING. Dans les critères: l’apport personnel versé, le parcours et le CV du créateur ou encore le stade de développement de la société. L’emprunt bancaire n’est pas toujours la meilleure option pour se lancer».

Et Aymeric Thuault, cofondateur de Link Management et membre du réseau Luxembourg Business Angels de compléter: «Sur 100 dossiers de start-up, on investit généralement dans 10. Parmi celles-ci une ou deux vont se développer dans la durée. Disposer d’une idée innovante, facilement commercialisable et échelonable dans le temps, d’une équipe managériale compétente ou d’un business model pertinent, permettent de se distinguer».

Si ces difficultés sont communes à tous les entrepreneurs, les femmes doivent également contourner des pièges qui leur sont propres. «L’entrepreneuriat n’est pas toujours valorisé au Luxembourg. Quand on est une femme, il est encore moins bien vu. Gérer le regard de la société n’est pas toujours facile», poursuit Aida Jerbi, qui a choisi de créer sa société de conseil économique il y a deux ans et emploie aujourd’hui deux personnes.

Tisser un réseau

Pour de nombreuses membres du réseau, bénéficier du regard d’une femme, elle-même passée par l’aventure entrepreneuriale, et de conseils pratiques d’une communauté est très précieux et permet de gagner beaucoup de temps. À l’initiative de la MCMC, Rita Knott joue ainsi le rôle de mentor et pose un regard bienveillant, bien que non complaisant, sur les projets de ses pionnières.

Soutenir les nouvelles qui arrivent est indispensable.

Aida Jerbi, fondatrice de AJ Advisory

Un soutien qu’apprécie Marie-Anne Salier. «Les femmes entrepreneuses ont d’autres freins, explique-t-elle. Elles ont parfois tendance à attendre le produit ou le service parfait avant de foncer. Être coachée, écoutée, challengée permet de prendre confiance et d’oser se lancer. Une fois la structure établie, il est essentiel de rester accompagnée et de continuer à confronter ses idées. Beaucoup de choses se mettent en place la deuxième année».

Depuis sa fondation, Luxembourg Pionnières a pu coacher 64 créatrices avant la création de leur activité et 77 ont été reçues pour un premier entretien. On estime que 33 sociétés et 33 emplois ont pu être créés grâce à son coup de pouce. «C’est très important que les femmes se créent un réseau et le fassent vivre, affirme Aida Jerbi. Elles doivent faire front contre les «boys clubs» qui existent encore dans bien des secteurs, qu’il s’agisse de finance, de technologie ou d’IT». Soutenir les nouvelles qui arrivent est indispensable».