POLITIQUE & INSTITUTIONS — Europe

Analyse

Les défis de la Banque centrale européenne



Guy Ertz: «Nous continuons de penser que la BCE fera ce qui est nécessaire pour éviter un scénario de déflation généralisée dans la zone euro.» (Photo: Julien Becker/ archives)

Guy Ertz: «Nous continuons de penser que la BCE fera ce qui est nécessaire pour éviter un scénario de déflation généralisée dans la zone euro.» (Photo: Julien Becker/ archives)

Cette semaine dans la chronique financière, Guy Ertz, chief investment advisor chez BGL BNP Paribas, revient sur le nouveau rôle de superviseur des grandes banques européennes que la BCE prendra en charge dès novembre.

L’Europe vient de franchir une étape clé vers une stabilité financière accrue. La Banque centrale européenne (BCE) a en effet publié ce weekend les résultats d’un audit détaillé du système bancaire à travers une Asset Quality Review (AQR). Les résultats ont été globalement en ligne avec les attentes et ont rassuré dans la mesure où les banques de taille importante ont passé ce test sans problèmes et que seul un nombre limité de plus petites banques sont obligées de soumettre un plan d’action afin d’améliorer leurs ratios de capital.

Asset Quality Review et stabilité du système financier européen

La BCE prend désormais en charge à partir de ce 4 novembre 2014 le rôle de superviseur pour les plus grandes banques européennes. L’AQR représente une étape clé dans ce sens. Le processus en cours devrait in fine mener à l’union bancaire au niveau européen, visant à renforcer la crédibilité du système financier et à atténuer le lien entre le risque d’émetteurs gouvernementaux et celui des banques. De plus, la situation de transparence accrue en termes de ratio de solvabilité devrait contribuer à stimuler l’activité du crédit. La dynamique dans ce domaine reste faible et le potentiel de rebond est important. Il faut toutefois rester pragmatique sur ce plan car la demande de crédit est davantage liée à la confiance des entrepreneurs dans la croissance future. L’amélioration de la visibilité liée à l’AQR est un facteur positif pour cette demande, mais le risque de déflation persiste et cette crainte restera un frein majeur pour la croissance dans les prochains mois.

La BCE reste sous pression à court terme

Les autorités monétaires européennes avaient annoncé il y a quelques mois des programmes d’achats d’actifs en vue d’augmenter la masse monétaire en circulation. Ces actions complètent la série de financements avantageux (TLTRO ou «Targeted Long Term Refinancing Operations») octroyés aux banques. L’enjeu principal des mesures est double. Le premier est de stabiliser les attentes d’inflation via la création monétaire et le second est de stimuler l’activité d’investissement et de crédit en Europe. Même si ces décisions vont certainement dans le bon sens, la question subsiste de savoir si elles suffiront à stabiliser l’inflation et les attentes d’inflation, afin d’éviter une spirale qui pourrait mener à un scénario de déflation généralisée. Nous continuons de penser que la BCE fera ce qui est nécessaire pour éviter ce scénario dans la zone euro. En pratique, cela pourrait même mener à des achats plus importants d’actifs et donc à une création monétaire de plus grande envergure. Le rôle d’une politique budgétaire à l’échelle européenne est également important dans ce contexte de sous-utilisation de capacités et de faible appétit pour le risque. Il est toutefois peu probable que des annonces importantes soient faites dans les prochaines semaines.

Volatilité accrue sur les marchés financiers

Les défis de la BCE s’inscrivent dans un contexte plus large d’inflation faible et de doutes quant à la croissance économique au niveau mondial. Nous estimons que les perspectives devraient s’améliorer graduellement, surtout via les pays anglo-saxons. Nous restons fondamentalement optimistes sur les marchés actions. À court terme, ces derniers resteront vulnérables, car sensibles aux indicateurs économiques et aux évolutions politiques. Les marchés d’actions européens devraient, par ailleurs, continuer à se révéler plus volatiles que la moyenne. Les marchés développés restent des marchés de premier choix, en particulier les États-Unis et le Japon, ainsi que la zone euro à moyen terme.