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Controverse

Les ciseaux génétiques Crispr-Cas9 au cœur du débat



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La protéine Cas9 possède la propriété de trancher l’ADN et de créer un vide qui peut être laissé tel quel ou être comblé par un segment sain. (Photo: Vchalup)

Modifier nos gènes pour annihiler les maladies incurables, mais aussi pour faire naître des êtres humains sur mesure, voilà ce qui se profile derrière Crispr-Cas9, les ciseaux génétiques capables de découper des séquences ADN.

Pouvoir soigner la maladie de Huntington, la mucoviscidose ou encore la sclérose en plaques au stade embryonnaire, les ciseaux génétiques Crisp-Cas9 font naître les plus folles espérances.

Cet outil développé par la chercheuse française Emmanuelle Charpentier et sa collègue américaine Jennifer Doudna en 2012 fonctionne comme la fonction couper-coller d’un traitement de texte. Pour schématiser, ils permettent en effet de remplacer une séquence génétique par une autre.

La protéine Cas9 possède la propriété de trancher l’ADN. Le vide ainsi formé est soit laissé tel quel, ce qui a pour effet d’invalider l’expression du gène visé, soit comblé par un segment sain.

Cette technique est toujours en phase de mise au point. Les études les plus récentes indiquent qu’elle pourrait être en l’état à l’origine de cancers, de mutations indésirables ou d’inflammations. Des chercheurs de l’université de l’Illinois seraient néanmoins arrivés à optimiser le processus en apportant localement des modifications à la composition chimique de l’ADN.

Un pas vers les «bébés OGM»?

Une fois les problèmes techniques résolus, il restera à affronter les questions éthiques posées par un tel outil. Utilisés à bon escient, les ciseaux Crispr-Cas9 représentent l’espoir de réparer les anomalies génétiques responsables de maladies rares et incurables.

Entre les mains de savants fous, ils pourraient être le prélude à des pratiques déviantes de la médecine, permettant de programmer son bébé en choisissant une couleur de cheveux, en augmentant sa force physique, etc. Une course à l’eugénisme qui a d’ailleurs peut-être débuté.

Un chercheur chinois vient en effet d’annoncer avoir donné naissance à des jumelles dont les gènes ont été modifiés pour résister au virus du Sida. Une annonce faite sur les réseaux sociaux qui a soulevé un tollé dans la communauté scientifique mondiale et qui a conduit les autorités chinoises à assigner son auteur, He Jiankui, à résidence dans l’attente des résultats de l’enquête.