PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS
FINTECH

Selon le FSB

Les big tech, vraies concurrentes des banques



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Le 14 janvier, le ministre des Finances, Pierre Gramegna, a remis sa licence au vice-président et directeur juridique d’Ant Financial, Leiming Chen. (Photo: SIP)

Les géants des technologies rognent plus (et plus vite) sur les marchés des banques que les fintech, note le FSB dans un nouveau rapport. Une position que le CEO de la Lhoft nuance.

Liker la petite robe de sa meilleure amie sur Facebook. Commander des livres sur Amazon. Publier des photos de ses vacances sur une plage dorée à l’autre bout du monde sur Instagram. L’omniprésence de la communication instantanée par les réseaux sociaux offre aux géants des technologies une mine d’or de données personnelles.

Réunies et broyées par des logiciels spécialisés, elles permettent de tout savoir de chaque utilisateur, tandis que Facebook, Google, Amazon et les autres acquièrent leurs titres de noblesse. Tenter de conserver ces «clients» potentiels dans leur univers a poussé les rois des réseaux sociaux à faciliter l’acte d’achat. Voire à proposer de plus en plus d’autres services financiers.

«Ils ont désormais beaucoup de clients, une marque et assez de confiance pour se développer sur ce marché», note le Financial Stability Board (FSB ou Conseil de stabilité financière) dans le rapport «Fintech and market structure in financial services: Market developments and potential financial stability implications» publié vendredi soir. Les analystes y voient les big tech devenir de plus en plus les véritables adversaires des banques. Plus que les fintech.

Alibaba, meilleur exemple du changement

«Les fintech n’ont généralement pas assez d’accès à un financement à bas coût ou à une base de clients assez large pour être une menace sérieuse pour les institutions financières traditionnelles dans des segments de marché matures», indique le rapport. «À moins que la technologie ne permette d’offrir des services profitables traditionnellement offerts par les banques et les autres institutions, la profitabilité de telles institutions pourrait être négativement affectée dans le futur.»

Les banques doivent envisager de devenir des plates-formes et utiliser des canaux pour servir leurs clients et non vouloir absolument les servir directement.

Nasir Zubairi, CEO de la Lhoft

Le rapport évoque le cas particulièrement significatif d’Alibaba. Sa filiale de paiement mobile Alipay et celle de l’autre géant chinois Tencent Tenpay trustent 94% du marché en Chine. C’est intéressant dans l’optique luxembourgeoise puisque la filiale financière du groupe chinois, Ant Financial, née en 2014, a obtenu mi-janvier sa licence bancaire au Luxembourg pour servir ses clients chinois en voyage en Europe. Alibaba est active dans la gestion de fortune, possède avec Yu’e Bao le plus gros fonds mondial du marché monétaire, a son système d’évaluation de crédit inviduel (Sesame) et se lance dans l’assurance.

Les banques doivent changer de modèle

Le CEO de la Luxembourg House of Fintech (Lhoft), Nasir Zubairi, est nettement moins catégorique que les experts du FSB. «Je doute que les big tech cherchent vraiment à menacer les acteurs bancaires traditionnels: la réglementation est trop lourde et pourrait nuire à leurs activités principales. D’autres, comme Google, considèrent même les banques comme des clients essentiels et ne veulent pas leur faire de concurrence.»

L’ambassadeur des 150 fintech installées au Luxembourg assure même: «Cela suggère un changement de modèle d’entreprise dont je parle depuis un certain temps: les banques doivent envisager de devenir des plates-formes et utiliser des canaux pour servir leurs clients et non vouloir absolument les servir directement. La compétence principale du secteur bancaire est la conformité, le traitement administratif, la gestion des risques et la gestion des bilans.»

«Les futurs champions des dix prochaines années pourraient se concentrer sur ces domaines et céder progressivement le point de contact avec le client à ceux qui comprennent le service à la clientèle et la distribution numérique», explique-t-il encore.