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Transparence

Les banques françaises du Luxembourg à l'index



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Les banques françaises font preuve d'un certain bon sens à installer des filiales au Grand-Duché. (Photo: Pierre Suze)

Les établissements financiers français ont publié leur résultat de 2013 pays par pays… les médias anglais et ceux de l'Hexagone qualifient à nouveau le Grand-Duché de paradis fiscal.

Pour la première fois cette année, la loi bancaire française impose aux établissements financiers de communiquer leur résultat annuel pays par pays dans les six mois qui suivent l’exercice. Le 30 juin constituait donc la date limite et les banques ont dû s’exécuter. Certaines au dernier moment. C’est le cas du Crédit Agricole et de la Société Générale.

La presse française, ou plus particulièrement le quotidien économique Les Échos, y voit une opportunité pour montrer une nouvelle fois du doigt des prétendus paradis fiscaux: la Suisse, les Émirats arabes unis et le Luxembourg. Cette qualification abusive – dans le titre et dans la légende du tableau – est suivie par un statut de pays «non conforme (absence de textes de lois)» dont l’origine reste un mystère.

De la substance pour les groupes français

BNP Paribas annonce ainsi pour 2013 un bénéfice de 1,308 milliard d’euros (622 millions d’euros en Suisse), Société Générale de 793 millions d’euros (276 en Suisse), Crédit Agricole de 561 millions (391 en Suisse) et BPCE (Banque populaire et Caisses d'épargne) de 188 millions (7 en Suisse, des chiffres différents de ceux évoqués par le média français).

Ces données tirées des documents exigés par la loi font également mention des salariés des groupes bancaires dans les pays en question et permettent de faire valoir le rendement financier des établissements placés au Grand-Duché.

BNP Paribas fait état de 3.806 unités d’effectifs financiers (soit l’effectif équivalent temps plein pondéré par le taux d’intégration de l’entité dans les comptes consolidés). Rapporté au résultat, il ressort que chaque employé rapporte à la filiale grand-ducale (BGL BNP Paribas) 344.000 euros par an, contre 240.000 en France.

767.000 euros par tête pour BPCE

Des principaux groupes français au Luxembourg, ce ratio résultat/employé est le moins élevé puisqu’un salarié du Crédit Agricole rapporte 460.000 euros au groupe depuis le Grand-Duché (204.000 depuis la France), un de la Société Générale 674.000 euros (204.000 en France) et un de BPCE 767.000 (193.000 en France).

Des chiffres bien éloignés de ceux levés par le quotidien britannique The Guardian selon lesquels la banque Barclays a réalisé un profit de 1,4 milliard de livres au Grand-Duché alors que seulement 14 personnes y sont employées. Soit un profit de 100 millions de pounds par tête. Ce que Nicholas Shaxson, l’auteur de l’ouvrage «Les paradis fiscaux», ne manque pas de mettre en parallèle avec la future nomination de Jean-Claude Juncker à la présidence de l’Union européenne.