POLITIQUE & INSTITUTIONS

Déménagement

Les Affaires étrangères prennent leurs nouveaux quartiers



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Le lieu est impressionnant, une large façade d’appart dans le cœur historique de Luxembourg. (Photo: Christian Aschman)

Le ministère des Affaires étrangères et européennes vient de prendre possession de ses nouveaux locaux dans l’ancien palais de justice dit bâtiment «Mansfeld». La visite s’est faite en compagnie du ministre des Affaires étrangères, Jean Asselborn.

Le lieu est impressionnant, une large façade d’appart dans le cœur historique de Luxembourg. Devant, la petite place qui occupait autrefois un bazar de voitures garées est désormais nette et propre. Après avoir passé le seuil, on découvre une seconde façade historique. Un jeu de poupées russes mis en valeur par la découpe d’une partie des planchers supérieurs et qui se lit dès l’entrée.

Puis, le ministre entame la visite par son bureau. Sur la table basse, le livre «I’m not a refugee» et une reproduction de l’œuvre «The Knotted Gun» de l’artiste suédois Carl Fredrik Reuterswärd, dont un des trois exemplaires a été offert en 1988 par le gouvernement du Luxembourg au siège de l’Onu à New York (un autre exemplaire est à la Commission européenne au Kirchberg).

Un bâtiment marqué par l’histoire

Dès le début de la visite, Jean Asselborn insiste sur le volet historique des lieux en rappelant la chronologie de ce bâtiment exceptionnel sur ce point. «C’est très probablement dans la pièce où se trouve aujourd’hui mon bureau que Louis XIV a séjourné entre le 21 et le 26 mai 1687, lorsqu’il est venu visiter la ville nouvellement conquise», détaille-t-il non sans une certaine fierté.

Cependant, les origines du bâtiment remontent encore avant, autour de 1545, lorsque l’édifice a été construit comme hôtel particulier par Nicolas Greisch, conseiller du roi et homme d’affaires. Il deviendra 20 ans plus tard la demeure de Pierre-Ernest de Mansfeld, avant que le bâtiment ne double de surface au début du 17e siècle. Pendant plus de deux siècles, 213 années exactement, ce bâtiment a servi de palais de justice, jusqu’en 2009, année du déménagement des services vers la Cité judiciaire.

En 1985, il est aussi marqué par l’histoire contemporaine, puisque c’est ici que le Bommeleeër a déposé une de ses bombes le 20 octobre, juste devant le bureau de ce qui est maintenant le secrétariat du ministre.

Des services regroupés

Le Fonds de rénovation de la vieille ville, le maître d’ouvrage, avait réalisé différentes études pour évaluer les qualités et les défauts du bâtiment. «Nous avions envisagé plusieurs affectations pour ce bâtiment, dont celle d’un musée», explique Serge Hoffmann, président du Fonds de rénovation. Ce sera finalement le ministère des Affaires étrangères et européennes qui pourra occuper ce lieu prestigieux.

Désormais, le bâtiment Mansfeld regroupe six des neuf services du MAEE: le secrétariat général, la direction des affaires politiques, la direction des affaires européennes et des relations économiques internationales, la direction du protocole et de la chancellerie, la direction des finances et des ressources humaines et la direction des affaires consulaires et des relations culturelles internationales. Ce regroupement permet une meilleure organisation et efficacité du travail et des relations professionnelles et sociales entre les agents du ministère qui auparavant étaient dispersés sur plusieurs sites en ville et au Kirchberg.

Une rénovation d’envergure

Au total, le ministère dispose d’une surface nette de 5.633m2. L’impressionnant volume brut de 33.800m3 a permis la mise en place de 125 postes de travail, dont 109 sont occupés de manière permanente, et une dizaine de manière sporadique par des stagiaires ou des diplomates de passage à Luxembourg. Cet aménagement a été possible grâce à une rénovation architecturale d’envergure.

En 2009, le conseil de gouvernement a pris la décision de réaménager ce bâtiment. S’en est suivi un concours d’architecture en 2010 remporté ex æquo par le bureau espagnol Guillermo Vázquez Consuegra et le duo luxembourgeois A+T Architecture et Kaell Architecte. Plutôt que de devoir de nouveau les départager, il a été choisi de garder les points forts des deux projets. Les bureaux ont ainsi travaillé dans la configuration d’une association momentanée. Les travaux de gros œuvre ont pu débuter en 2013 et le déménagement des services du MAEE s’est fait en février 2017. Au total, le projet a coûté environ 35,5 millions d’euros.

Pendant les travaux, une peinture murale insoupçonnée a été découverte en 2013. Préservée sur une surface d’environ 10m2, elle date certainement de 1550. Même si fragmentaire, son caractère exceptionnel fait qu’elle a été intégrée dans le projet architectural. Parmi les espaces notables, on retiendra une belle salle multifonctionnelle au rez-de-jardin qui permet l’organisation de réunions de 60 à 100 personnes. Au dernier étage, une salle pour les conférences diplomatiques a été aménagée sous la toiture, avec une charpente ancienne extraordinaire, renforcée et mise en valeur.

À tous les niveaux du bâtiment, l’ancien dialogue avec le contemporain, et le travail de mise en valeur des éléments historiques se fait sentir partout. Les architectes ont réussi avec subtilité à intégrer les contraintes de confort et de sécurité sans dénaturer la substance historique. Une réalisation qu’il sera certainement possible pour le public de découvrir lors d’une porte ouverte organisée à l’occasion des prochaines Journées du patrimoine.