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Biennale de Venise

Les 10 immanquables de Venise



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Le pavillon allemand a remporté le Lion d’Or avec une installation et des performances de l’artiste Anne Imhof. (Photo: Francesco Galli)

La Biennale de Venise, ce sont des dizaines de pavillons nationaux (83 exactement), une exposition internationale et des musées et galeries mobilisés. Impossible de tout voir. Voici notre sélection.

Le Festival de Cannes commence dans quelques jours. En attendant, c’est vers Venise que le monde de la culture a les yeux tournés. La biennale d’art est un rendez-vous mondial où se côtoient artistes, galeristes, collectionneurs, journalistes, curateurs et simples amateurs d’art. Chacun joue des coudes pour avoir le sésame qui donnera droit à entrer dans les expositions avant les autres, les conversations se concentrent sur des «t’as vu tel ou tel pavillon?», et si l’Aperol Spritz coule à flots (à 3 euros le verre, il faut être ascète pour s’en passer), les batteries des appareils photo souffrent juste un peu moins que les pieds. Car Venise est pendant quelques semaines un énorme musée d’art (essentiellement) contemporain.

Mode d’emploi

Pour le novice, on détaillera quatre zones. D’abord, les Giardini à l’est de la ville où se concentre une trentaine de pavillons des nations «historiques» (la Belgique était le plus ancien, la France, les États-Unis et l’Allemagne ont suivi). Suit, à peu de distance, l’Arsenal, ancien complexe militaire où l’exposition internationale (dont Christine Macel est la commissaire) joue des coudes avec d’autres pavillons nationaux (dont bientôt le Luxembourg qui est en train de négocier pour s’y installer).

Dans la ville de Venise, un peu partout, des galeries, des palais, des églises et des appartements accueillent ensuite d’autres pavillons nationaux qui n’ont pas trouvé de place dans les deux premières parties. Le Luxembourg a ainsi occupé la Ca’ del Duca depuis 1999, non sans succès, en plein cœur de la ville. Certains pays, à l’image du Grand-Duché, reviennent tous les deux ans au même endroit, d’autres sont nomades.

Enfin, il y a les musées et fondations qui profitent de l’engouement touristique pour l’art contemporain pour offrir des expositions de (très) haut niveau avec des pointures internationales ou des thématiques bien pensées.

Une longue mise en bouche pour donner le mode d’emploi et permettre à chacun de s’orienter dans le labyrinthe vénitien. Après quelques jours plutôt denses, voire carrément stakhanovistes, voilà une sélection de nos immanquables. 

Dans les Giardini

Le pavillon allemand a obtenu le Lion d’Or. L’artiste Anne Imhof y livre une installation puissante et perturbatrice qui pose des questions sur notre temps. S’il n’est pas facile d’entrer dans le propos (et dans le pavillon, prévoir 2h de file), la transformation architecturale des lieux et les performances qui mettent en scène la vacuité et l’ennui poussent le spectateur à un état d’anxiété, parfaite réponse à ses interrogations.

Le pavillon israélien où Gal Weinstein examine les relations entre les phénomènes naturels et organiques et les phénomènes domestiques cultivés. Il utilise des matériaux simples et quotidiens (comme du marc de café) pour mettre en évidence le passage de l’homme dans le paysage.

Sun Stand Still (Photo: Francesco Galli)

Le pavillon australien avec «My Horizon» de Tracey Moffatt. À travers deux nouvelles séries de photographies à grande échelle, «Body Remembers» et «Passage», elle nous parle de transition et migration, que ce soit dans le temps ou dans l’espace. Le tout avec une grande poésie et une belle émotion.

My horizon (Photo: Francesco Galli)

L’Égyptien Moataz Nasr propose une installation vidéo sur quatre canaux de son film «The Mountain». Installés dans un bâtiment en terre rappelant la mosquée de Tombouctou, les spectateurs suivent l’émouvante histoire d’une émancipation féminine et d’une lutte contre les légendes qui enferment la population crédule.

À l’Arsenal

«Viva Arte Viva», l’exposition internationale proposée par Christine Macel, est plutôt réjouissante après des années où guerres et crises étaient au cœur de tous les discours. Sans fausse naïveté, la commissaire choisit de donner la parole aux traditions et à l’humanisme. «Un humanisme qui célèbre le pouvoir de l’homme, à travers l’art, de ne pas être dominé par les forces qui gouvernent les événements qui se produisent dans le monde», a souligné Paolo Baratta, le président de la biennale. Le parcours se divise en neuf chapitres, où la poésie, la magie, la couleur et la liberté sont célébrées.

Edith Dekyndt One Thousand and One Nights (Photo: Italo Rondinella)

Pavillon du Mexique, au rez-de-chaussée de la Sale d’Armi, est à la fois graphique et poétique. Carlos Amorales a développé une sorte de langage graphique personnel qui tient de la partition musicale aussi bien que de la transcription phonétique des sons. Un ensemble de sifflets (ocarinas) complète l’installation, avec des musiciens qui performent dans le pavillon.

The life in the folds (Photo: Italo Rondinella)

On avait apprécié Candice Breitz lors de son exposition au Mudam. La voilà qui représente son pays, l’Afrique du Sud, avec Mohau Modisakeng. Elle fait parler différentes personnes de l’amour et de la relation à l’autre. Son travail se concentre sur les conditions dans lesquelles se produit l’empathie, reflétant une culture mondiale saturée par les médias, où l’on s’identifie plus facilement à des personnages fictifs ou célèbres qu’à des proches qui sont confrontés à une adversité du monde réel.

Candice Breitz (Photo: Italo Rondinella)

Dans la ville de Venise

Le pavillon du Luxembourg se tient très bien dans le cortège des nations. L’installation narrative de Mike Bourscheid réussit à être présente tout en laissant la place aux possibilités de performances. On sourit, on rêve, on invente, on se questionne et on en redemande.

La double exposition «Treasures from the Wreck of the Unbelievable» de Damien Hirst à la Fondation Pinault – à la Punta della Dogana et au Palazzo Grassi – étonne d’abord par son ampleur et sa mégalomanie. L’artiste nous narre une invraisemblable expédition pour retrouver un trésor englouti qu’il a fabriqué de toutes pièces pendant près de 10 ans. L’Égypte antique, la Grèce, Rome, les Vikings et même Bouddha y passent avec un talent indéniable pour la fumisterie, l’ironie et la grandiloquence. Ça ne changera pas la face du monde, mais c’est tellement dingue qu’il faut aller voir ça.

«Treasures From The Wreck Of The Unbelievable»

Totalement à l’inverse, avec une retenue qui n’a d’égal que l’ampleur de la collection, l’exposition «Intuition» au Palazzo Fortuny mélange de manière jouissive et… intuitive des œuvres de toutes les époques et de plusieurs continents. On est ému sous un rideau de fumée d’Ann Veronica Janssens, on s’étonne de la cohabitation entre Cobra et l’expressionnisme abstrait, on se réjouit de retrouver des surréalistes oubliés, le tout dans un fantastique palais qui tient de la caverne d’Ali-Baba pour l’éclectisme de la collection.

Bernardi Roig An Illuminated Head for Blinky P. (Photo: Silvia León)

 Jan Fabre à l’abbaye San Gregorio et Alighiero e Boetti à la Fondation Cini compléteront le parcours pour les plus acharnés.