PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS

Anniversaire

Lehman Brothers, cinq ans après



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L’annonce de la faillite de Lehman Brothers avait fait l’objet d’une couverture médiatique mondiale. (Photo: Robert Scoble / Licence CC)

La faillite de la 4e banque d’affaire américaine, le 15 septembre 2008, a marqué le commencement de l’immense crise économique et financière qui a bouleversé le paysage du monde.

C’était un lundi. Le 15 septembre 2008. Le monde apprenait, stupéfait, que la quatrième banque d’affaires américaine Lehman Brothers s’était déclarée en faillite. C’est la plus grosse banqueroute jamais connue par Wall Street: la banque affichait un total d’actifs de 639 milliards de dollars et un passif de 613 milliards… 

Ce lundi-là, Charles Denotte, general branch manager de Citibank à Luxembourg, n’est pas prêt de l’oublier. «C’est le jour où j’ai pris mes fonctions à Luxembourg!», explique-t-il à paperJam.lu. «J’ai croisé mon ancien patron, qui m’a souhaité bonne chance, et nous avons tout de suite organisé un meeting d’urgence pour mesurer les impacts de cette annonce.»

Des impacts qui, à ce moment-là, n’étaient pas vraiment anticipés. «Lehman représentait une contrepartie pour énormément de banques. Et pour tout le système, l’impact de cette faillite a mal été compris par l’ensemble des acteurs, que ce soit les fonds, les banques, les brokers… Ça a pris du temps pour mesurer l’ampleur des imbrications des uns dans les autres.»

Comme Tchnernobyl

Il y a clairement un «avant» et un «après» 15 septembre. Comme il y a eu un avant et après 11 septembre 2001. Pour sa part, Henri Wagner, managing partner d’Allen & Overy Luxembourg, pense à une autre date historique: «J’ai parfois tendance à rapprocher cet événement majeur à la catastrophe de Tchernobyl (en avril 1986, ndlr). L’impact de la faillite de Lehman, au niveau économique et financier, a engendré quelque chose de comparable en termes d’impact.»

Aux yeux de M. Wagner, la capacité de réaction des différents gouvernements a été «impressionnante». «Personne n’avait de référentiel ou d’expérience en la matière. Quand on voit, particulièrement au Luxembourg, la vitesse de réaction quand il s’est agi de sauver les banques luxembourgeoises… Il n’y a pas eu, ici, de phénomène de ‘bank run’. N’oublions pas que c’est à cause de la déroute de leur maison mère que ces banques ont failli disparaître.»

Depuis cinq ans, la face la plus visible des conséquences de la faillite de Lehman consiste, évidemment, dans l’avalanche réglementaire – souvent assimilée à un tsunami – qui s’en est suivi: Bâle III, Solvency II, AIFM, CRD, Emir… la liste est loin d’être exhaustive. «Le Dodd-Frank Act américain est un document de 85.000 pages», rappelle M. Wagner. «Les textes européens sont bien copieux aussi. Cela va dans le sens, positif, d’une réglementation plus sévère et d’un contrôle plus direct. Mais, en contrepartie, cela a eu des répercussions défavorables sur les institutions financières, qui ont du mal à digérer sur un plan humain et technologique. Avec le recul, on se rend compte que beaucoup de choses ont été faites dans l’urgence et cette réaction exagérée a tendance à freiner le développement économique des entreprises. On n’a pas encore trouvé le juste équilibre entre la rigueur réglementaire et la flexibilité dont a besoin le business.»

Attention au Shadow Banking

Charles Denotte estime lui aussi que le retour de balancier a assurément été un peu trop violent. «Toutes les réglementations ne vont pas tout changer non plus. Trop réglementer ne va pas solutionner ce genre de problèmes. Et je reste persuadé que même si beaucoup a été fait pour éviter de vivre de nouveau de telles situations, je reste convaincu que cela se reproduira un jour. C’est une question de cycle. C’est juste une question de temps. Mais ma plus grande crainte concerne surtout un crash dans le domaine du shadow banking.» 

Avec l’augmentation des réglementations imposées aux banques, certaines activités ont été transférées dans des structures non réglementées. «Et là, il y a évidemment un risque énorme lié aux transactions qui échappent au système de surveillance.»