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Chronique financière

L’effet Brexit



«La capacité de la BoE à calmer l’inflation dépendra de l’évolution future de l’économie britannique», estime Jean-Yves Leborgne de chez ING. (Photo: DR)

«La capacité de la BoE à calmer l’inflation dépendra de l’évolution future de l’économie britannique», estime Jean-Yves Leborgne de chez ING. (Photo: DR)

Plus d’un an après le vote du Brexit, les effets sur l’économie se font seulement sentir. Jean-Yves Leborgne, portfolio manager chez ING Luxembourg, les décrypte pour nous.

Avant même que le referendum sur le Brexit n’ait lieu, différentes études avaient été publiées sur l’effet potentiel d’une telle décision pour les économies britannique et européenne ainsi que pour les marchés financiers. Toutes celles qui se voulaient objectives allaient dans le même sens: le Brexit aurait un impact négatif des deux côtés de la Manche. Il faut cependant avouer que les effets attendus ont mis du temps à se révéler. Mis à part un choc sur le taux de change, les mois qui ont suivi le referendum n’ont pas été marqués par un changement brutal de trajectoire du cycle économique.

Ceci était lié à deux phénomènes: d’une part, la banque centrale d’Angleterre (Bank of England ou BoE) avait réagi rapidement en abaissant son taux directeur. D’autre part, les négociations n’ont été entamées que très récemment, ce qui, durant le délai d’attente, a pu donner l’impression que le Brexit ne changeait finalement pas grand-chose. Mais le début des négociations met en lumière de très nombreux problèmes qui rendent le Brexit beaucoup plus concret.

Une inflation de plus en plus forte

Plus d’un an après le referendum, les effets économiques et financiers du Brexit se font donc de plus en plus sentir, principalement sur l’économie britannique. D’un côté, la dépréciation de la livre impacte l’inflation. Alors qu’elle n’était que de 0,6% en juillet 2016, elle atteint 3% en septembre 2017. La dépréciation de la devise britannique n’est certes pas la seule cause de cette forte montée de l’inflation, mais elle semble y avoir contribué. Toujours est-il qu’à ce jour, l’inflation britannique est bien au-dessus de l’objectif de la BoE.

L’effet sur l’inflation était attendu. C’est d’ailleurs en partie pour cette raison que la consommation des ménages s’est maintenue juste après le référendum, la perspective d’une inflation plus élevée poussant les ménages à anticiper leurs dépenses. Mais maintenant, l’économie britannique est en phase de ralentissement: le PIB n’a progressé que de 0,2% au premier trimestre de cette année et de 0,3% au second, ce qui, au regard des performances des pays européens, apparaît assez faible. Sur un an, le PIB n’est en progression que de 1,7% (venant de 2,0% en deuxième partie de 2016). Les indicateurs de confiance restent certes à des niveaux élevés, mais ils ne progressent plus et les résultats du mois d’août étaient très décevants. Le commerce extérieur entre le Royaume-Uni et l’Europe semble également affecté par les prémices du Brexit. Ainsi, les exportations du reste de l’Union européenne vers le Royaume-Uni stagnent, alors que le commerce extérieur global progresse.

Cette situation marquée par une inflation plus forte et une activité moins dynamique est en fait la pire situation pour une banque centrale. D’un côté, une inflation élevée doit conduire à considérer une hausse de taux pour juguler les pressions inflationnistes. Une telle mesure ne pose pas de problème quand l’inflation est elle-même liée à une forte demande, et donc une activité dynamique, dans la mesure où la hausse de taux ralentit l’activité. Or ici, l’inflation est liée à des effets de change, et l’activité moins vigoureuse nécessite de maintenir des taux bas.

Changement de stratégie de la Bank of England

Lors de sa dernière réunion de politique monétaire, la BoE s’est donc livrée à un exercice difficile: ne pas choquer les marchés tout en les éclairant sur ses intentions. Certes, le taux directeur a été maintenu inchangé, mais la BoE a aussi laissé entendre qu’elle pourrait, dans les prochains mois, relever ses taux. L’impact sur la livre a été immédiat: elle a regagné du terrain par rapport à l’euro, traduisant une modification des anticipations de taux des marchés.

Nous pensons que la BoE a surtout voulu réaligner les anticipations de marchés avec ses propres intentions, c’est pourquoi le communiqué de la BoE précise que «la politique monétaire pourrait être resserrée de manière plus forte que ce qui est actuellement anticipé par les marchés». Cependant, nous ne pensons pas que la BoE devrait s’engager dans un long cycle de hausse de taux. Elle pourrait, par contre, annuler l’impulsion donnée à l’économie dans l’urgence suite au vote en faveur du Brexit.

Il n’empêche que la capacité de la BoE à pratiquer un resserrement, et ainsi calmer l’inflation, dépendra de l’évolution future de l’économie britannique. Si elle devait davantage se dégrader, les anticipations pourraient encore être revues, mais surtout, la BoE se retrouverait dans une situation délicate où toute hausse de taux ne ferait que détériorer davantage l’activité.