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Ministère de la Famille

Le texto de la disgrâce



La ministre Corinne Cahen s'était refusée à faire la chasse aux fonctionnaires CSV à son arrivée au ministère. (Photo: MFAMIGR)

La ministre Corinne Cahen s'était refusée à faire la chasse aux fonctionnaires CSV à son arrivée au ministère. (Photo: MFAMIGR)

Le premier conseiller au ministère de la Famille, Pierre Jaeger, serait en veilleuse. En tout cas, il ne se présente plus, depuis début septembre, à la réunion des hauts fonctionnaires où le conseil de gouvernement est préparé. Un SMS de Marc Spautz a déclenché la perte de confiance avec la ministre Cahen.

Il y a, au ministère de la Famille, comme un remake du feuilleton Heinrich-Khabirpour-Berns qui avait émaillé les premiers mois du mandat de Pierre Gramegna aux Finances... et débouché sur le départ des trois hauts fonctionnaires. Depuis le 3 septembre, ce n’est plus le Premier conseiller de gouvernement Pierre Jaeger qui siège, pour le ministère de la Famille, aux réunions préparatoires des conseils de gouvernement, des «pré-conseils» qui sont réservés aux hauts fonctionnaires. C'est Dan Theisen qui officie, le coordinateur général au ministère de la Famille, de l’Intégration et à la Grande Région.

Éminence grise du DP, Dan Theisen avait été un membre influent de la délégation libérale lors des négociations de coalition de l’automne dernier et avait rejoint le cabinet de Corinne Cahen pour en assurer la coordination générale. 

Un repaire de sympathisants

On savait que le Premier conseiller Pierre Jaeger, qui n’a jamais caché sa proximité avec le parti chrétien social, avait lui-même pris un certain recul par rapport aux responsabilités qui sont attendues de la part d’un fonctionnaire de son niveau. «C’est le genre de fonctionnaire qui fait ce qu’on lui dit de faire, mais sans plus», raconte un proche du ministère de la Famille. Par loyauté par rapport à ses amis, qui furent pendant plus de 30 ans au pouvoir, l’intéressé avait fait savoir qu’il voulait essentiellement se concentrer sur le Fonds national de solidarité, dont il est d'ailleurs le président.

Quant au gouvernement de Xavier Bettel, il s’était engagé, au nom de la neutralité supposée des agents de l’État, à ne pas faire de chasse aux sorcières dans les ministères réputés être des fiefs de «l’État CSV». Le ministère de la Famille était volontiers présenté, avec celui des Finances notamment, comme un repaire de sympathisants du CSV.

Cela étant, en dépit de ses accointances avec les chrétiens sociaux, Pierre Jaeger avait conservé la confiance de Corinne Cahen. Jusqu’à l’été dernier, lorsque la ministre de la Famille reçut un SMS émanant de Marc Spautz. Un texto qui ne devait sans doute pas lui être adressé, mais qui était plutôt destiné à Pierre Jaeger, justement. 

«Salut Pierre»

Le député et président du CSV y sollicitait de son ami haut fonctionnaire des informations sur les intentions de la ministre, et probablement aussi du gouvernement, que le leader de l’opposition aurait probablement pu exploiter à des fins politiques. 

Corinne Cahen a aussitôt convoqué Pierre Jaeger pour le confronter avec le SMS de Marc Spautz - qui commençait de fait par «salut Pierre» - en lui demandant de s’expliquer sur la nature de ses relations avec le président du CSV. Le haut fonctionnaire aurait juré ses grands dieux face à la ministre avoir coupé les ponts avec celui qui fut l’éphémère ministre de la Famille (après la démission de Marie-Josée Jacobs, fin avril 2013).

Or, Luxembourg étant petit, Marc Spautz et Pierre Jaeger avaient été aperçus en train de déjeuner en ville en mars 2014.

Perte de mémoire, perte de confiance

À nouveau confronté, le Premier conseiller indiqua avoir complètement oublié cette rencontre. Une perte de mémoire qui lui coûte tout de même la perte de confiance de sa ministre. Et qui lui vaut par conséquent d’être écarté des réunions préparatoires du Conseil de gouvernement, à l’heure où se discutent des sujets chauds comme la réforme fiscale et la confection du projet de budget 2015, avec notamment la levée éventuelle d’une contribution de 0,5% sur les revenus pour financer l’encadrement de la petite enfance et le multilinguisme précoce des enfants. 

On se souviendra que ce projet de contribution, qui avait été erronément présenté comme une atteinte aux allocations familiales, avait fait l’objet d’une fuite à la mi-juillet dans le Luxemburger Wort, proche du CSV, alors que le mot d’ordre au sein du gouvernement était de ne laisser filtrer aucune information sur les réformes à venir.