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Cohésion

Le sport pour souder et décontracter



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Plus que les autres sports, la course à pied connaît un engouement sans précédent. (Photo: Anna Katina/Archives)

Qu’elles soient en plein air ou en intérieur, les activités sportives sont de plus en plus recherchées par les entreprises. En plus d’être considéré comme un élément fédérateur, le sport est aussi un moyen de communiquer, en interne comme en externe.

Assis toute la journée, les yeux rivés sur un écran d’ordinateur, parfois deux, les doigts qui pianotent sur un clavier: le travail sédentaire concerne de plus en plus de personnes. Ajouté au stress ou à une mauvaise alimentation, le cocktail peut être explosif. Les entreprises en sont conscientes et elles sont nombreuses à vouloir améliorer le bien-être de leurs employés. Encourager la pratique d’activités physiques est l’une des initiatives les plus couramment recommandées.

Mais comment faire du sport en costume-cravate? Cette question peut paraître loufoque, mais elle occupe l’esprit de fournisseurs de services. Thomas Nielsen, le fondateur de la société Coach at Home, ne dira pas le contraire. «Ces derniers temps, les départements de ressources humaines me contactent pour leur proposer des activités qui ne font pas transpirer car leurs bureaux ne sont pas équipés de douches», confirme-t-il. «Je propose donc du stretching, de la relaxation ou du yoga, que nous organisons dans des salles de réunion en installant des tapis de sol.»

En 10 ans d’existence, la compagnie de Thomas Nielsen, qui proposait initialement des coaches pour des clients individuels, a vu l’appétit des entreprises pour ses services croître extrêmement rapidement. Aujourd’hui, elles représentent 60% de ses commandes. Certaines viennent même le voir pour concevoir les salles de sport qu’elles souhaitent installer dans leurs locaux. «Elles veulent de la diversité pour leurs employés», détaille-t-il.

Au-delà des activités en intérieur, les entraînements au grand air sont également très recherchés. Et la course à pied est sans aucun doute le sport le plus populaire. Les grosses entreprises n’hésitent pas à réserver un ou plusieurs coaches pour des séances d’entraînement hebdomadaires, avec en ligne de mire la préparation d’une grande épreuve sportive.

Être vues

Au Luxembourg, l’ING Night Marathon est le plus grand événement sportif pour amateurs. Depuis sa création en 2006, le nombre de participants a augmenté d’un millier chaque année. Et chaque fois, la course est sold-out. «La première année, 10 entreprises se sont inscrites», se souvient Erich François, le directeur de l’événement. «En 2017, nous en aurons 140 qui totaliseront 4.000 coureurs.» L’engouement pour ce sport n’est bien sûr pas l’apanage des salariés des grandes entreprises, mais ce public est le bienvenu pour les organisateurs, qui peuvent ainsi compter sur un grand nombre d’inscriptions.

«Les entreprises veulent non seulement faire quelque chose pour leurs employés, mais aussi être vues», ajoute le directeur. «Nous offrons d’ailleurs dans l’une de nos épreuves, le 5k Run for Success, la possibilité aux équipes participantes de porter des tee-shirts avec le logo de l’entreprise.»

L’esprit d’entreprise est également très présent au Relais pour la vie organisé cette année les 1er et 2 avril. Cette course solidaire par équipe, dont les fonds sont reversés à la recherche contre le cancer, invite des équipes de 20 à 40 personnes à courir ou marcher pendant 12h ou 24h sur la piste intérieure du complexe sportif d’Coque, sur le plateau du Kirchberg. L’événement est ouvert à tout le monde, mais la majorité des équipes enregistrées le sont par des entreprises – 160 sur les 375 inscrites. «Notre course est beaucoup utilisée par les entreprises comme un team building», observe Claudia Gaebel, la responsable de l’événement. «Leurs équipes sont généralement très organisées et assurent l’ambiance.»

Passage incontournable de l’épreuve: le défilé des équipes. Un peu comme lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques, les participants défilent sous leurs emblèmes. «On sent que les entreprises apprécient beaucoup ce moment pour montrer qu’elles sont là», ajoute Mme Gaebel. «Nous avons même dû rallonger cette partie, qui dure maintenant 1h30.»

Et les places se disputent. Les inscriptions en ligne ont été prises d’assaut. Il n’a fallu que trois minutes cette année pour que tout soit réservé. Les grosses entreprises comme KPMG, DHL ou Dupont n’ont d’ailleurs pas pu inscrire toutes les équipes qu’elles souhaitaient. D’autres ne seront même pas représentées, faute d’avoir été suffisamment réactives.

En équipe

En dehors de ces grands événements sportifs, des initiatives s’organisent à plus petites échelles. De façon spontanée ou non, des clubs sportifs se forment au sein des entreprises. Football, badminton, volley-ball, golf: la palette peut être large. Chez Deloitte, on compte pas moins de 16 clubs sportifs où sont inscrits un tiers des employés. L’un des derniers-nés est celui de voile. En dehors de cours théoriques qui sont donnés tout au long de l’année par l’un des associés, les membres se retrouvent deux week-ends par an sur les plages belges ou normandes pour naviguer. «L’idée est de réunir les gens autour de leur passion», explique Frédéric Sabban, le coordinateur des activités CSR (Corporate Social Responsibility) du cabinet. «Tous nos clubs sont gérés par un comité composé au minimum d’un président et d’un trésorier, un peu comme une petite association.»

À l’échelle du pays, de véritables petites fédérations se sont mises en place. Les unes sont des initiatives totalement privées, comme celle du centre sportif TopSquash.lu qui a créé en 1993 une corporate league. Elle regroupe aujourd’hui une vingtaine d’équipes qui se rencontrent au cours des trois championnats organisés durant l’année.

D’autres sont plus structurées. La Bascol, pour Basket corporatif luxembourgeois, a été fondée en 1963. Elle regroupe quatre divisions et est affiliée à la Fédération luxembourgeoise de basket. «Tous les ans, le vainqueur de la division inférieure monte dans celle du dessus et inversement pour le dernier classé, comme dans les vrais championnats», explique Tom Schroeder, le secrétaire général. Cette année, 25 équipes issues de 22 clubs d’entreprise sont représentées. Les matches se jouent toujours en semaine. «Nous observons un intérêt grandissant, si bien que nous avons décidé d’accepter jusqu’à trois équipes par entreprise, alors qu’auparavant une seule pouvait s’inscrire au championnat», ajoute-t-il.

Antistress

Mais le sport se partage aussi en petit comité. Et au-delà de son rôle fédérateur, il est vu par les entreprises comme un moyen de décompression, comme le confirme le docteur Patrizia Thiry-Curzietti. Directrice générale de l’Association de la santé au travail du secteur financier, elle est souvent en contact avec le monde de l’entreprise sur les questions du bien-être au travail.

Son association offre notamment des trainings de stress management où le sport occupe une place de choix. «À côté d’une nutrition saine et d’un bon sommeil, l’activité physique fait partie du b.a.-ba de la gestion du stress», explique la praticienne. «Cette problématique est d’autant plus importante dans le secteur financier où l’on passe généralement toute la journée assis devant son ordinateur, plus deux heures par jour au volant de sa voiture ou dans un train.»

Un esprit sain dans un corps sain, la maxime n’a pas pris une ride. Dans le monde de l’entreprise, elle pourrait toutefois être complétée par «et pour une équipe saine».

Alternatives
Il n’y a pas que le sport
Si le bien-être au travail concerne chaque salarié, tout le monde n’est pas sportif. Les alternatives existent toutefois. Le massage au bureau est l’une d’entre elles et ne nécessite aucune infrastructure spéciale. «Nous venons avec une chaise ergonomique et offrons des massages de 15 minutes aux salariés qui le souhaitent», détaille Maxime Raux, le fondateur de Relax Max, un cabinet de massage ambulant qui envoit sa quinzaine de masseurs surtout dans les bureaux des banques, des assurances et des cabinets d’avocats. La relaxation est une autre pratique très en vogue. Sébastien Marie, spécialiste français de la méditation pleine conscience, ne sait d’ailleurs plus où donner de la tête. «Il y a un énorme besoin, notamment dans le rang des managers qui doivent gérer le stress qu’apporte la gestion d’une équipe», explique-t-il. Actif dans la Grande Région, il propose également des cours de taï chi. «À l’inverse du sport qui va permettre de se décharger, la méditation et le taï chi vont donner la capacité de prévenir les situations de stress», ajoute le spécialiste. Depuis plusieurs années, Maison Moderne – la société éditrice de Paperjam – porte une attention particulière au bien-être de ses collaborateurs par le biais d’un programme en accord avec leurs besoins. «Nous avons identifié les attentes de nos collaborateurs par l’intermédiaire de sondages réguliers qui nous ont permis ensuite de mettre en place des actions ciblées», explique Anaïs Bouillet, la gestionnaire RH de Maison Moderne. En plus des activités sportives proposées (accès à la piscine, séances de running, abonnement dans une salle de sport) et du mobilier ergonomique pour chaque collaborateur, l’entreprise a proposé tout au long de l’année 2016 une série de conférences et d’ateliers en collaboration avec la Zithaklinik sur l’initiation à la relaxation, le sommeil ou encore le mindful eating. Car se sentir bien au travail, c’est aussi une question d’alimentation équilibrée. Maison Moderne a notamment repensé son espace cuisine et offre deux fois par semaine un panier de fruits frais. Un zeste pour le bien-être de ses 100 employés.

Tendance
Tout le monde court
Plus que les autres sports, la course à pied connaît un engouement sans précédent. Facile à pratiquer et accessible à tous, elle rassemble aussi dans le milieu professionnel. Les entreprises en ont bien conscience et savent en jouer. «C’est important pour nous car c’est un sport très fédérateur. Tout le monde peut courir, toutes les générations, hommes et femmes confondus», explique Holger von Keutz, associé chez PwC Luxembourg et en charge de l’entraînement des quelque 200 coureurs du cabinet qui participeront cette année à l’ING Night Marathon. «Selon un sondage interne, un cinquième de nos salariés disent courir régulièrement», ajoute-t-il. Il suffit d’ailleurs de se promener au Kirchberg ou à la Cloche d’Or à l’heure du repas pour voir que le virus du running est contagieux. Mais pas seulement. La course à pied est aussi un moyen de communiquer vers l’extérieur. Sponsor de l’ING Night Marathon, PwC Luxembourg est aussi visible sur trois autres courses luxembourgeoises: le Relais pour la vie, le Postlaf et le Color Run. «C’est l’occasion d’atteindre un grand nombre de gens autour des valeurs du sport», précise Steve Boukhers, le manager des relations médias de PwC Luxembourg. La course à pied est également un leitmotiv chez Sales-Lentz, qui sponsorise quatre des principaux cross du Grand-Duché. «Nous portons une attention toute particulière à ce sport pour promouvoir et soutenir le bien-être de chaque individu, aussi bien en interne qu’en externe», note Raphaël Lallouette, responsable RSE du transporteur. «Le DKV Urban Trail est d’ailleurs organisé par l’un de nos chauffeurs.»

Des événements devenus corporate
Aperçu des plus grands événements sportifs amateurs au Luxembourg qui fédèrent aussi de nombreuses sociétés et leurs employés en quête de contact en dehors du bureau avec les collègues ou, tout simplement, d’un moment de détente.

Postlaf:

  • Lieu: Cloche d’Or
  • Date: 2e dimanche de mars
  • Épreuve: 10km de course à pied
  • Participants: 3.000

Relais pour la vie:

  • Lieu: Complexe sportif d’Coque
  • Date: 1er week-end d’avril
  • Épreuve: relais en marche ou course à pied par équipe durant 12h ou 24h
  • Participants: 10.000

DKV Urban Trail:

  • Lieu: Luxembourg-ville
  • Date: dernier dimanche d’avril
  • Épreuve: 13, 27 et 34km de course à pied
  • Participants: 3.500

ING Night Marathon:

  • Lieu: Luxembourg-ville
  • Date: dernier samedi de mai – nocturne
  • Épreuve: marathon seul ou par équipe, semi-marathon et course de 5km par équipe
  • Participants: 15.000

JP Morgan City Jogging:

  • Lieu: Luxembourg-ville
  • Date: 1er dimanche de juillet
  • Épreuve: entre 6 et 10km de marche ou de course à pied
  • Participants: 3.500

The Color Run:

  • Lieu: Lac d’Echternach
  • Date: 2e samedi du mois de juillet
  • Épreuve: 5km de course à pied
  • Participants: 3.000

Escher Kulturlaf:

  • Lieu: Esch-sur-Alzette
  • Date: 2e samedi de septembre
  • Épreuve: 10 miles de course à pied
  • Participants: 3.000