COMMUNAUTÉS & EXPERTISES — Communication

Droit des marques

Le Roude Léiw fort de café



À gauche, les paquets de café «Roude Léiw Boune Kaffi» de Will Kreutz, et à droite, les paquets de café «de léiwe Kaffi» de Moulin Dieschbourg. (Création : Maison Moderne Studio)

À gauche, les paquets de café «Roude Léiw Boune Kaffi» de Will Kreutz, et à droite, les paquets de café «de léiwe Kaffi» de Moulin Dieschbourg. (Création : Maison Moderne Studio)

Le designer Will Kreutz a mis l’entreprise Moulin Dieschbourg en demeure pour avoir détourné sa marque déposée du «Roude Léiw». En cause: le «Léiwe Kaffi». Moulin Dieschbourg se veut serein.

Il est l’emblème des armoiries du Luxembourg. Entre sa présence sur le drapeau traditionnel (le député CSV, Michel Wolter, voulait jadis en faire le drapeau national) et sa déclinaison sur divers logos d’administrations, associations ou clubs sportifs, le Roude Léiw (luxembourgeois pour «lion rouge») est habitué aux opérations de chirurgie.

Mais avant tout usage du lion rouge, c’est la commission héraldique de l’État (composée de membres désignés par le ministère d’État) qui doit donner son feu vert. Tel fut le cas pour Will Kreutz, designer et patron de la société Atypical, qui explique à Paperjam qu’il a eu l’accord pour développer une version transformée de l’emblème à des fins commerciales.

L’adaptation du lion rouge selon Will Kreutz, que l’on retrouve sur certaines bouteilles de bière de la Brasserie Simon, sur certaines bouteilles de crémant de Bernard-Massard et sur certains paquets de café, a des contours prononcés et est tournée vers la droite – donc le sens inverse de l’emblème des armoiries. En date du 24 mars 2017, son dessin était enregistré, en son nom propre, sur le site de l’Office de l’Union européenne pour la protection des droits d’auteur.

Léiwe roude Léiw

C’est en ligne, via Facebook, que Will Kreutz a dénoncé le 16 octobre que son ancien partenaire en affaires, le Moulin Dieschbourg (Moulin J.P. Dieschbourg sàrl), qui torréfiait le café, aurait «ostensiblement» copié, voire «piraté», sa marque déposée: «Roude Léiw», utilisée sur des paquets de café torréfié par Moulin Dieschbourg, dénommé «Roude Léiw Boune Kaffi».

Will Kreutz a publié, image après image, des paquets qui contiendraient toujours le même café, mais avec un nouveau design et nom: le buste du lion rouge, tourné cette fois-ci vers la gauche, alors que le nom était changé de «Roude Léiw Boune Kaffi» à «de léiwe Kaffi» (jeu de mots, car l’adjectif «léiw» signifie «gentil» en luxembourgeois).

Will Kreutz ajoutait cependant des produits dérivés, tels que des t-shirts, auxquels Yves Dieschbourg en personne aurait ajouté les couleurs nationales: bleu ciel, blanc et rouge. De quoi «dégoûter» davantage Will Kreutz, qui aurait à tout prix voulu éviter de donner un «air nationaliste» à son produit.

Ainsi, ce dernier reconnaît néanmoins que malgré la ressemblance, les deux designs se distinguent donc bel et bien. Rendu attentif à ce fait, le créateur répond à Paperjam: «C’est la combinaison du café et du Roude Léiw» qui poserait problème. Entre le produit original «Roude Léiw Boune Kaffi» et «de léiwe Kaffi», il s’agirait clairement de plagiat. Le directeur de Moulin Dieschbourg depuis 2013, Yves Dieschbourg, le frère de l’actuelle ministre de l’Environnement Carole Dieschbourg (Déi Gréng), estime en revanche qu’«il ne peut y avoir de confusion».

Dieschbourg serein

Un cas classique de dispute sur le droit des marques donc. On ne peut que constater que les deux parties conviennent d’être en désaccord. Mais comment en est-on arrivé là?

Au mois de septembre, Moulin Dieschbourg résiliait son contrat avec Will Kreutz et interrompait donc sa collaboration dans la production de paquets de café nommés «Roude Léiw Kaffi» avec le design de Will Kreutz. En ayant recouru à un producteur français pour produire des capsules – biodégradables – de café pour les machines du type Nespresso, Will Kreutz n’aurait en effet – selon Moulin Dieschbourg – pas respecté une clause du contrat. L’entreprise aurait proposé «à l’amiable» de continuer à torréfier le café pour Will Kreutz, qui lui aurait refusé l’offre.

Mise à jour le 1er novembre à 21h05:

Et Will Kreutz de préciser le 1er novembre sur sa page Facebook que «ne disposant d’aucuns équipements pour être en mesure d’emballer un produit livré en vrac, j’ai bien entendu refusé une telle proposition manifestement malintentionnée!» 

Ainsi, deux semaines plus tard, d’après Will Kreutz, Moulin Dieschbourg aurait commercialisé ses nouveaux paquets. Le créateur, se sentant trahi, alertait son conseiller, Olivier Laidebeur de l’Office Freylinger, et expédiait une mise en demeure à Moulin Dieschbourg. L’entreprise aurait jusqu’au 2 novembre pour «arrêter». Faute de quoi, Will Kreutz entend «faire retirer ses produits des rayons».

Côté Dieschbourg, on se dit serein. Yves Dieschbourg, directeur depuis 2013, estime être en droit sur toute la ligne et s’être comporté «correctement». Il ajoute que «Moulin Dieschbourg est producteur et distributeur de café depuis 25 ans» et que le café est certifié «fair-trade» depuis 20 ans et bio depuis une quinzaine d’années. Will Kreutz affirmait en revanche que la famille Dieschbourg serait intervenue auprès de la police, qui l’aurait ensuite contacté par téléphone.

Mise à jour le 1er novembre à 21h00:

Will Kreutz a précisé le 1er novembre sur sa page Facebook que l’appel de la police avait pour objet de lui demander de cesser de poster des commentaires en ligne sur le différend qui l’oppose au Moulin Dieschbourg. La famille propriétaire aurait souhaité porter plainte contre M. Kreutz en raison de la teneur de ses commentaires.