PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS

Bruno Colmant (Roland Berger)

«Le Luxembourg en passe de réussir son pari»



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Bruno Colmant apporte un regard d’académique et de professionnel de la finance sur le positionnement de la place luxembourgeoise (Photo : DR)

Pour sa conférence de printemps débutant ce mardi, l’Association luxembourgeoise des fonds d’investissement (Alfi) a invité l’associé de la société de conseil Roland Berger à mettre en perspective la situation économique européenne. Il juge en même temps le positionnement stratégique de la place financière.

Monsieur Colmant, à quel titre avez-vous été invité par l’Alfi et, en quelques mots, quelle sera la teneur de votre intervention ce mardi matin?

«J’ai été invité en tant qu’économiste spécialisé, notamment dans les questions de politique monétaire. Mon intervention portera essentiellement sur les aspects monétaires de la sortie de crise, à savoir comment on va conjuguer les politiques d’austérité, une monnaie forte et la croissance économique. Il y a un certain antinomisme entre ces trois exigences. Il sera donc intéressant de voir comment on peut les articuler.

Vous surveillez le développement de la place financière luxembourgeoise. Que pensez-vous de son positionnement stratégique résolu sur les fonds d’investissement?

«Je crois que le Luxembourg est en train de réussir son pari de devenir l’acteur continental de référence en termes de gestions de fonds. On parlait de 2.000 milliards d’euros d’actifs gérés il y a 10 ans. Maintenant on tourne autour de 2.300 et on vise les 2.500. Le Luxembourg a, en même temps, réussi à convaincre les opérateurs de s’agréger pour créer des économies d’échelle. Je crois que le private banking, qui était l’activité traditionnelle du Luxembourg, a un peu disparu par la force des choses.

En revanche, le Luxembourg a émergé comme un acteur primordial dans l’industrialisation de la gestion de l’épargne. Singulièrement, quand j’exerçais au Luxembourg, j’avais écrit un article qui avait alors fait pas mal de bruit. Je disais que le pays était en train de se 'finlandiser', c’est-à-dire qu’il devenait une économie un peu dépendante des autres sans bénéficier d’une expertise qui lui était propre. Je pense que j’avais raison. Le pays était alors un pays de filiales bancaires ne disposant que de peu d’autonomie. Aujourd’hui, le Luxembourg s’est imposé comme étant une place autonome avec une force qu’on ne pourra pas lui enlever, à savoir la gestion des fonds.

Mais de nombreux défis se posent devant cette industrie…

«Je crois qu’il s’agit typiquement d’une activité jouissant d’économies d’échelle et dans laquelle plus on est gros plus on est rentable. Il faudra cependant continuer à avoir un régime extrêmement souple en termes réglementaires et s’accommoder des exigences européennes de transparence en matière de gestion de patrimoine, avec des taxations de fonds qui vont prendre des tournures plus globales.

Mais si le Luxembourg arrive à répondre à ces trois contraintes, à savoir continuer à créer des économies d’échelle, être capable de gérer des taxations d’envergure européenne et de répondre aux demandes de transparence, je crois que plus rien ne pourra l’arrêter.»