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Santé et pensions à l’horizon 2060

Le Luxembourg à rebours de ses voisins



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Moody’s exhorte la plupart des pays européens à préserver un système de santé efficace, alors qu’au Luxembourg, ce sont les dépenses liées aux pensions qui pèsent sur la note du pays à long terme. (Photo : Sven Becker / archives)

L’agence de notation Moody’s plaide pour que les États membres de l’UE préservent leur système de santé face au vieillissement de la population, alors que, pour le Luxembourg, ce sont les pensions qui l’inquiètent.

Dans une étude de 13 pages intitulée «Healthcare more than pensions will be key fiscal challenge from population ageing», Moody’s livre une analyse à rebours des attentes en appelant les États européens – là où le vieillissement est «le plus aigu» et son impact fiscal «le plus significatif», selon les auteurs – à porter un soin particulier à leur système de santé s’ils veulent préserver leur notation à long terme.

Moody’s relève que le vieillissement de la population n’amènera pas tant une augmentation inquiétante des dépenses issues des pensions qu’une explosion des dépenses en soins, en particulier au Portugal, à Malte, en Slovaquie et en Croatie.

Le système de santé, clé d’une main-d’œuvre productive

Loin d’appeler à couper coûte que coûte dans les dépenses de santé, Moody’s soutient l’idée d’un système de santé «résilient et efficace» pour «contribuer à une vie professionnelle plus longue, une force de travail plus productive et de moindres niveaux d’absentéisme au travail». Ainsi, des coupes dans la santé pour des raisons budgétaires n’auraient pas d’impact positif sur la note de crédit des États, puisqu’elles affecteraient «les revenus liés à la santé, la productivité et la stabilité sociale».

Moody’s met donc l’accent sur la «bonne adaptation par les gouvernements de leur système de santé à leur population vieillissante». D’autant que la moitié des États européens verront les plus de 65 ans représenter plus de 20% de la population d’ici 2030 – hormis le Luxembourg et l’Irlande.

Le Grand-Duché se distingue également au niveau des facteurs à surveiller dans les prochaines décennies. Le taux de dépendance ne devrait s’élever qu’à 44,6 en 2060, contre plus de 60 pour des pays comme la Grèce, le Portugal ou la Pologne. La mortalité prématurée – c’est-à-dire le nombre de morts qui ne devraient pas se produire dans un système de soins efficace et organisé – se situait parmi les plus faibles dans l’UE28 en 2014, avec 87 cas pour 100.000 habitants, contre 113 en Allemagne, 289 en Bulgarie, et 332 en Lettonie.

Carton rouge pour le Luxembourg sur les pensions

Avec une dette publique de 23% du PIB en 2017, et 4,6% du PIB en dépenses de santé en 2013, le pays figure encore parmi les meilleurs de la classe européenne. Ses dépenses de santé devraient même augmenter de seulement 1,4 point de pourcentage d’ici 2060, contre 2,7 points pour la France, 3,1 pour le Danemark et 4,9 pour le Portugal.

Mais il sera le pays européen le plus impacté par le financement des pensions, puisque celui-ci bondira de 4,1 points d’ici 2060, loin devant la Belgique (3,3 points) ou Malte (3,2 points), tandis que ce coût régressera dans plusieurs pays de l’Est, comme en France (-2,8 points).

Le Grand-Duché fait encore bande à part en matière de volume des dépenses de santé: elles approchent 6.000 dollars par habitant en 2015 – record de l’UE28 –, quand les pays scandinaves, l’Allemagne et les Pays-Bas pointent à 4.000 euros pour une moyenne européenne de 3.000 euros. Plus étonnant encore, la croissance annuelle des dépenses de santé au Luxembourg s’est accélérée entre 2009 et 2015 – en pleine crise économique –, alors qu’elle a ralenti, parfois considérablement, dans tous les autres pays. Et pourtant, donc, les dépenses de santé ne constituent pas la principale menace pour le budget luxembourgeois dans les 40 prochaines années pour Moody’s.

L’agence de notation suggère enfin diverses recommandations dans son analyse, comme un effort sur l’efficience des systèmes de santé et la réduction des médicaments prescrits – le Luxembourg arrive d’ailleurs bon dernier avec à peine plus de 5% de génériques en 2015. L’agence prône encore un virage en faveur de la prévention, qui ne mobilise que 3% des dépenses dans l’UE, alors que 30% des pathologies proviennent de risques évitables, comme des régimes alimentaires inappropriés, le tabac ou l’inactivité physique.