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Billet

Le jour d’avant



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Le Luxembourg fait partie des pionniers de l'idée européenne. Il faut parfois le rappeler. ( Photo : Licence CC)

Désolé pour tous ceux que l’appellation d’origine LuxLeaks fait frissonner ou agace de plus en plus, mais il y aura donc une deuxième vague de publication cette semaine. Même si l’effet de surprise n’est plus vraiment de rigueur.

En revanche, il faut espérer que la rigueur sera au rendez-vous, et que le consortium de journalistes d’investigation nous en apprendra davantage sur ses intentions, sur ses sources, sur la cible. Nul ne sait encore, à l’heure actuelle, qui souffre le plus dans cette mésaventure.

Sont-ce les entreprises multinationales, parfois soutenues à bout de bras par des États voisins du nôtre, qui voient révélés les accords fiscaux dont elles bénéficient en faisant leurs courses dans le grand marché européen et qui atterrissent au Luxembourg (mais pas toujours)? Est-ce le Big Four qui joue son rôle de conseil chèrement payé pour les orienter dans ce grand marché? Est-ce la classe politique européenne? Est-ce la génération précédente, par qui les crises sont arrivées?

On peut multiplier les questions, il reste les réponses évidentes: le Luxembourg s’en prend plein la figure, pour des faits qui remontent à plusieurs années, au moment où, précisément, son ancien Premier tient la boutique européenne et où, avec d'autres, le pays s’avance sur de nouvelles voies. Au passage, il faut sans doute rappeler – aux eurosceptiques, aux chevaliers blancs et au grand public, par exemple – que le Luxembourg est un pionnier de l’idée européenne et de sa construction, nonobstant la petite place qu’il y prend géographiquement.

Un stade pour les rulings stones

Parce qu’il n’y a pas que les rulings – qui à force sont un peu stone – dans la vie des entreprises et des pays qui les accueillent. Il y a la redistribution des richesses, il y a l’emploi, le travail, la sécurité sociale, le niveau de vie, la stabilité.

Il y a aussi la justice fiscale, l’éthique, dont le monde des finances a besoin. Cela veut dire que nul ne peut faire semblant de perdre (ou de gagner, c’est la même chose) dans un jeu de dupes si les règles ne sont pas les mêmes pour tout le monde. Tous les instruments, tous les montages, toutes les niches s’appuient sur le savoir-faire, sur la souplesse, sur l’intelligence tactique en quelque sorte. Car il y a plusieurs stades où les pays européens devraient jouer de concert, faute de quoi, le ballon sera botté en touche. Fatca et les accords de libre échange démontrent que les États-Unis (aux dernières nouvelles, le Delaware va bien, merci) veillent à ce que leurs multinationales et leurs fortunes bénéficient à l’Oncle Sam, selon les règles qu’ils dictent.

L’Europe régulée – celle du grand marché interne, qui s’active dans la cour des grandes puissances économiques, mais qui n’est pas celle de l’Allemagne, de la France ou de la Grande-Bretagne – doit pouvoir se battre sur le terrain de la création de valeur, et en conserver les fruits. Sinon, ils iront ailleurs (ce qu’ils font d’ailleurs déjà, en partie), aux pourtours anglo-normands, monégasques, suisses, et autres juridictions moins réglementées.

Alors que veut-on? Tirer sur le Luxembourg ou tirer dans le même sens? De la morale saupoudrée ou une vraie définition de la déontologie économique et politique? Une vraie vision partagée ou des leçons à prendre seulement quand elles nous arrangent?

Encore beaucoup de questions qui, en ce jour d’avant, demeurent en suspens. Et qui, il faut le craindre sans doute, resteront sans réponse immédiate.

La seule chose qu’il faut espérer, c’est qu’il y ait un jour d’après. Le Luxembourg s’y prépare, en travaillant, non pas sur les pratiques du passé, mais sur les méthodes de demain.