POLITIQUE & INSTITUTIONS — Europe

Le Luxembourg a voté contre

Le glyphosate autorisé cinq ans de plus



C’est une victoire pour Monsanto, dont le Roundup va pouvoir continuer à être commercialisé pour cinq années supplémentaires dans l’Union européenne. (Photo: DR)

C’est une victoire pour Monsanto, dont le Roundup va pouvoir continuer à être commercialisé pour cinq années supplémentaires dans l’Union européenne. (Photo: DR)

La Commission européenne est parvenue à ses fins en réussissant à persuader les États membres de prolonger ce lundi l’autorisation de l’herbicide controversé jusqu’en 2022. Au grand dam des défenseurs de l’environnement, dont la ministre Carole Dieschbourg et l’eurodéputé Claude Turmes.

Au terme de deux ans de discussions le plus souvent animées, les États membres ont ce lundi décidé d’accorder une prolongation d’autorisation de mise sur le marché du glyphosate, l’herbicide cancérogène aux yeux de l’Organisation mondiale de la santé, dont le Roundup de l’Américain Monsanto est le porte-drapeau.

Malgré une proposition initiale de dix ans ramenée à cinq ans de la part de la Commission, deux premiers rounds de négociations n’étaient pas parvenus – le 25 octobre puis le 9 novembre – à dégager parmi les États membres une majorité qualifiée de 16 États représentant 65% de citoyens de l’Union européenne.

Le dossier avait alors été confié à un comité d’appel qui, s’il n’avait pu se décider ce lundi, aurait renvoyé la décision vers la seule Commission, ce que ne souhaitait pas son commissaire à la Santé, Vytenis Andriukaitis, qui avait déjà fait savoir qu’il ne souhaitait pas endosser seul cette responsabilité.

Un «mauvais signal» selon Carole Dieschbourg

Son souhait a donc, d’une certaine manière, été exaucé puisque le comité d’appel – composé d’experts nationaux – s’est prononcé à une majorité de 18 voix pour la prolongation d’autorisation du glyphosate, contre neuf voix – dont celle du Luxembourg – qui s’y sont déclarées opposées et une abstention.

Dans une première réaction sur Twitter, la ministre luxembourgeoise de l’Environnement, Carole Dieschbourg, a indiqué que la décision entérinée ce lundi «n’est pas un signal clair pour l’abandon du glyphosate» et que «la bataille doit continuer».

Turmes «furax» contre Juncker

Farouchement opposé au glyphosate lui aussi, l’eurodéputé Claude Turmes (Déi Gréng) s’est quant à lui déclaré «furax» contre la Commission européenne et son président Jean-Claude Juncker «qui ont fait le jeu de Monsanto» dans ce dossier.

Il s’est également déclaré très surpris de la position de l’Allemagne qui, après s’être toujours abstenue jusqu’ici, a voté en faveur de la prolongation du glyphosate, ne respectant plus l’accord passé au sein du gouvernement de coalition de la chancelière Angela Merkel.

Toutefois, à travers «cette défaite pour l’Union européenne», Claude Turmes voit aussi une bonne nouvelle puisque, selon lui, la France, l’Italie, la Belgique et le Luxembourg se seraient entendus pour imposer chez eux une sortie du glyphosate dans les trois ans, à travers les articles 44 et 50 du cadre réglementaire existant.

Il a ainsi lancé un appel au ministre de l’Agriculture, Fernand Etgen, à agir de la sorte, car «c’est au gouvernement actuel de prendre ses responsabilités, et non au suivant», déclare l’eurodéputé.


Enfin, Claude Turmes envisage de déposer plainte contre la Commission européenne pour la décision avalisée ce lundi, sur base d’une étude juridique qu’il avait commandée auprès d’un cabinet d’avocats parisien qui avait conclu l’illégalité d’une prolongation de l’herbicide dont il devrait être encore beaucoup question ces prochaines semaines et ces prochains mois.