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Le bitcoin fête ses 10 ans



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Né le 1er novembre 2008, le bitcoin est la toute première cryptomonnaie jamais créée. (Photo: Shutterstock)

La pionnière des cryptomonnaies a survécu à sa première décennie. Et malgré quelques excès, elle a acquis une maturité suffisante pour commencer à intéresser des géants de la finance.

Si on le compare à une start-up, le bitcoin est la plus grande licorne* de tous les temps. En 10 ans, il a atteint plus de 100 milliards de dollars de valorisation.» Laurent Kratz, entrepreneur passionné de la blockchain et des monnaies virtuelles, est un inconditionnel du bitcoin. Et il ne manque pas une occasion de faire la promotion de la mère des «cryptos».

Il a d’ailleurs une réponse à toutes les critiques. «Sur 2018, la volatilité du bitcoin a été très proche de celle du dollar ou de l’euro. Je pense que le potentiel du bitcoin et des monnaies virtuelles en général est encore à venir. À la fin des années 1990, nous avons été témoins de la création de l’internet des données. Avec la blockchain, nous entrons dans l’ère de l’internet des valeurs.»

Le bitcoin est né le 1er novembre 2008 et il s’agit de la toute première cryptomonnaie jamais créée. Ses fondateurs, qui sont restés anonymes, voulaient créer une monnaie indépendante de toute banque centrale et basée sur une gestion décentralisée. Il faut rappeler qu’à l’époque, la finance mondiale sortait tout juste d’une crise profonde, et la confiance dans les institutions financières traditionnelles était au plus bas.

Durant ses premières années d’existence, la cryptomonnaie reste confinée à des cercles très restreints de connaisseurs et d’informaticiens engagés. Un bitcoin vaut à son lancement quelques centimes d’euros. Son cours gagne rapidement quelques centaines d’euros. Mais c’est à partir de 2017 que sa popularité grandit.

Dans le secteur financier, la technologie qui sous-tend le bitcoin, la blockchain, commence à être étudiée attentivement, notamment pour ses avantages en termes de traçabilité et de sécurité. Son principe est celui d’un vaste registre comptable où chaque transaction doit recevoir l’aval de l’ensemble de la communauté pour être validée.

Toutes les autres monnaies virtuelles qui se créent utilisent la même technologie. La bulle des cryptomonnaies commence à grandir et la valeur du bitcoin atteint un sommet à près de 20.000 dollars en décembre 2017, avant de s’effondrer. Début novembre, elle était de 6.388 dollars.

Un placement spéculatif

Le bitcoin est-il devenu un pur produit spéculatif pour autant? Difficile à dire. Depuis quelques mois, son intérêt grandit du côté de l’industrie financière, qui le regardait jusqu’à maintenant d’un mauvais œil. Au mois d’octobre, le géant américain Fidelity, qui gère plus de 2.500 milliards de dollars d’actifs dans le monde, a annoncé la création d’une société dédiée aux investissements en cryptomonnaies.

«Notre objectif est de rendre les actifs nativement numériques, comme le bitcoin, plus accessibles aux investisseurs, détaille la CEO du groupe financier, Abigail Johnson, dans un communiqué. Nous allons continuer d’investir et d’expérimenter, à l’avenir, pour rendre cette classe d’actifs émergente plus facile à comprendre et à utiliser pour nos clients.»

Les Américains se sont lancés, les Japonais aussi. Les Européens suivront.

Yves-Laurent Kayan, fondateur et CEO de CoinPlus

Quelques mois avant Fidelity, c’est Goldman Sachs et JP Morgan qui avaient annoncé leur intérêt d’investir dans les cryptomonnaies. Il faut dire que la demande existe et les rendements affichés par ce marché parallèle, dont les cours sont uniquement basés sur la loi de l’offre et de la demande, ont de quoi faire pâlir les produits d’investissement classiques.

«Les Américains se sont lancés, les Japonais aussi – ils reconnaissent le bitcoin comme moyen de paiement légal depuis avril 2017. Les Européens suivront, commente Yves-Laurent Kayan, le fondateur et CEO de la start-up luxembourgeoise CoinPlus. Il serait préférable que la Place se mette désormais au diapason, au risque de perdre de l’attractivité.»

Une valeur refuge?

Dans la jungle des cryptomonnaies – on en recense environ 2.000 –, le bitcoin fait figure d’un placement relativement stable. Mais pour Philippe Ledent, senior economist chez ING Belux, ce n’est pas suffisant pour qu’il devienne une valeur de circulation, à l’instar des devises classiques. «Le bitcoin contient sa propre perte, puisque son modèle se base sur un nombre défini d’unités.Or, une fois le seuil maximum atteint, sa valeur augmentera du fait de sa rareté et il ne pourra plus répondre aux besoins de l’économie, qui continuera, elle, à croître», explique-t-il. Dans ce cas-là, la pionnière des cryptomonnaies a-t-elle le potentiel pour devenir une valeur refuge? «Pour cela, il faudrait qu’elle obtienne soit une garantie étatique, soit une reconnaissance collective, comme c’est le cas pour l’or. Mais il a fallu des centaines d’années à ce dernier avant de s’imposer dans le monde. Or, le bitcoin n’a que 10 ans…» 

* Une licorne est le nom donné à une start-up dont la valorisation dépasse le milliard de dollars.