ENTREPRISES & STRATÉGIES

Secteur de la petite enfance

Lavorel parmi les plus grands employeurs du pays



Pour Stanislas Lavorel, «les crèches sont aussi un lieu de mixité sociale et jouent un rôle d’éducation, plus qu’ailleurs.  (Photo: Christophe Olinger)

Pour Stanislas Lavorel, «les crèches sont aussi un lieu de mixité sociale et jouent un rôle d’éducation, plus qu’ailleurs. (Photo: Christophe Olinger)

Depuis l’établissement de ses structures en 2012, Lavorel a parcouru un certain chemin au Luxembourg. Dans la discrétion. Le récent rachat des crèches Kids Care fait pourtant du groupe familial un acteur incontournable de la petite enfance. 

L’homme est plutôt réservé, mais depuis son arrivée en 2012 au Luxembourg, Stanislas Lavorel, président du directoire de Lavorel Groupe, s’y plaît bien. Car l’établissement au Grand-Duché des structures du groupe et d’équipes ne se limite pas à une simple décision stratégique sur le plan de la structuration.

Actif par le passé dans les soins à domicile en France, via LVL Medicare, fondée par son père Jean-Claude, le groupe a d’abord posé ses valises au Luxembourg pour coordonner ses activités en Allemagne dans les soins à domicile via sa branche Lavorel Medicare, sous la marque Bonitas, une ancienne filiale de LVL Medicare rachetée en 2012 et Odemvitae. 

Entretemps, Lavorel a aussi emprunté un autre créneau au Luxembourg, celui de la petite enfance. D’abord avec l’acquisition de Ribambelle (11 crèches et cinq foyers de jour) en décembre 2013, puis de Children's World en juin 2014 (les 9 et 10es crèches de la marque ouvriront prochainement) et de Villa Wichtel (cinq sites) en novembre dernier.

Les choses se sont accélérées et les acquisitions se sont déroulées avec le souci de cerner les acteurs importants et porteurs d’un certain potentiel et d’un niveau de qualité suffisant également. Le chemin a été le même pour parvenir à la récente reprise des sept crèches Kids Care, dont la première fut fondée en 1994 par Béatrice Martin.

Optimiser et mutualiser la gestion

«Au-delà de l’aspect transactionnel, nous partageons une vision commune du métier et de ses valeurs ainsi que la volonté de développer un véritable projet, déclare Stanislas Lavorel, président du directoire de Lavorel Groupe au sujet de l’acquisition de Kids Care. Notre ambition est de préserver les acquis en donnant un nouveau souffle. La manière de faire reste la même, dans un nouvel environnement.»

Tout en préservant les différentes marques, Lavorel met en place une gestion transversale du back-office des différents sites: 36 crèches et foyers au total qui comptent 1.400 places pour les enfants, entourés par 360 employés. Sans crier gare, le groupe entre de facto parmi les plus grands employeurs du pays, à même taille d’un cabinet tel que BDO ou de BBH.

Les services généraux – administratifs, ressources humaines, qualité – sont ainsi progressivement regroupés au siège situé à deux pas de la place Hamilius, afin d’optimiser les compétences. Quant à la mise en place de la structure, elle vise à «offrir aux collaborateurs des passerelles entre les différents sites, à susciter l’échange d’expériences».

Nous ne sommes pas dans une démarche lucrative à court terme.

Stanislas Lavorel, président du Directoire, Lavorel Groupe.

S’adressant aux particuliers puis aux institutions européennes via Kids Care où la marque est présente, Lavorel entend aussi profiter de la masse critique de places disponibles pour approcher les entreprises.

«Aujourd’hui, nous nous adressons à des familles ou des institutions, mais nous avons de plus en plus de contacts avec entreprises intéressées pour prendre des places sur le marché luxembourgeois auprès d’un seul interlocuteur qui réponde qualitativement à leur demande.»

Formé jusqu’il y a peu de quelque réseaux de taille moyenne, d’une myriade d’acteurs individuels, le secteur des crèches au Luxembourg qui, selon plusieurs observatoires, va et doit se professionnaliser, compte donc désormais un leader. 

Un passage de relais en douceur

De son côté, la fondatrice Béatrice Martin est satisfaite d’avoir passé le relais, après une vingtaine d’années passée à gérer les attentes des parents ainsi que les impératifs financiers et réglementaires.

«J’ai décidé de céder mon activité pour des raisons personnelles. Ne disposant pas de successeur naturel, j’ai pu compter sur l’aide d’un conseiller qui m’a aidé à trouver l’entreprise qui était susceptible de correspondre à mes attentes.» Un regard extérieur et de conseiller sur l'opération qui a été portée par Tenzing Partners, jouant le rôle d'accompagnateur de l’actionnaire unique du groupe Kidscare pour finaliser la négociation avec Europe Creche & Kindergarten, structure détenue par le groupe Lavorel.

L’entrepreneuse concède volontiers qu’il «devenait grand temps d’amener un peu de fraîcheur dans un marché saturé à certains endroits, a-professionnalisé et dispersé quant au travail effectué par les crèches.» Outre sa professionnalisation et le besoin de formation qui s’ensuit, le secteur ne manque pas de défis, dont la gestion des coûts et la mise en conformité avec une réglementation qui va s’intensifier, selon les souhaits du gouvernement dans le but de revoir la qualité des prestations à la hausse.

Il en est de même avec l’évolution du chèque-service, instrument dont les conséquences sont ambivalentes. «Nous nous sommes passés du chèque-service pendant des années et son introduction – dans les conditions telles qu’opérées - a ouvert la boîte de Pandore pour laisser la place à des acteurs qui n’avaient ni la compétence ni la volonté de bien faire leur travail, ajoute Béatrice Martin. Mais le chèque-service est une bonne chose pour les familles qui ont eu accès aux crèches et ont ainsi eu la possibilité de consacrer aussi du temps à leurs activités professionnelles.»

«Les crèches sont aussi un lieu de mixité sociale et jouent un rôle d’éducation, plus qu’ailleurs. Ne pas y avoir accès crée un fossé dès le départ, ajoute pour sa part Stanislas Lavorel. Je remarque que les crèches luxembourgeoises accompagnent plus loin les enfants qu’en France où nous avions déjà participé à la création d’un petit groupe de crèches.»

Maîtriser, voire rationaliser les coûts, adopter des standards de qualité, jouer un rôle sociétal et d’éducation… loin des considérations financières, Lavorel déclare vouloir remplir sa mission durablement, au sein d’un Luxembourg où le groupe entend tout d’abord réussir l’implémentation d’un réseau à l’échelle du pays avant de songer à d’autres développements.