POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

Intégration des étrangers

L’Asti en attente de «décisions courageuses»



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L’Asti, très impliquée pour le droit de vote des étrangers lors du référendum de 2015, dénonce l’abandon de cette question par les politiques. (Photo: Charles Caratini / archives)

L’Association de soutien aux travailleurs immigrés annonce la couleur avec un communiqué incisif publié jeudi.

«Au 1er janvier 2017, nous étions 590.667 habitants au Luxembourg, dont 48% n’avaient pas la nationalité luxembourgeoise», rappelle l’Asti en préambule. Et 22.888 immigrants sont arrivés sur le territoire – «bien plus que les 2.035 demandeurs de protection internationale, voire les 764 personnes qui ont obtenu le statut de réfugié pendant la même période», souligne l’association. De quoi recadrer la réalité démographique du pays.

Cette année encore, l’association a multiplié initiatives et actions en faveur des réfugiés (projet «Connections», financé par le programme Mateneen de l’Œuvre nationale de secours Grande-Duchesse Charlotte et récompensé par un Diversity Award) et des autres étrangers. Et «constaté l’acharnement des racistes, des ultranationalistes, qui ont épanché leur discours de haine sur les réseaux sociaux». Estimant que «la justice a joué son rôle», l’Asti déplore toutefois encore «que le Centre pour l’égalité de traitement n’ait toujours pas d’outils pour lutter contre la discrimination envers les individus d’autres nationalités».

On s’en remet à la société civile...

Asti

Avec son franc-parler habituel, l’Asti rappelle que le modèle luxembourgeois multilingue et multiculturel tant vanté à l’étranger n’est pas sans lacunes. «L’accueil des demandeurs de protection internationale fonctionne, malgré les nombreuses résistances au niveau local. Mais l’intégration est négligée; aucune recherche active de solutions pour l’intégration de ces populations n’est faite. Alors, on s’en remet à la société civile...» Sauf que les financements arrivent à échéance, et l’Asti s’inquiète de ne pas voir le gouvernement assurer leur pérennité. «Aucun des partis politiques ne s’est vraiment rallié derrière les actions de la société civile!», s’indigne l’Asti.

Et de souligner aussi l’absence de plan d’action national d’intégration et de lutte contre les discriminations, le dernier ayant expiré fin 2013. Tout comme le silence du gouvernement quant à son engagement de reconsidérer le congé linguistique destiné à aider les salariés souhaitant apprendre le luxembourgeois. L’Asti réclame encore une «évaluation du fonctionnement du Conseil national pour étrangers» sortant et s’inquiète de «l’inexistence» de cet organe dans le débat public.

«Un des éléments essentiels pour que l’intégration puisse se dérouler de la meilleure façon possible est la réussite scolaire», souligne l’Asti, qui déplore le manque de cohérence des politiques éducatives qui se succèdent sans suivi réel. En 2014, 15,5% des enfants d’origine étrangère obtenaient le bac classique, contre 14,1% 11 ans auparavant. «L’école luxembourgeoise n’est toujours pas une école pour tous les enfants du pays», constate l’Asti, qui dénonce aussi les établissements internationaux orientés vers les élèves les plus favorisés.

Un «déficit démocratique» à combler

L’association soulève encore la problématique du logement, déplorant le «manque de courage politique» face à la «folie des prix sur le marché de l’immobilier». Un sujet déjà largement abordé lors du récent débat des quatre grands partis avant les élections communales.

Enfin, l’Asti réclame de véritables avancées en matière de participation politique, rappelant le «déficit démocratique» qui règne dans le pays, «n’en déplaise aux électeurs de la consultation de 2015». L’association évoque plusieurs solutions pour y remédier, de la généralisation du contrat d’accueil et intégration au renforcement du CNE et de la Chambre des salariés, en passant par une politique de promotion du trilinguisme «en recourant systématiquement à plusieurs langues dans la communication externe et interne des partis politiques». Autant de «décisions courageuses» à prendre «pour le vivre-ensemble», prône l’Asti.