PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS

Étude

L’art ne rend pas plus riche



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Roman Kräussl se montre dubitatif sur le rendement généralement admis des œuvres d'art. (Photo: Michel Brumat / Université du Luxembourg)

Investir dans l’art est devenu tendance. Selon une récente étude de la Luxembourg School of Finance, les rendements ne sont pourtant pas meilleurs que ceux des classes d’actifs traditionnelles. Reste le côté esthétique des choses…

Faut-il absolument inclure de l’art dans son portefeuille d’investissement pour le faire fructifier plus rapidement? À contre-courant de la tendance en vogue qui fait de l’art une valeur quasi incontournable dans ses placements, une étude toute récente de la Luxembourg School of Finance aboutit à la conclusion que les rendements dans ce secteur ont été largement surestimés.

Dans son récent rapport Art & Finance 2016, Deloitte Luxembourg indiquait que les placements dans l’art ont augmenté de 26% au cours des dix dernières années. Dans cette enquête, 73% des gestionnaires de patrimoine interrogés pointent que leurs clients souhaitent détenir des actifs en rapport avec l’art et les objets de collection.

Avec cette précision que trois personnes fortunées sur quatre investissent dans ce domaine plus par passion que pour en obtenir un rendement financier. Il vaut peut-être mieux. Selon l’étude dirigée par le professeur Roman Kräussl, de l’Université du Luxembourg, les taux de rendement généralement calculés semblent trop généreux.

Des chiffres biaisés

Sur les quarante dernières années, l’indice des ventes d’œuvres d’art calcule un rendement annuel moyen de 10%. Or, l’étude de la Luxembourg School of Finance, qui a analysé la base de données de ventes aux enchères Blouin Art Sales Index (Basi) – «la plus complète qui soit», précise-t-elle – montre que le véritable rendement annuel de l’art comme classe d’actifs, entre 1960 et 2013, tourne plutôt autour de 6,3%.

L’équipe de chercheurs prévient aussi que le risque d’investir dans l’art par l’intermédiaire d’un fonds est nettement plus élevé que ce que laissent croire les estimations.

Selon eux, cet excès d’optimisme quant aux rendements et aux risques s’explique par un «biais de sélection»: sur le marché de l’art, les tableaux pour lesquels la demande est forte sont plus souvent mis aux enchères et se vendent à des prix plus élevés. Les détenteurs d’œuvres ont aussi tendance à vendre celles qui ont pris le plus de valeur depuis leur achat. Au final, les indices utilisent ces données pour évaluer les tableaux qui connaissent moins de succès.

N'achetez des tableaux que s'ils vous plaisent.

Roman Kräussl, professeur à l'Université du Luxembourg

L’étude dirigée par Roman Kräussl en arrive finalement à la conclusion que les investissements dans l’art «n’améliorent pas substantiellement le profil risque/rendement d’un portefeuille diversifié comprenant des classes d’actifs plus traditionnelles, telles que les actions et les obligations».

Cette analyse s’applique à l’art acquis par l’intermédiaire d’un fonds. Mais le professeur ne se montre pas plus enthousiaste vis-à-vis des achats ponctuels. Question de chance… «N’achetez des tableaux que s’ils vous plaisent», conclut-il. «(…) Les peintures sont d’abord des investissements esthétiques, pas financiers.»