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La net-économie: futur axe de la collaboration transfro

La net-économie: futur axe de la collaboration transfrontalière?



Paperjam

La Lorraine, terre industrielle? Oui, mais pas seulement. Aujourd'hui, la région part à l'assaut de la netéconomie!

Il est des termes qui déclenchent un certain nombre de réflexes conditionnés. La «Grande Région» est l'un d'eux. Proposer un dossier sur la «Grande Région» sous l'angle Lux-embourg-Lorraine induit implicitement une série de statistiques sur les travailleurs transfrontaliers et un panorama des transports transfrontaliers.

Certes, ce sont des questions importantes et bien réelles. Preuve en est, une fois de plus, la rencontre du 10 avril dernier au Luxembourg. Jean-Claude Junker, Premier ministre du Grand-Duché du Luxembourg, Gérard Longuet, président du Conseil Régional de Lorraine et Henri Grethen, ministre des transports du Grand-Duché s'étaient réunis pour signer un «Protocole pour l'amélioration et le développement des transports en commun transfrontaliers».

D'un montant de 265 millions d'euros sur la période 2000-2006, ce dispositif souhaite faciliter les migrations pendulaires des 48 000 travailleurs frontaliers lorrains vers le Luxembourg et créer une offre attractive pour les étudiants des deux régions. A terme, l'objectif serait d'assurer avec le train au moins 25% des trajets effectués entre les villes lorraines et les centres d'activité du Grand-Duché contre 10% actuellement.

Ceci étant dit, il est toutefois un peu regrettable qu'on rappelle l'existence d'une économie transfrontalière et de filiales commerciales dans les régions voisines sans qu'on puisse disposer de documents statistiques. Combien de commerciaux franchissent chaque jour la frontière entre le Luxembourg et la Lorraine? Pour quels contacts? Dans quels secteurs?

Combien d'entreprises luxembourgeoises ont des clients en Lorraine?? Soit les données sont trop confidentielles (sûrement!), soit les relevés sont incomplets. Adieu l'idée d'écrire un tel article? jusqu'à l'heureux hasard des calendriers!

La Grande Région et l'Entrepreneuriat

Le 18 mai, le gouvernement luxembourgeois organise son forum de «L'entrepreneuriat dans la Grande Région». Sous l'égide du Ministère de Etat, du Ministère de l'Economie et du Ministère des Classes Moyennes, ce forum souhaite offrir «un instrument efficace pour élaborer des stratégies et des solutions performantes en faveur de la promotion de la culture entrepreneuriale et d'une politique concertée des PME» (www.gouvernement.lu/ gouv/fr/doss/granderegion.html).

Commandée par le Gouvernement luxembourgeois et réalisée par un consultant externe, cette enquête met au centre de ses débats plusieurs points: la promotion de l'esprit d'entreprise, la création et la reprise d'entreprise, la simplification administrative et l'amélioration de l'environnement des PME et l'ouverture des frontières. paperJam a rencontré un certain nombre de personnes impliquées dans la préparation de ce forum.

Deuxième réponse possible à nos interrogations: le sixième sommet de la Grande Région qui aura lieu en novembre 2001 au Grand-Duché. Pour la deuxième année consécutive, la Sarre, la Lorraine, le Grand-Duché de Luxembourg, la Rhénanie-Palatinat et la Wallonie ont l'intention de décerner un Prix de la Grande Région. Celui-ci devrait récompenser des projets ayant contribué au développement et à l'approfondissement de relations économiques et sociales interrégionales et, par conséquent, à la promotion de la Grande Région au sein de l'Europe. Les récompenses décernées seront de 3.000 euros pour le 1er prix, de 2.000 euros pour le 2e et de 1.000 euros pour le 3e. 

Grande Région et nouvelle économie

Méfiante quant à la communication de statistiques sur ses échanges économiques in-ternes, la Grande Région semble, en revanche, prête à s'ouvrir collectivement aux TIC. Le projet Tremplin l'illustre assez bien. Initié par le Critt-tti lorrain (Centre Régional d'Innovation et de Transfert de Technologie, Télécommunications et Technologies de l'Infor-mation), ce projet est porté également par le Collège Européen de Technologie de Longwy, le Centre de Recherche Henri Tudor à Luxembourg et la Chambre de Commerce et d'Industrie du Luxembourg belge. Il est financé par le Feder (Fonds européen de développement régional), la Drire (Dé-      légation régionale à l'industrie à la recherche et à l'environnement), la Région Lorraine et le Ministère de la Culture, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche du Grand-Duché de Lux-embourg.

Démarré en 2000, Tremplin est une plate-forme à multiples facettes destinée aux PME-PMI qui réfléchissent à un projet technologies de l'information ou qui en ont déjà un. Ce dispositif propose des visites d'entreprises suivies de pré-diagnostic, un accompagnement des projets, une sensibilisation aux NTIC à l'aide de manifestations thématiques (par ex: les logiciels libres, comment réduire sa facture de téléphone?, initier des groupes de travail avec des prestataires de services?) ainsi qu'une ingénierie de formation (mise à disposition d'un catalogue de formations NTIC transfrontalières).

«Les nouvelles technologies ne sont pas un projet informatique mais bien un projet de nouvelle organisation.

Une entreprise ne sera plus jugée sur son outil de production mais sur son investissement immatériel», souligne Christian Badinier, délégué général du Critt-tti.

D'ici à la fin 2001, date à laquelle s'achève le projet, il est prévu qu'une quarantaine d'entreprises soit rencontrée.

Les choix lorrains en matière de TIC

Au-delà de l'intérêt transfrontalier de ce projet, Tremplin reflète assez bien les choix de la Lorraine et de son Conseil Régional à l'égard des NTIC. Ils sont doubles. Le premier consiste à sensibiliser, former et accompagner les entreprises vers les NTIC. Il s'est concrétisé en 1996 avec la création du Critt-tti qui est, aussitôt, rentré dans le RDT lorrain (Réseau de Diffusion Technologique formé de vingt-cinq structures régionales qui aident les PME-PMI dans leurs projets d'innovation) avec une casquette nouvelle économie (TTI = télécommunications et transferts de technologie).

Parmi ses fondateurs, figurent TDF-C2R, France Télécom, Cegetel, l'Université de Metz, Georgia Tech, le Lycée de la Communication, Tonna Electronique, l'Esidec, Supélec et Synergie. Sa mission: comment faire pour permettre aux PME-PMI d'intégrer les nouvelles technologies? A la suite de projets pilotes menés en 1997 sur Longwy (Meurthe-et-Moselle - 54) et Saint-dié (Vosges - 88), le Critt-tti a préconisé plusieurs axes de travail: il fallait travailler par filière professionnelle, par zone géographique et sur les métiers d'entreprise.

Un de ces projets arrive à terme aujourd'hui: celui  de Blénovista, une plate-forme dédiée aux entreprises particulièrement demandeuses de TIC à Blénod-lès-Pont-à-Mousson (54). Le chantier devrait démarrer en septembre 2001 pour une livraison prévue au premier trimestre 2002.

Deuxième choix régional: encourager les entreprises de la nouvelle économie quand elles ont un projet innovant. Elles bénéficient, par conséquent, des même aides que le Conseil Régional attribue aux entreprises traditionnelles: aides au recrutement pour l'innovation, Bourse jeunes créateurs d'entreprises et Aide au développement de projets d'innovation (couvre 50% des dépenses jusqu'à hauteur de 500 000 F).

«Il est de plus en plus difficile d'isoler les projets de la nouvelle économie des autres projets. Ces entreprises seront bientôt comme les entreprises de services; elles se banalisent», soutient Pierre Bourgogne, directeur du transfert de technologie, de l'innovation et de l'intelligence stratégique au Conseil Régional de Lorraine.

Pour l'année 2000, 10% des dossiers instruits au titre de l'innovation ont concerné des projets liés à la société de l'information; un chiffre qui semble plutôt en croissance même s'il n'est pas très élevé.

De son côté, la direction régionale de l'Anvar (Agence nationale pour la valorisation de la recherche) affiche une «explosion» de ses aides en faveur des start-up liées aux NTIC.

En 1998, elle avait accordé 300 000 euros d'aides et fourni 7 soutiens à 6 entreprises. En 2000, elle a accordé 1,3 million d'euros d'aides et fourni 25 soutiens à 17 entreprises.

Pour 2001, une première tendance se dessine: celle d'un doublement des chiffres ou au moins d'une croissance significative du secteur.

Au-delà des chiffres, ce qui transparaît, c'est une politique d'essaimage forte conduite par l'incubateur du Loria-Inria (Laboratoire lorrain de recherche en information et ses applications ? Institut national de la recherche en informatique et en automatisme), créé fin novembre 1999 et complété par l'Incubateur Lorrain, lancé fin 1999-début 2000 par les quatre universités lorraines.

Pour autant, ces deux nouvelles créations ne doivent faire oublier le rôle des Centres européens d'entreprise et d'innovation, Promotech à Nancy et Synergie à Metz qui, désormais, accompagnent aussi des projets de start-up.

Enfin, la création récente de clubs NTIC symbolise le dynamisme et la volonté d'ouverture de ce secteur en Lorraine. A ceci près qu'elle n'entend pas faire du secteur des TIC un phénomène de mode mais bien un secteur innovant.

Annexe:

La Grande Région, qu'est-ce que c'est?

Cette zone géographique, tout le monde en parle, tout le monde a du mal à mettre une «tête» sur son nom.

On supperpose souvent le terme «Saar-Lor-Lux» à la Grande Région. Ceci est plus ou moins vrai. Si l'on prend le point de vue politique comme référentiel, l'ensemble est en fait très clairement défini.

Il regroupe donc:

- en Allemagne: le Land de  

  Sarre et le Land de Rhénanie-

  Palatinat

- en France: la région Lorraine

- en Belgique: la Wallonie, la

  Communauté Française de

  Belgique et la Deutschspra-

  chige Gemeinschaft Belgiens

- le Grand-Duché de

  Luxembourg

Il est intéressant de noter que cet ensemble n'est pas le seul ensemble régional «transnational» d'Europe. En France et ailleurs, des intérêts économiques et politiques communs débordent largement les frontières nationales «traditionnelles». Il s'agit cependant de la seule région à inclure quatre ensembles nationaux différents ? quatre ensembles et autant sinon plus de niveaux territoriaux.

Par exemple, si le Grand-Duché peut prendre des décisions concernant la fiscalité, la région Lorraine n'a aucune autonomie dans ce domaine. De fait, ce sujet se retrouve exclu des discussions.