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La montée en puissance des responsables IT



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Dans le contexte actuel, le CIO a un rôle crucial à jouer en matière de sécurité pour l’entreprise. (Photo: Shutterstock)

Autrefois cantonnés à la gestion du matériel et la réparation des pannes, les anciens responsables informatiques sont devenus des rouages indispensables au fonctionnement de toute entreprise. Les CIO constituent aujourd’hui des postes-clés.

À l’échelle de l’histoire, l’informatique moderne est un domaine d’activité particulièrement récent.

Au cours de ces dernières décennies, le métier de CIO (chief information officer) a pourtant fortement évolué, poussé par la transformation digitale.

«Au départ, les informaticiens apprenaient eux-mêmes leur métier, explique Pierre Zimmer, directeur général adjoint de Post Group. Leur rôle consistait principalement à automatiser les processus de travail afin d’améliorer le fonctionnement de l’entreprise.»

Les responsables informatiques étaient également chargés d’installer des équipements, de les entretenir et de les dépanner. «Ces collaborateurs agissaient dans l’ombre, se retrouvaient en back-office de l’entreprise. Dans le secteur, on blaguait d’ailleurs souvent en leur disant que le jour où ils verraient leur patron, ce ne serait pas bon signe pour eux!», s’amuse Pierre Zimmer.

Exit la technique pure et dure

C’est l’évolution de la technologie, et surtout l’avènement d’internet, qui ont contribué à faire décoller le secteur informatique et à le sortir de son rôle purement technique.

«Internet est devenu au fil des ans une réelle vitrine pour l’entreprise, commente Pierre Zimmer. Le dialogue entre informatique et marketing a donc dû être renforcé. Les experts en ICT ont dû développer une autre approche, pas uniquement technique, apprendre un langage qui n’était pas le leur, le langage métier, et se placer au service d’une création de produit, d’une communication vers l’extérieur, en bref, au service du métier.»

Parallèlement, d’autres technologies se sont développées et améliorées.

«Les ordinateurs et l’ensemble des équipements sont devenus plus fiables, souligne Hervé Barge, directeur général de l’agence nationale eSanté. Avec l’avènement du cloud, de nombreuses tâches autrefois remplies par les équipes informatiques ont aussi été externalisées. Même si elles existent encore, les fonctions d’implémentation et de support technique, qui présentent peu de valeur ajoutée, tendent à être de moins en moins présentes au sein de l’entreprise. Et le métier d’informaticien est désormais loin de se cantonner au montage, au dépannage ou à l’automatisation.»

Vers une compréhension de l’ensemble du système

Parce que la technologie s’est immiscée dans tous les secteurs de l’entreprise, parce qu’elle est entrée dans les métiers, les produits et services, l’IT a donc pris de plus en plus de poids. «Petit à petit, le métier a englobé l’ensemble du système d’information de l’entreprise, aussi bien vers l’interne que l’externe», confie Hervé Barge.

Et le responsable informatique a pu de mieux en mieux s’insérer dans l’entreprise, en intégrant davantage les usages des clients, en étant au contact des équipes projets et de la direction. «En cherchant à améliorer en continu le système d’information et à le penser de manière globale, pour faire évoluer les produits et services, tout en maîtrisant les aspects budgétaires, l’IT n’est plus seulement au service de l’entreprise, mais de la stratégie de l’entreprise», poursuit le directeur général adjoint de Post Group. 

«Parallèlement, le métier a acquis une plus grande reconnaissance dans les fonctions de la société», ajoute Hervé Barge. Aujourd’hui, on retrouve ainsi de plus en plus de CIO au sein des comités de direction. «Depuis quelques années, les CIO sont valorisés. Ils arrivent à atteindre des postes stratégiques. Ce plafond de verre a été dépassé, continue-t-il. Grâce à leur maîtrise des problèmes techniques, leur connaissance fine et stratégique des usages, ils constituent en effet des relais efficaces pour les actionnaires et pour l’ensemble de la direction.»

Une fonction-clé pour l’entreprise

Dans le contexte actuel, le CIO a également un rôle crucial à jouer en matière de sécurité pour l’entreprise. De plus en plus, les entreprises prennent conscience de la nécessité de bien appréhender ces risques, d’écouter les CIO. Elles ont compris qu’il s’agit non pas d’un coût supplémentaire, mais d’un investissement qui leur permet de prendre les bonnes décisions, de protéger les systèmes d’information et donc leur entreprise. 

Néanmoins, «certaines sociétés ont laissé – ou laissent encore – le CIO en dehors de leurs projets ou de leur organe de direction. C’est une erreur considérable, à la limite de l’incompétence managériale, car en n’appréhendant pas ces questions, elles ouvrent d’immenses failles en matière de sécurité. Et les résultats, en seulement quelques heures, peuvent être dramatiques, affirme le directeur général d’eSanté. On l’a vu par exemple avec Facebook et le scandale Cambridge Analytica cette année.»

Si le DPO, le DSI ou encore le CIO ne sont pas rattachés au comité de direction, il est en effet difficile pour ce dernier d’évaluer les risques et menaces en matière de cybersécurité et les solutions à mettre en œuvre pour s’y attaquer. 

Le CIO bientôt aux manettes?

Si les CIO sont donc désormais parvenus à gravir les échelons au sein de l’entreprise, il leur est encore difficile d’accéder à la fonction suprême de CEO. «C’est étonnant car le CIO peut être un manager efficient à bien des égards. Il connaît les outils, les métiers et les usages», constate Hervé Barge.

Pourtant, «aujourd’hui, les personnes avec lesquelles les actionnaires dialoguent restent principalement celles qui détiennent les clés de la rentabilité économique de l’entreprise, à savoir le CEO ou le CFO», confie Pierre Zimmer.

Les lacunes en matière de formation spécifique ne sont pas étrangères à cette situation. «Il faut pouvoir apporter des compétences managériales et de gestion aux personnes qui ont suivi un cursus IT technique, leur donner des outils pour comprendre ces mécanismes, leur fournir les mêmes armes que des personnes issues du monde financier ou juridique par exemple – celles qui sont habituellement propulsées au rang de CEO – afin que leur voix se fasse entendre.» 

Le grand défi des data

Les métiers informatiques n’en ont pas fini d’évoluer. Aujourd’hui, une importance grandissante est accordée aux équipes capables de «sentir le pouls du client», de comprendre ses usages et ses attentes. Dans ce contexte, les projets en entreprise deviennent de plus en plus transversaux, donc de plus en plus complexes à mettre en œuvre. «Ils nécessitent des compétences hybrides, la constitution d’équipes mixtes ainsi qu’une certaine agilité au sein des métiers afin de délivrer des projets qui ont du sens», souligne Pierre Zimmer.

Face à la montée en puissance de l’intelligence artificielle, qui est amenée à toucher l’ensemble des secteurs, l’enjeu pour ces collaborateurs sera également de maîtriser les défis technologiques et déontologiques liés à cette transformation. «L’augmentation du nombre d’objets connectés va entraîner une profusion de données. Et il faudra parvenir à traiter cette masse d’informations de façon intelligente», commente Pierre Zimmer.

À cette fin, de nouvelles compétences devront se développer. «Les collaborateurs devront monter en expertise, être hyper qualifiés sur ces métiers à forte valeur ajoutée et liés au big data», indique Hervé Barge. Le CIO, de son côté, devra se montrer très stratégique pour investir à bon escient dans ces nouvelles technologies et dans de nouvelles ressources humaines capables de les appréhender et d’en retirer toutes les opportunités.