PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS

Avis d'expert

La microfinance récompensée



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Épicerie relancée grâce aux microcrédits octroyés par TSKI. (Photo: InFiNe.lu / Franck Rosch & Yann Figuet)

Comme chaque année au mois de novembre à Luxembourg, la microfinance est à l’honneur. Le 19 novembre prochain, une récompense de 100.000 euros, du ministère des Affaires étrangères et européennes – Direction de la coopération au développement et de l’action humanitaire, sera remise à une institution de microfinance (IMF) par S.A.R. la Grande-Duchesse de Luxembourg.

Créé en 2005, le Prix a pour but de promouvoir les initiatives en microfinance et de montrer leur contribution dans le secteur du développement. Cette 6e édition récompensera une IMF basée dans le Sud qui opère dans des zones sortant d’une catastrophe ou d’un conflit et qui propose des services financiers et non financiers destinés à accroître la résilience des populations affectées.

Le Prix est organisé par l’Inclusive Finance Network Luxembourg (InFiNe.lu) et la Plateforme européenne de la microfinance (e-MFP), et aura lieu à la Banque européenne d’investissement.

Pourquoi le Prix 2015 est-il dédié aux IMF travaillant dans les zones de post-catastrophes et de post-conflits?

Suite à des catastrophes naturelles, des conflits armés ou des crises sanitaires, les populations vivent dans des situations critiques de pauvreté, d’insécurité et d’instabilité. Après une catastrophe, le risque de tomber dans la pauvreté est démultiplié. La productivité économique, les revenus et les opportunités commerciales diminuent. Les conditions sanitaires et de logement se détériorent. Une fois l’aide de première urgence réalisée, il est essentiel de restaurer les moyens de subsistance des populations.

La microfinance peut être un outil efficace pour réduire la vulnérabilité des populations les plus pauvres, combattre l’exclusion, renforcer le tissu économique du pays affecté, relancer l’économie locale et reconstruire une région. Toutefois, les IMF sont confrontées à de multiples défis: faire face aux demandes d’indemnisation et de prêts non productifs, à une ruée sur l’épargne, aux pressions pour effacer les créances alors que l’exposition à des contextes imprévisibles peut affecter la confiance des bailleurs de fonds des IMF et rendre l’accès aux liquidités compliqué.

Malgré tous les défis auxquels elles doivent faire face, les IMF finalistes du Prix européen de la microfinance 2015 ont prouvé leur aptitude à continuer leurs opérations:

Le Crédit Rural de Guinée (CRG) a été touché au début de l’épidémie du virus Ebola en 2014. Tandis que le virus se répandait, contrairement à beaucoup d’autres IMF, le CRG a continué à travailler. Les employés ont été encouragés à communiquer avec les clients et traiter les paiements par téléphone, rééchelonner les prêts des entrepreneurs affectés par Ebola (y compris annuler la dette en cas de décès), à décaisser de nouveaux prêts, et enfin, à permettre aux clients d’accéder à leur épargne. Le CRG a également fourni une aide aux familles des membres du personnel touchées par le virus. En outre, le CRG a lancé une campagne nationale de sensibilisation pour informer la population sur les mesures de prévention permettant d’éviter la transmission du virus. Avec l’appui du Programme alimentaire mondial, le CRG apporte actuellement une indemnisation à plus de 55.000 familles touchées par le virus et à 1.000 survivants d’Ebola, qui continuent à être stigmatisés par leurs communautés. 

Action de prévention: une cliente lave ses mains avec de l’eau chlorée avant de rentrer dans les bureaux du CRG

Quand le typhon Haiyan s’est dirigé vers les Philippines, Taytay Sa Kauswagan, Incorporated (TSKI) faisait toujours face aux conséquences d’un tremblement de terre qui avait touché 15 de ses 98 antennes. Le passage du typhon a affecté 46 autres branches. Malgré cela, TSKI a conseillé à tous ses employés d’aller sur le terrain pour s’enquérir des clients et pour leur apporter des colis alimentaires, de l’eau et des produits de secours en coopération avec des infirmières et des bénévoles.

Elle a ordonné un moratoire de remboursement temporaire pour plus de 37.000 clients et a accordé plus de 13.000 prêts d’urgence.

Pour encourager la reconstruction des maisons, TSKI a fourni des matériaux de construction et accordé des crédits à l’habitat, ainsi que des prêts normaux et flexibles. Une assistance et des prêts spécifiques ont également été accordés à 351 employés touchés par l’ouragan.

En deux mois, ces différentes solutions ont permis à des milliers de clients de se remettre en grande partie de la destruction de leurs biens et des ravages dans leur vie.

The First Microfinance Institution de Syrie (FMFI-S) opère dans le pays depuis 2003, y compris pendant la guerre civile qui a ravagé le pays et ses habitants durant les quatre dernières années. Lorsque ses bureaux à Homs ont été détruits, FMFI-S a ouvert deux unités de service de proximité pour que les clients puissent continuer à accéder à leurs économies et à rembourser leur prêt. L’institution a également mis en place un centre d’appel pour contacter ses clients afin de connaître leur situation (perte de leur maison ou entreprise, décès familial, etc.). FMFI-S s’est appuyée sur des procédures de travail ajustées, accordant davantage de pouvoir aux directeurs de succursale. L’institution a rééchelonné des prêts, accordé des périodes de grâce, modifié les limites d’emprunt en réponse à l’inflation et permis à de nouveaux clients, qui avaient adapté leur entreprise au conflit, d’emprunter. Dans ce contexte où les besoins des clients évoluent, FMFI-S a continué à développer de nouveaux produits, comme notamment un prêt pour l’acquisition de panneaux solaires ou une avance sur retraite.