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La marque "jeune"



Le DP change de tête et joue la carte jeune, avec Claude Meisch (33 ans). Avec un gros chantier en ligne de mire: relancer le parti sur la scène politique luxembourgeoise.. 

Le 13 juin dernier, le parti démocratique a pris une grande claque au terme des élections législatives. Le parti libéral n'était, certes, pas en position de force au moment d'aborder le scrutin, mais il n'y avait sans doute pas grand monde pour imaginer une chute de plus de 6% des suffrages (de 22,34% en 1999 à 16,05% cinq ans plus tard) et la perte d'un tiers des mandats acquis en 1999 (de 15 à 10) à la Chambre des députés.

Après une telle déroute, le parti libéral s'est, évidemment, lancé dans une profonde réflexion, rendue d'autant plus indispensable que les "cadres" à la tête du parti (la présidente Lydie Polfer, le premier vice-président Paul Helminger et le secrétaire général Henri Grethen) n'étaient plus en mesure, statutairement, de briguer un nouveau mandat.

Et c'est ainsi qu'au terme du congrès ordinaire du 9 octobre dernier, Claude Meisch, député de la circonscription sud, bourgmestre de la ville de Differdange depuis janvier 2002, ancien premier vice-président national de la Jeunesse Démocrate et Libérale (JDL, entre 1995 et 2000), a été élu à la présidence du parti.

Un parcours fulgurant, donc, pour celui qui fêtera, dans quelques jours, ses... 33 ans, mais se refuse, pour autant, à être catalogué en tant que "surdoué" de la classe politique. "C'est vrai que mon parcours est atypique, mais je ne fais seulement que mon travail, j'essaie d'être à la hauteur des responsabilités que l'on me confie et surtout je cherche à bien m'organiser!", explique Claude Meisch, s'excusant presque d'être là où il est arrivé... La précocité semble, du reste, une marque de fabrique au parti démocratique luxembourgeois: souvenons-nous que Lydie Polfer entra pour la première fois à la Chambre des députés à l'âge de 26 ans et s'installa dans le fauteuil de bourgmestre de la ville de Luxembourg alors qu'elle n'avait pas encore soufflé 30 bougies...

"On ne devient pas président pour le plaisir de l'être"

"Je n'étais pas spécialement candidat au départ, confie-t-il. Je suis déjà député et bourgmestre de Differdange: mon agenda est déjà très bien rempli! La demande est, en fait, venue de différents membres du parti, parmi les plus anciens. J'ai alors accepté la responsabilité, à condition de pouvoir compter sur une équipe bien organisée. On ne devient pas président pour le seul plaisir de l'être".

Surtout que, dans le contexte actuel, assumer la présidence du DP ne ressemble guère à une réelle partie de plaisir. Le traumatisme du 13 juin est encore bien présent dans les esprits et même s'il a sans doute incité certains à s'engager davantage dans l'action politique, avec la volonté affichée de redonner au parti la place qui est la sienne sur l'échiquier politique national: "un parti qui sait innover et qui représente le progrès au niveau social et économique", résume M. Meisch. Or si on veut le progrès, on ne l'aura pas avec la grande coalition CSV-LSAP".

Au sein du nouveau comité directeur, désigné fin octobre, on retrouve ainsi Anne Brasseur en tant que première vice-présidente, Simone Beissel et Georges Gudenburg comme vice-présidents et Kik Schneider en tant que Trésorier national.

Des nouvelles têtes, donc, mais aussi une nouvelle approche dans le fonctionnement interne du parti: une réforme des statuts est en cours de réflexion et devrait être proposée à l'occasion du prochain congrès national qui doit se tenir au printemps 2005. L'idée est d'adapter les procédures de fonctionnement du parti aux exigences de ses "nouveaux" dirigeants. Cela passe, notamment, par une institutionnalisation du dialogue interne et une amélioration des liens entre les différentes composantes du parti.

Car, aux yeux de Claude Meisch, le déficit de communication fait partie des raisons principales qui ont entraîné la chute de la maison bleue, en juin dernier, et pas seulement parce que la campagne électorale est loin d'avoir été la plus efficace qui soit. "C'est vrai qu'elle n'a pas été optimale, aussi bien en interne que vers l'extérieur, reconnaît-il. Nous ne nous sommes pas assez distingués du partenaire de coalition, qui a revendiqué l'entièreté des réalisations du précédent gouvernement. Cela est de notre faute de ne pas avoir su mettre la bonne distance entre le parti chrétien social et nous-mêmes. Nous nous sommes beaucoup concentrés sur de nombreux dossiers, nous avons beaucoup travaillé au cours de ces cinq ans, à la tête de ministères difficiles comme la Santé, la Sécurité sociale, l'Environnement ou encore le Transport. D'autres partis ou ministre s'y sont brûlés. Cela n'a pas forcément été le cas pour nous".

Etape 1: les élections communales

Le sentiment du travail accompli et cette "conscience tranquille" n'ont pourtant pas empêché un certain nombre de membres du parti, conscients du problème, d'afficher une certaine démotivation alors même que les élections n'étaient pas encore jouées, minés par le constat d'une certaine rupture entre le sommet et la base...

Le nouveau président du DP sait donc que le chantier qui se dresse devant lui et son équipe est particulièrement conséquent, sur les bancs d'une opposition que le parti avait assidûment fréquentés entre 1984 et 1999. "Cela nous donne l'occasion de nous profiler d'une autre manière, d'argumenter de façon plus pointue et de souligner les différences qui peuvent exister entre le CSV et les autres partis. Nous nous sommes d'ailleurs déjà démarqués à l'occasion de la présentation du premier budget de la nouvelle coalition', estime M.Meisch, soucieux également de préserver au maximum, au sein de son parti, un juste équilibre entre la nouvelle vague montante et les membres les plus anciens, disposant d'une certaine expérience au travers de différents mandats occupés ces dernières années. "Nous avons conscience que nous ne gagnerons pas des élections en ne changeant que la seule forme du message", assure-t-il.

Pas de parallèle

Le redressement du parti libéral sera-t-il aussi spectaculaire que celui du parti socialiste, grand battu des élections de 1999 et de retour au pouvoir cinq ans plus tard' Claude Meisch refuse d'établir un parallèle entre les deux situations. "Les socialistes sortaient de quinze années de gouvernement et traînaient quelques scandales. Ce n'est pas notre cas. Et puis les socialistes n'ont pas gagné les élections de juin 2004! Ce sont nous qui les avons perdues. Et l'équilibre de la nouvelle coalition est loin d'être aussi fort que la précédente (24 sièges pour le CSV et 14 pour le LSAP, pour l'actuelle législature, contre une répartition 19-15 entre le CSV et le DP lors de la précédente, NDLR)".

Le DP sera-t-il en mesure de briguer un retour au gouvernement en 2009? Son nouveau président le pense, "avec de nouveaux sujets qui préoccupent vraiment la population et sans forcément attendre de profiter des mauvais dossiers de l'actuel gouvernement", précise-t-il.

D'ici là, les élections communales de l'automne 2005 constitueront plus qu'un test grandeur nature: ce sera le premier "milestone" sur le long chemin en cours et, même si 34 communes sont actuellement entre les mains du parti démocratique, tous les regards se tourneront évidemment vers la plus grande d'entre elles: la capitale, nantie d'une très forte tradition libérale, à l'heure où le siège, pour l'instant occupé par Paul Helminger, n'a jamais semblé autant menacé. "Aux élections communales, les gens considèrent d'abord leurs propres problèmes avant de porter un regard plus national sur les enjeux", estime M. Meisch. "Le DP a toujours été fortement implanté dans les communes du pays: 1999 avait été un grand succès pour nous et on peut faire encore mieux en 2005. Dans le cas particulier de Luxembourg-ville, la liste DP sera jugée sur le bilan des dernières années".

C'est dans le courant du printemps 2005 que sera dévoilé le programme cadre du parti en vue de ces élections communales. L'une des premières réalisations du nouveau comité de direction du DP a été la nomination d'un groupe de travail spécifique, présidé par Georges Gudenburg. Lui aussi aura du pain sur la planche dans les 12 mois à venir.