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«La loi sur l’ouverture des commerces est obsolète»



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L’OGBL Commerce est favorable à une révision de la loi sur les heures d’ouverture des commerces. Mais, évidemment, pas pour aller vers une libéralisation totale, a expliqué à Paperjam Christophe Rewenig, le secrétaire central du syndicat.

Faut-il revoir la loi sur l’ouverture des commerces?

Christophe Rewenig. – «Oui, car le système des dérogations fait que les syndicats n’ont absolument pas voix au chapitre. Il n’y a aucune possibilité de discussion. De plus, il y a des choses qui ne sont plus respectées. Ainsi, les demandes de dérogation doivent être motivées. Mais dans les faits, c’est rarement le cas. Il faut une raison économique majeure. Mais c’est quoi, une raison économique majeure?

On déroge beaucoup trop chaque année, et beaucoup trop facilement. Et les contrôles n’ont pas lieu. Les stations-service peuvent ainsi vendre des ‘produits alimentaires et non alimentaires’ de premier besoin – il faudra me dire ce que c’est aussi – si elles font moins de 20m2. Toutes, ou presque, font plus, mais vendent quand même sans sanction. Ce qui permet à des grands groupes de vendre en dehors des heures légales d’ouverture. La loi actuelle est obsolète.

Dans un système libéralisé, seuls les plus forts survivent.

Christophe Rewenig, secrétaire central de l’OGBL Commerce

Quelle est la demande de l’OGBL Commerce?

«Nous voulons une abolition du système actuel des dérogations et une renégociation des heures de travail.

La Chambre de commerce veut, pour sa part, une libéralisation totale…

«Si on va vers cela, ça détruira le commerce. Reste à savoir ce qu’ils entendent par ‘commerçant’. L’épicerie de quartier ou la grande surface? Dans un système libéralisé, seuls les plus forts survivent, c’est connu.

Certains travailleurs ont pourtant besoin de la surprime offerte pour des prestations le dimanche ou lors des jours fériés?

«Une surprime? C’est 70% du salaire minimum, en plus. Si quelqu’un a besoin de cela pour survivre, c’est une triste réalité.

Plus d’ouverture, ce n’est pas plus d’emploi.

Christophe Rewenig, secrétaire central de l’OGBL Commerce

Ouvrir plus, cela crée de l’emploi?

«C’est faux. Si j’ai dépensé mon euro le jeudi, je ne sais plus le dépenser le dimanche! C’est l’inverse qui va se produire: la pression va augmenter, car les coûts vont augmenter, mais pas les rentrées.

Travailler le dimanche n’est plus un tabou?

«Imposer le travail le dimanche est une position libérale. Bien entendu que certains doivent travailler le dimanche, comme dans la police, l’hôpital… Cela n’a rien à voir avec un magasin. On voit via les témoignages sur notre site que les travailleurs veulent surtout avoir un jour de repos le dimanche.

Vos positions sont très éloignées de celles des patrons…

«Il n’y a pas de convention sectorielle pour le commerce, si ce n’est dans les supermarchés. L’enjeu premier sera de voir si le patronat est d’accord de se mettre à table avec les partenaires sociaux. Leurs heures d’ouverture, ce sont nos heures de travail, tout de même. Maintenant, si on ne parvient pas à trouver d’accord, mais qu’il est décidé de fermer tous les dimanches, c’est OK pour moi.

Seriez-vous d’accord pour des aménagements particuliers d’une future loi?

«On ne veut pas mettre tout le monde sur un pied d’égalité. On peut discuter par branche, mais entre ceux qui sont capables de soutenir la concurrence. Les villes touristiques? On peut imaginer beaucoup de choses, c’est à négocier entre les parties.

D’une part, le gouvernement plaide pour une consommation raisonnée. Et d’autre part, on veut nous faire consommer plus.

Christophe Rewenig, secrétaire central de l’OGBL Commerce

Vous avez mené une action dans un commerce d’Esch le jour de Noël. Pourquoi?

«Pas parce qu’il était dans l’illégalité, ce n’était pas le cas. C’était une action symbolique. C’était la toute première fois qu’un commerce ouvrait le 25 décembre. L’étape suivante, c’est de dire: ‘Travaillons dès lors 365 jours par an’, et ce n’est pas envisageable.

Les résultats d’une étude du Liser sur les heures d’ouverture sont attendus. Ce sera un outil intéressant?

«Nous avions dit que nous étions d’accord de participer au questionnaire. Mais cela n’a presque pas été le cas. On a pu ajouter une seule question en dernière minute, le reste était verrouillé. Dès lors…

La situation actuelle est paradoxale, selon vous?

«Le gouvernement plaide pour une consommation raisonnée, d’une part, et d’autre part, on cherche à nous faire consommer plus. On demande aux gens de s’investir plus dans le volontariat, mais on leur impose de travailler au moment où le bénévolat serait possible, ou bien d’aller dans les magasins. Oui, c’est paradoxal.»